LEÇON

Préparer clients et fournisseurs

La conduite du changement, version TPE.

🎯 Ce que vous saurez faire à la fin de cette leçon

  • Comprendre le rôle de l’annuaire central de la facturation électronique et pourquoi l’identité exacte de chaque partenaire conditionne l’acheminement des factures.
  • Lire, vérifier et fiabiliser un numéro SIREN / SIRET ainsi qu’un numéro de TVA intracommunautaire.
  • Construire un référentiel clients-fournisseurs complet : raison sociale, identifiants, adresses de facturation et de livraison, coordonnées bancaires, plateforme.
  • Collecter puis fiabiliser les données tierces à partir des sources officielles, et repérer doublons comme entreprises radiées.
  • Anticiper les nouvelles mentions obligatoires qui dépendent du client (SIREN, adresse de livraison, nature de l’opération).
  • Sécuriser les coordonnées bancaires et vous prémunir de la fraude au changement de RIB.
  • Informer clients et fournisseurs, et recueillir la plateforme de dématérialisation de chacun.

⏱ 55 à 70 min de lecture active · Niveau débutant à intermédiaire · Prérequis : avoir suivi l’introduction de la formation sur la réforme de la facturation électronique.

1. Pourquoi préparer clients et fournisseurs avant tout le reste

La réforme de la facturation électronique ne se résume pas à « envoyer ses factures en PDF par courriel ». Elle change la manière même dont une facture circule. Demain — selon le calendrier en vigueur —, une facture entre professionnels ne partira plus directement de votre boîte mail vers celle de votre client : elle sera déposée sur une plateforme, aiguillée par un annuaire central, puis remise à la plateforme du destinataire. Tout ce trajet repose sur une seule chose : l’identité exacte de celui qui reçoit la facture. Si le numéro d’identification est faux ou introuvable, la facture n’arrive pas — comme une lettre sans code postal.

C’est un renversement discret mais profond. Jusqu’ici, l’adresse d’une facture était une adresse e-mail tapée à la main, tolérante à l’à-peu-près. Demain, l’adresse d’une facture sera un SIREN — le numéro à neuf chiffres de l’entreprise — associé à une plateforme et, souvent, à un code de routage. Cette adresse-là ne se devine pas : elle se vérifie. Voilà pourquoi la toute première étape d’un passage réussi à la facture électronique n’est ni le choix d’un logiciel ni celui d’une plateforme, mais un travail de fond, peu spectaculaire et pourtant décisif : mettre au propre son fichier de clients et de fournisseurs.

L’enjeu est loin d’être théorique pour une petite entreprise. Une base tiers négligée, ce sont des factures rejetées, des relances envoyées à la mauvaise adresse, des paiements retardés et un comptable qui perd des heures à rattraper des écritures. Une base tiers propre, au contraire, fait gagner sur toute la ligne : les factures partent du premier coup, les règlements se rapprochent presque tout seuls, la déclaration de TVA se prépare sans friction. La réforme, en somme, récompense les entreprises ordonnées et sanctionne l’improvisation.

Notre fil rouge. Tout au long de cette formation, nous accompagnons la Menuiserie Chabrier, à Besse : six salariés, dirigée par Paul Chabrier et épaulée par Sylvie à l’administratif (volets, fenêtres, portes et escaliers en bois). L’entreprise émet des devis et des factures — vers des particuliers, des entreprises et quelques collectivités — et reçoit les factures de ses fournisseurs de bois et de quincaillerie. Elle est suivie par le Cabinet Verne, son expert-comptable, que nous retrouverons à chaque étape. Aujourd’hui, le fichier clients de Sylvie est un carnet d’adresses hétéroclite ; à la fin de cette leçon, ce sera un véritable référentiel, prêt pour la facture électronique.

Le schéma ci-dessous résume le trajet d’une facture électronique. Retenez surtout la boîte sombre au centre : l’annuaire, qui traduit une identité en destination.

Comment une facture électronique trouve son destinataire MenuiserieChabrier Plateformeémettrice Annuaire centralSIREN → plateforme Plateformedu client Client destinataire
Fig. 1 — L’annuaire aiguille chaque facture d’après le SIREN du destinataire : une identité fausse, et la facture n’arrive pas.

2. Décoder les identifiants : SIREN, SIRET, TVA intracommunautaire

Avant de fiabiliser une base tiers, il faut savoir lire les numéros qui identifient une entreprise. Trois d’entre eux reviennent en permanence ; les confondre est la première source d’erreur.

