Fin de la 2G en octobre : téléphones, alarmes, téléassistance
En bref
- Public visé : dirigeants de TPE-PME, syndics et collectivités d’un côté ; aidants, familles, formateurs et médiateurs numériques de l’autre.
- Enjeu central : le réseau 2G d’Orange s’éteint définitivement en France métropolitaine entre le 22 septembre et le 20 octobre 2026. Les appareils qui ne fonctionnent qu’en 2G deviendront muets — téléphones de seniors, alarmes, téléassistance, téléalarmes d’ascenseurs, terminaux de paiement.
- Chiffre clé : 4,5 millions de cartes SIM françaises fonctionnaient encore uniquement en 2G ou en 3G/2G à fin mars 2026 (observatoire trimestriel de l’Arcep).
- Temps de lecture : 8 minutes.
Il y a des échéances numériques qui font du bruit et d’autres qui avancent en silence. Celle-ci appartient à la seconde catégorie, et c’est précisément ce qui la rend dangereuse. À l’automne 2026, la 2G — le réseau mobile des années 1990, celui qui fait encore vivre des millions de vieux téléphones et de boîtiers connectés — sera débranchée pour de bon en France métropolitaine.
Pour l’immense majorité des utilisateurs, il ne se passera rien : un smartphone récent bascule seul en 4G ou en 5G. Mais pour une minorité — souvent des personnes âgées, souvent des équipements installés il y a dix ans et jamais retouchés depuis — le service s’arrêtera net, sans préavis visible, sans message d’erreur. Un téléphone qui ne sonne plus. Un bouton d’alerte qui n’alerte plus. Une alarme qui reste muette. Voici ce qui va se passer, et ce qu’il reste à faire d’ici l’automne.
1. Ce qui s’arrête, et quand exactement
Les opérateurs mobiles français ont annoncé dès 2022 leur intention d’éteindre la 2G puis la 3G pour concentrer leurs réseaux sur la 4G et la 5G. Orange a ouvert le bal le 31 mars 2026 dans l’agglomération de Bayonne-Anglet-Biarritz, avant d’étendre la coupure aux Landes et aux Pyrénées-Atlantiques le 12 mai, puis à sept départements d’Occitanie le 9 juin.
Ces trois vagues n’étaient qu’un galop d’essai. La généralisation arrive maintenant : entre le 22 septembre et le 20 octobre 2026, Orange éteindra sa 2G sur tout le territoire métropolitain, en trois temps — Nice le 22 septembre, 44 départements le 6 octobre, 43 départements le 20 octobre. Le Puy-de-Dôme fait partie de cette dernière vague du 20 octobre, comme l’ensemble de l’Auvergne, la région lyonnaise, la Normandie, les Hauts-de-France ou encore Paris. Seules les zones blanches réglementaires bénéficieront d’un sursis jusqu’à la première quinzaine de décembre.
Free Mobile n’a jamais déployé sa propre 2G : ses abonnés dépendent de l’itinérance sur le réseau d’Orange et subiront donc la coupure au même rythme, jour pour jour. SFR et Bouygues Telecom fermeront la leur en novembre-décembre 2026.
| Opérateur | Extinction de la 2G | Extinction de la 3G |
|---|---|---|
| Orange | Généralisation du 22 septembre au 20 octobre 2026 (Puy-de-Dôme : 20 octobre). Zones blanches : 1er-15 décembre 2026 | À partir de fin 2028 |
| Free Mobile | Pas de réseau 2G en propre : calendrier identique à Orange | Non communiquée |
| SFR | Zones très denses : 15-30 novembre 2026 — reste du territoire : 1er-15 décembre 2026 | Fin 2028 |
| Bouygues Telecom | 15 novembre 2026 (premières villes) — généralisation 1er-15 décembre 2026 | Fin 2029 |
Source : Arcep, fiche pratique « Fermeture des réseaux mobiles 2G et 3G » et calendrier détaillé publié par Orange. Ces dates restent susceptibles d’évoluer.
Pourquoi éteindre un réseau qui fonctionne ? L’Arcep avance quatre raisons : la 2G et la 3G ne portent plus qu’une part marginale du trafic, leurs protocoles de chiffrement sont dépassés face aux menaces actuelles, les industriels ne les maintiennent plus, et elles consomment de 21 à 33 % de l’électricité des réseaux mobiles selon la Fédération française des télécoms. Libérer ces fréquences