Le SIREN : la carte d’identité de l’entreprise

Le SIREN (Système d’Identification du Répertoire des ENtreprises) est un numéro à neuf chiffres attribué par l’INSEE à chaque entreprise, qu’elle soit société, association ou entrepreneur individuel. Il ne change jamais pendant toute la vie de l’entreprise et l’identifie de façon unique sur le territoire. C’est lui qui sert d’adresse dans l’annuaire de la facturation électronique. La Menuiserie Chabrier, par exemple, possède un SIREN unique ; c’est la clé que ses clients devront enregistrer pour lui adresser une facture, et inversement.

Le SIRET : l’adresse de l’établissement

Le SIRET (…Répertoire des ÉTablissements) comporte quatorze chiffres : les neuf du SIREN, suivis d’un NIC (Numéro Interne de Classement) de cinq chiffres qui désigne un établissement précis. Une entreprise a un seul SIREN mais autant de SIRET que d’établissements (siège, atelier, dépôt…). Quand une grande enseigne possède plusieurs sites, c’est le SIRET qui permet d’adresser la facture au bon établissement — utile lorsque Chabrier facture une collectivité aux multiples services.

Anatomie d’un SIRET (14 chiffres) 852 286 939 00024 1 2 1 — SIREN (9 chiffres) : l’entreprise elle-même, invariable. 2 — NIC (5 chiffres) : l’établissement précis. SIREN + NIC = SIRET.
Fig. 2 — Le SIRET se lit en deux blocs : le SIREN identifie l’entreprise, le NIC l’établissement.

Le numéro de TVA intracommunautaire

Pour les entreprises assujetties à la TVA, le numéro de TVA intracommunautaire français se construit à partir du SIREN : les lettres FR, une clé de deux chiffres, puis les neuf chiffres du SIREN. Il figure obligatoirement sur les factures dès lors que l’entreprise est redevable de la TVA. On le vérifie gratuitement sur le service européen VIES. Attention : un auto-entrepreneur en franchise de TVA n’en a pas nécessairement ; ne l’inventez jamais.

ℹ️ Une clé de contrôle intégrée
Le dernier chiffre d’un SIREN et l’ensemble d’un SIRET obéissent à la clé de Luhn : un calcul de contrôle qui détecte la plupart des fautes de frappe. Concrètement, un bon logiciel de gestion refuse un SIREN dont la clé est incohérente — un premier filet de sécurité gratuit contre les erreurs de saisie.

Le tableau ci-dessous récapitule ces identifiants, ce qu’ils désignent et où les trouver de façon fiable.

IdentifiantCompositionCe qu’il identifieOù le trouver
SIREN9 chiffresL’entreprise (invariable)annuaire-entreprises.data.gouv.fr, extrait Kbis
SIRET14 chiffres (SIREN + NIC)Un établissement précisMême source, fiche établissement
N° TVA intra.FR + clé (2) + SIRENL’assujetti à la TVAService européen VIES
Code APE/NAF4 chiffres + 1 lettreL’activité principaleAvis de situation INSEE
RCS / RNEVille + numéroL’immatriculation légaleExtrait Kbis, Registre national des entreprises

3. L’annuaire central, la plateforme et le code de routage

Maintenant que les identifiants sont clairs, voyons comment ils servent à acheminer une facture. Trois notions se combinent : l’annuaire, la plateforme et le code de routage.

L’annuaire central

L’annuaire central est un répertoire national qui associe, à chaque SIREN ou SIRET, la plateforme chargée de recevoir ses factures et, le cas échéant, un code de routage. C’est l’équivalent d’un immense carnet d’adresses officiel : quand la Menuiserie Chabrier émet une facture pour un client professionnel, sa plateforme interroge l’annuaire avec le SIREN du client pour savoir livrer la facture. D’où une évidence : si le SIREN enregistré chez Chabrier est erroné ou périmé, l’annuaire ne trouve personne, et la facture reste bloquée.

La plateforme (PDP)

Une plateforme de dématérialisation partenaire, ou PDP, est un opérateur immatriculé par l’administration pour émettre, transmettre et recevoir les factures électroniques. Chaque entreprise en choisit une — souvent proposée par son logiciel de gestion ou son expert-comptable. La PDP joue le rôle de bureau de poste agréé : elle contrôle le format, dépose la facture, suit son acheminement et remonte les statuts. Selon le dispositif en vigueur, un socle public complète le dispositif pour l’annuaire et la remontée des données à l’administration, mais l’échange des factures passe par les plateformes.

Le code de routage ou code service

Certains destinataires — mairies, hôpitaux, grands comptes — comptent de nombreux services qui partagent le même SIREN. Un code de routage (ou code service) précise alors quel service doit recevoir la facture, comme un numéro de bureau dans un grand immeuble. Les professionnels du secteur public connaissent déjà ce principe avec les codes services de la facturation publique. Pour Chabrier, cela signifie une question simple à poser à ses clients institutionnels : « à quel service et sous quel code dois-je adresser mes factures ? »

💡 Les trois questions à poser à chaque client professionnel
1. Quel est votre SIREN (ou le SIRET de l’établissement à facturer) ? 2. Sur quelle plateforme recevez-vous vos factures électroniques ? 3. Faut-il un code service / de routage particulier ? Ces trois réponses, consignées une fois pour toutes dans la fiche du client, éviteront des dizaines de rejets plus tard.
⚠️ Piège fréquent
Un SIRET « ressemblant » n’est pas un SIRET « juste ». Recopier le numéro d’un ancien devis, d’une signature d’e-mail ou d’un site web est risqué : l’entreprise a pu déménager, changer d’établissement ou être radiée. On vérifie systématiquement à la source officielle, on ne recopie jamais de mémoire.

Retenez la chaîne logique : identité exacte (SIREN/SIRET) → annuaireplateforme du destinataire → éventuel code service. Chaque maillon dépend de la qualité du précédent, et tout commence par une donnée juste dans votre fichier.

4. Construire le référentiel clients-fournisseurs

Le référentiel tiers est le fichier maître qui rassemble, pour chaque client et chaque fournisseur, l’ensemble des informations vérifiées nécessaires à la facturation. C’est le cœur de votre préparation : un référentiel complet et à jour, et 90 % des difficultés de la facture électronique disparaissent. Voici les champs à renseigner, avec leur degré d’importance et leur source de vérification.

ChampÀ renseignerPour la e-factureOù le vérifier
Raison socialeNom légal exactIndispensableAnnuaire des entreprises
Forme juridiqueSARL, SAS, EI…RecommandéExtrait Kbis
SIREN9 chiffresIndispensable (adressage)Annuaire des entreprises
SIRET à facturer14 chiffresSi plusieurs établissementsFiche établissement
N° TVA intra.FR + clé + SIRENSi assujettiService VIES
Adresse de facturationSiège ou serviceIndispensableKbis / client
Adresse de livraisonSi différenteNouvelle mentionClient
Code service / routagePour grands comptesSi applicableClient
Plateforme (PDP)Opérateur du clientRecommandéClient
ContactNom, e-mail, téléphoneRecommandéClient
IBAN / BICCompte bancairePour l’encaissementRIB officiel
Conditions de règlementDélai, escompteRecommandéContrat / CGV
Nature de la relationClient / fournisseurInterneVous

Sur le logiciel de gestion, ces champs prennent la forme d’une fiche tiers. La maquette ci-dessous montre celle d’un client institutionnel de Chabrier : chaque case remplie ici est une facture qui partira sans accroc demain.

Fiche tiers — Client « Commune de Besse » Identité Raison socialeCOMMUNE DE BESSE ET SAINT-ANASTAISE SIREN216 300 570 Adresse de facturationPlace du Docteur Pipet, 63610 Besse Adresse de livraisonÉcole primaire, rue de la Gare, 63610 Besse Code serviceSCOLAIRE-BESSE IBANFR76 3000 1009 12CX XXXX XXXX 187
Fig. 3 — Une fiche tiers complète : l’adresse de livraison (en vert) et le code service sont désormais des données à part entière.

5. Fiabiliser : collecter, vérifier, nettoyer

Un référentiel ne vaut que par la qualité de ses données. Fiabiliser, c’est passer d’un carnet approximatif à un fichier dans lequel chaque ligne a été confrontée à une source officielle. Voici la méthode que Sylvie applique, tiers par tiers.

  1. Rassembler l’existant. Exportez le fichier du logiciel de gestion, ouvrez le carnet d’adresses, ressortez les dernières factures reçues : toute donnée déjà connue est bonne à récupérer.
  2. Dédoublonner. Un même SIREN ne doit apparaître qu’une fois. « Mairie de Besse », « Commune de Besse » et « BESSE (mairie) » sont souvent le même tiers en triple : fusionnez-les.
  3. Vérifier chaque SIREN à la source. Sur l’annuaire officiel des entreprises, contrôlez la raison sociale, l’adresse du siège et surtout le statut (active ou cessée).
  4. Repérer les entreprises radiées. Une société fermée ne pourra ni recevoir ni émettre de facture électronique valable ; signalez-la et cessez de l’utiliser.
  5. Compléter les champs manquants. Adresse de livraison, IBAN, contact, plateforme : demandez ce qui manque plutôt que de le laisser vide.
  6. Normaliser. Uniformisez la casse, le format des téléphones et l’IBAN (sans espaces parasites). Un référentiel homogène se contrôle et s’exploite bien mieux.
  7. Dater la vérification. Ajoutez une colonne « vérifié le » : une donnée contrôlée il y a deux ans mérite un nouveau coup d’œil.

La figure ci-dessous illustre le bénéfice de ce travail sur une même fiche client, avant et après fiabilisation.

✗ Avant fiabilisation Nom : « Mairie Besse » SIREN : (vide) Adresse : « Besse, le bourg » Doublon : « Commune de Besse » Plateforme : inconnue ✓ Après fiabilisation Nom : COMMUNE DE BESSE ET… SIREN : 216 300 570 (vérifié) Adresse : Place du Dr Pipet Fiche unique (doublon fusionné) Code service : SCOLAIRE-BESSE
Fig. 4 — Une même fiche client, avant et après le travail de fiabilisation.
⚠️ Deux erreurs qui coûtent cher
Le doublon (le même client en deux fiches) fait éclater l’historique et fausse les relances. L’entreprise radiée gardée « au cas où » finit par recevoir une facture qui n’arrivera jamais. Traitez les deux dès maintenant : fusionnez, et archivez ce qui est mort.
💡 Un référentiel unique et partagé
Idéalement, le référentiel tiers vit à un seul endroit — le logiciel de gestion — et non éparpillé entre un tableur, une boîte mail et un carnet. Un tiers, une fiche, une vérité : c’est la règle qui vous fera gagner le plus de temps sur la durée.

6. Les nouvelles mentions obligatoires qui dépendent du client

La facture électronique reprend toutes les mentions obligatoires actuelles (identité des parties, date, numéro, détail des prestations, TVA, conditions de règlement…) et en ajoute de nouvelles — selon les textes en vigueur. Or plusieurs d’entre elles portent sur des informations… que seul votre client peut vous fournir. C’est la raison de fond pour laquelle un référentiel bien tenu n’est pas un confort, mais une obligation déguisée.

Nouvelle mentionEn clairD’où vient la donnée
SIREN du clientLe numéro à 9 chiffres de l’acheteur professionnelSa fiche tiers, vérifiée à la source
Adresse de livraisonLe lieu de livraison des biens, s’il diffère de l’adresse de facturationSa fiche tiers ou le bon de commande
Nature de l’opérationLivraison de biens, prestation de services, ou les deuxLa nature de ce que vous vendez
Option « TVA d’après les débits »Mention à porter si le vendeur a choisi cette optionLe paramétrage de votre entreprise

Les trois premières lignes le montrent : sans le SIREN, l’adresse de livraison et la nature de l’opération, la facture serait incomplète. Voilà pourquoi la préparation des tiers précède tout le reste — impossible d’émettre une facture conforme si l’on ignore qui est vraiment en face.

ℹ️ Le cas de la Menuiserie Chabrier
Chabrier vend surtout des biens posés : une fenêtre est un bien, mais son installation est une prestation de services. La plupart de ses factures relèveront donc d’une opération mixte. Anticiper cette qualification évite bien des hésitations au moment d’émettre.

7. Adresse de facturation, adresse de livraison

La réforme distingue nettement deux adresses qu’on avait l’habitude de confondre.

L’adresse de facturation

C’est l’adresse administrative du client : son siège, ou le service qui traite les factures. C’est là qu’est « domiciliée » la facture sur le plan comptable. Pour un grand compte, elle peut être associée à un code service (voir la section 3).

L’adresse de livraison

C’est le lieu où les biens sont effectivement livrés. Pour Chabrier, c’est souvent le chantier, distinct du siège du client. Quand elle diffère de l’adresse de facturation, elle devient une mention à part entière de la facture. Pour une prestation de services pure, on retient généralement le lieu d’exécution.

💡 Bon réflexe
Sur chaque fiche client, prévoyez deux emplacements d’adresse. Le jour où un chantier se tient ailleurs qu’au siège, la donnée est déjà là — pas de course de dernière minute au moment d’émettre la facture.

8. Coordonnées bancaires et prévention de la fraude

Les coordonnées bancaires circulent dans les deux sens : votre IBAN figure sur les factures que vous émettez, pour être payé ; celui de vos fournisseurs sert à les régler. Ce sont des données sensibles, cible privilégiée des escrocs. Les traiter avec rigueur relève autant de la conformité que de la sécurité de votre trésorerie.

Recueillir un IBAN fiable

Un IBAN se collecte à partir d’un RIB officiel (relevé d’identité bancaire) fourni par le tiers, jamais d’un simple e-mail non vérifié. Enregistrez l’IBAN et le BIC dans la fiche, sans espaces parasites, et notez la date de collecte. Pour un fournisseur, conservez le RIB reçu : il fait foi en cas de litige.

La fraude au changement de RIB

C’est l’une des arnaques les plus répandues chez les TPE. Le scénario est toujours le même : un e-mail se présentant comme votre fournisseur habituel annonce un « changement de coordonnées bancaires » et vous invite à régler la prochaine facture sur un nouvel IBAN. L’adresse d’expéditeur imite la vraie à un caractère près. Si vous payez sans vérifier, l’argent part chez l’escroc — et il est presque impossible à récupérer.

La parade tient en une règle d’or : tout changement d’IBAN se vérifie par un canal indépendant. On ne se fie jamais au seul e-mail. Le schéma ci-dessous décrit le réflexe à installer dans l’entreprise.

E-mail : « nouvel IBAN,merci de payer ici » Ne rien modifier Rappeler le fournisseurau numéro connu Confirmé ✓On met à jour Non confirmé ✗On signale la fraude
Fig. 5 — Le réflexe anti-fraude : aucun changement d’IBAN sans vérification par téléphone au numéro déjà connu.
⚠️ Trois signaux d’alerte
Un ton d’urgence (« à régler aujourd’hui »), une adresse e-mail légèrement modifiée, et une demande de changer l’IBAN juste avant une échéance. Réunis, ces trois signaux imposent un appel de vérification avant tout paiement.

9. Informer clients et fournisseurs

Préparer sa base tiers, ce n’est pas un travail solitaire : une partie des informations ne peut venir que des intéressés. Il faut donc aller les chercher, et prévenir chacun du passage à la facture électronique. Un plan de communication simple suffit, à condition de segmenter selon le type de tiers.

CibleObjectif du messageCanalQuand
Clients professionnelsRecueillir SIREN, plateforme, code serviceE-mail + relance téléphoniqueDès maintenant
Grands comptes, collectivitésObtenir le code service et les modalitésContact dédiéEn priorité
FournisseursConfirmer la réception des factures, connaître leur plateformeE-mailDès maintenant
Clients particuliersInformation simple (pas de facture entre professionnels)Mention sur devis et siteProgressivement

Un message bref et concret fonctionne mieux qu’un long courrier. Voici le modèle que Sylvie envoie à ses clients professionnels ; il tient en cinq lignes et pose exactement les bonnes questions.

Objet : Passage à la facture électronique — quelques informations

Bonjour,

Dans le cadre de la généralisation de la facturation électronique, nous mettons à jour nos informations. Pourriez-vous nous confirmer : votre numéro SIREN, la plateforme sur laquelle vous recevez vos factures, et, le cas échéant, votre code service ? Merci également de nous signaler toute évolution de votre adresse de livraison.

Nous restons à votre disposition et vous remercions par avance.

Menuiserie Chabrier — Besse

💡 Mettez à jour vos CGV
Profitez de cette campagne pour actualiser vos conditions générales et vos modèles de devis : mention du passage à la facture électronique, plateforme retenue, modalités de transmission. Un client informé en amont conteste beaucoup moins en aval.

🧭 Erreurs fréquentes et dépannage

La plupart des incidents de facturation électronique naissent d’une donnée tierce erronée. Le tableau relie chaque symptôme à sa cause et à sa solution.

SymptômeCause probableSolution
Facture rejetée « destinataire introuvable »SIREN erroné ou entreprise radiéeVérifier le SIREN à la source, mettre la fiche à jour
Facture arrivée au mauvais serviceCode service manquant ou erronéDemander le code service au client et le consigner
Historique client éclaté en deuxDeux fiches pour un même SIRENFusionner et ne garder qu’une fiche
Numéro de TVA refuséNuméro inventé, mal saisi ou périméContrôler sur le service VIES et corriger
Paiement parti sur un mauvais compteIBAN modifié sans vérificationVérifier tout changement d’IBAN par téléphone
Adresse de livraison absente de la factureDonnée non collectée en amontAjouter le champ et interroger le client
Relance envoyée à la mauvaise personneContact obsolèteMettre à jour le contact et dater la vérification

📋 Cas pratique 1 — La Menuiserie Chabrier fiabilise sa base clients

La situation. Sylvie exporte le fichier clients du logiciel : 140 fiches, dont une trentaine de clients professionnels. Un premier tri révèle l’état réel de la base : 12 doublons, 8 fiches professionnelles sans SIREN, 3 entreprises radiées conservées « au cas où », et 20 fiches sans adresse de livraison. Objectif : une base professionnelle entièrement fiable avant l’échéance.

La résolution, étape par étape.

  1. Dédoublonnage. Les 12 doublons sont fusionnés : chaque SIREN n’apparaît plus qu’une fois, l’historique est reconstitué. Reste 128 fiches.
  2. Complétude des SIREN. Les 8 fiches sans SIREN sont complétées via l’annuaire officiel ; deux d’entre elles se révèlent être des doublons cachés, fusionnés à leur tour.
  3. Radiations. Les 3 entreprises fermées sont archivées et retirées des tiers actifs : plus aucune facture ne partira dans le vide.
  4. Adresses de livraison. Un e-mail groupé (le modèle de la section 9) récupère les 20 adresses de chantier manquantes en une semaine.
  5. Datage. Chaque fiche vérifiée reçoit la date du jour dans la colonne « vérifié le ».

Le résultat. En une demi-journée, les 27 fiches professionnelles sont fiabilisées et prêtes pour la facture électronique. Le bilan visuel ci-dessous compare l’état de la base avant et après l’opération.

Bilan de fiabilisation — clients professionnels ContrôleAvantAprès Doublons120 Fiches sans SIREN80 Entreprises radiées actives30 Sans adresse de livraison200
Fig. 6 — Le bilan chiffré de la fiabilisation : une base ramenée à zéro anomalie.

📋 Cas pratique 2 — Intégrer un nouveau client professionnel

La situation. Chabrier décroche un chantier pour une PME locale, les Établissements Rocher (SAS), qui rénove ses bureaux. Avant même d’éditer le devis, Sylvie veut créer une fiche tiers complète et vérifiée — pour que la future facture parte sans accroc.

La résolution. Elle suit la check-list de collecte :

  1. SIREN. Le client communique son numéro ; Sylvie le vérifie sur l’annuaire officiel : l’entreprise est active, la raison sociale et le siège correspondent.
  2. TVA intracommunautaire. Le numéro FR est confirmé valide sur le service VIES.
  3. Adresses. Adresse de facturation = le siège ; adresse de livraison = les bureaux en rénovation, saisie dans le second champ.
  4. Plateforme et code service. Rocher n’a qu’un établissement : pas de code service ; sa plateforme est notée pour mémoire.
  5. Nature de l’opération. Fourniture et pose de menuiseries : opération mixte, qualifiée d’avance.

La fiche est complète en dix minutes. Le devis pourra devenir facture d’un simple clic, avec des données déjà fiables.

Créer une fiche tiers fiable : la check-list SIREN vérifié à la source (entreprise active) Numéro de TVA confirmé sur VIES Adresses de facturation et de livraison saisies Plateforme, code service et nature de l’opération notés
Fig. 7 — La check-list de création d’une fiche tiers : quatre contrôles, zéro mauvaise surprise.

📋 Cas pratique 3 — Le Cabinet Verne prépare les fournisseurs

La situation. Paul demande à son expert-comptable, le Cabinet Verne, un coup de main sur le référentiel fournisseurs. Le cabinet dispose d’un atout : il connaît, par la comptabilité, tous les fournisseurs réellement payés dans l’année.

La résolution. Le Cabinet Verne rapproche la liste des fournisseurs de Chabrier des écritures comptables. Trois constats : un fournisseur de quincaillerie apparaît sous deux SIREN différents (un ancien, un nouveau après reprise) ; un négociant en bois a changé d’IBAN en cours d’année ; deux petits fournisseurs occasionnels n’ont jamais de coordonnées bancaires enregistrées. Le cabinet recommande de conserver le SIREN actif, de vérifier le nouvel IBAN par téléphone (réflexe anti-fraude de la section 8) et de compléter les fiches manquantes.

ℹ️ L’expert-comptable, allié de la préparation
Parce qu’il voit passer toutes les factures, le Cabinet Verne est le mieux placé pour détecter incohérences et doublons côté fournisseurs. Associer son comptable à la préparation des tiers, c’est fiabiliser deux fois plus vite — un thème que nous approfondirons dans la leçon consacrée à l’archivage et au travail avec le comptable.

🏋️ Exercices

À vous de jouer. Cherchez la réponse, puis dépliez le corrigé.

Exercice 1 — Lire un numéro. Un client vous transmet l’identifiant 852 286 939 00024. Quel est son SIREN ? Son NIC ? De quel type de numéro s’agit-il en entier ?

✅ Voir le corrigé

Le SIREN est 852 286 939 (les 9 premiers chiffres). Le NIC est 00024 (les 5 suivants). L’ensemble à 14 chiffres est un SIRET, qui désigne un établissement précis.

Exercice 2 — Repérer un doublon. Votre logiciel contient deux fiches : « Boiseries du Val SARL » et « BOISERIES DU VAL », toutes deux rattachées au même SIREN. Que faire ?

✅ Voir le corrigé

Un même SIREN = un seul tiers. Il faut fusionner les deux fiches en une seule pour reconstituer l’historique, puis normaliser la raison sociale. Conserver deux fiches fausserait relances et suivi des règlements.

Exercice 3 — Les nouvelles mentions. Chabrier facture une entreprise pour des fenêtres livrées et posées sur un chantier distinct du siège. Quelles nouvelles mentions liées au client faut-il impérativement vérifier ?

✅ Voir le corrigé

Trois mentions : le SIREN du client, l’adresse de livraison (le chantier, différent du siège) et la nature de l’opération — ici une opération mixte, puisqu’il y a fourniture de biens et prestation de pose.

Exercice 4 — Un e-mail suspect. Vous recevez un message de votre fournisseur de bois : « Nouvel IBAN, merci de régler la facture du jour sur ce compte ». Quel est le bon réflexe ?

✅ Voir le corrigé

Ne rien modifier et ne pas payer sur ce nouvel IBAN. On rappelle le fournisseur au numéro déjà connu (pas celui de l’e-mail) pour confirmer. Tant que le changement n’est pas vérifié par un canal indépendant, on règle sur l’ancien compte. Urgence + adresse légèrement modifiée + changement d’IBAN = alerte fraude.

Exercice 5 — Composer une fiche. Citez au moins cinq champs indispensables pour préparer la fiche d’un nouveau client professionnel à la facture électronique.

✅ Voir le corrigé

Par exemple : raison sociale, SIREN (voire SIRET), numéro de TVA, adresse de facturation, adresse de livraison, et selon le cas code service, plateforme et contact. Les trois premiers conditionnent l’adressage, les deux suivants une facture conforme.

Exercice 6 — Entreprise radiée. En vérifiant un ancien client, vous constatez que son entreprise est « cessée » sur l’annuaire officiel. Peut-on lui adresser une facture électronique ?

✅ Voir le corrigé

Non : une entreprise radiée n’est plus référencée dans l’annuaire et ne peut plus recevoir de facture électronique valable. On archive la fiche et l’on clarifie la situation (nouvelle entité ? repreneur ?) avant toute nouvelle relation.

🚀 Aller plus loin

Une fois la base assainie, quelques réflexes de professionnel la maintiennent propre sans effort — et transforment une corvée ponctuelle en routine invisible.

Automatiser la vérification

Les logiciels de gestion récents savent interroger l’annuaire officiel à partir d’un SIREN et remplir seuls la raison sociale et l’adresse. Certains contrôlent la clé du numéro à la saisie et signalent une entreprise cessée. Activez ces contrôles : ils suppriment la faute de frappe à la racine.

Trois réflexes qui font la différence

  • Un tiers, une fiche, une vérité. Le référentiel vit à un seul endroit ; on ne recrée jamais une fiche qui existe déjà.
  • Vérifier à la source, jamais de mémoire. SIREN, TVA et IBAN se contrôlent sur les sources officielles avant d’être enregistrés.
  • Dater et réviser. Une revue annuelle des tiers actifs suffit à écarter radiations et coordonnées périmées.

Les passerelles vers la suite

Ce référentiel n’est pas une fin en soi : c’est le socle des leçons suivantes. La leçon consacrée au circuit devis → facture → règlement s’appuiera directement sur ces fiches pour numéroter, suivre les statuts et relancer. Celle sur l’archivage et le travail avec le comptable montrera comment le Cabinet Verne exploite ces mêmes données pour tenir la comptabilité et sécuriser le contrôle fiscal. Autrement dit : le temps investi ici se rembourse à chaque étape ultérieure.

🔑 L’essentiel à retenir

  • Avec la facture électronique, l’adresse d’une facture devient un SIREN associé à une plateforme : elle se vérifie, elle ne se devine pas.
  • Le SIREN (9 chiffres) identifie l’entreprise ; le SIRET (14) un établissement ; le numéro de TVA se construit sur le SIREN.
  • L’annuaire central aiguille chaque facture ; un identifiant faux ou périmé bloque l’acheminement.
  • Le référentiel tiers rassemble, pour chaque partenaire, identifiants, adresses, plateforme et coordonnées bancaires vérifiés.
  • Fiabiliser, c’est dédoublonner, vérifier à la source, écarter les radiées, compléter et dater.
  • De nouvelles mentions dépendent du client : SIREN, adresse de livraison, nature de l’opération.
  • On distingue l’adresse de facturation (administrative) de l’adresse de livraison (le chantier, souvent).
  • Tout changement d’IBAN se vérifie par téléphone : c’est le rempart contre la fraude au RIB.
  • Informer clients et fournisseurs permet de recueillir plateforme et code service, et d’éviter les rejets.
  • L’expert-comptable est un allié précieux pour fiabiliser, surtout côté fournisseurs.

📖 Glossaire

TermeDéfinition
SIRENNuméro à 9 chiffres identifiant une entreprise de façon unique et invariable.
SIRETNuméro à 14 chiffres (SIREN + NIC) identifiant un établissement précis.
NICLes 5 chiffres qui, ajoutés au SIREN, forment le SIRET d’un établissement.
N° TVA intracommunautaireIdentifiant fiscal FR + clé + SIREN, obligatoire pour les assujettis à la TVA.
Annuaire centralRépertoire national associant chaque SIREN/SIRET à sa plateforme de réception.
PDPPlateforme de dématérialisation partenaire, immatriculée pour émettre et recevoir les factures.
Code de routage / code servicePrécision d’adressage désignant le service destinataire chez un grand compte.
Référentiel tiersFichier maître des clients et fournisseurs et de leurs données vérifiées.
FiabilisationTravail de vérification, dédoublonnage et complétude d’une base tiers.
DoublonDeux fiches distinctes désignant un même tiers (même SIREN).
RadiationCessation d’une entreprise, qui ne peut plus recevoir de facture électronique.
IBAN / BICIdentifiants du compte bancaire, à collecter d’un RIB officiel.
Adresse de facturationAdresse administrative où est domiciliée la facture (siège ou service).
Adresse de livraisonLieu de livraison des biens, mention à part si différent de la facturation.
VIESService européen de vérification des numéros de TVA intracommunautaire.

❓ Questions fréquentes

Dois-je collecter le SIREN de mes clients particuliers ?

Non. La facture électronique obligatoire concerne les échanges entre professionnels. Un particulier n’a pas de SIREN ; les opérations avec les particuliers relèvent d’un dispositif distinct de transmission de données, sans facture électronique adressée via l’annuaire.

Où trouver rapidement le SIREN d’un client ?

Sur l’annuaire officiel des entreprises (annuaire-entreprises.data.gouv.fr) : une recherche par nom suffit à obtenir le SIREN, l’adresse et le statut, gratuitement.

Que faire si un client refuse de communiquer son SIREN ?

Le SIREN d’un client professionnel est une mention obligatoire de la facture. Sans lui, la facture ne peut être ni conforme ni acheminée. On l’explique au client, et on peut le retrouver soi-même via l’annuaire officiel.

Mon fichier tiers est dans un tableur, est-ce un problème ?

Pour démarrer la fiabilisation, non. Mais l’objectif est un référentiel unique dans le logiciel de gestion, seul capable d’alimenter automatiquement les factures et d’éviter les doublons entre plusieurs fichiers.

Le numéro de TVA est-il obligatoire pour tous mes tiers ?

Seulement pour les assujettis. Un auto-entrepreneur en franchise de TVA peut ne pas en avoir : ne l’inventez pas. En revanche, dès qu’il existe, il doit figurer sur la facture.

Faut-il un code service pour chaque client ?

Non. Le code service ne concerne que les structures multi-services (collectivités, hôpitaux, grands comptes). Pour un client à établissement unique, le SIREN suffit à l’adressage.

Dois-je revérifier l’IBAN de tous mes fournisseurs ?

Vérifiez en priorité ceux que vous réglez régulièrement, et systématiquement tout changement annoncé. La vérification par téléphone au numéro connu reste la règle absolue.

Par où commencer si je manque de temps ?

Par vos clients professionnels les plus actifs : ce sont eux qui généreront le plus de factures électroniques. Le reste de la base peut être fiabilisé progressivement.

Num Compagny accompagne les dirigeants et les équipes des TPE-PME dans leur passage à la facturation électronique, de la préparation des données à la mise en production, au sein de son Académie et lors de formations sur mesure. Retrouvez la suite de ce parcours sur numcompagny.com.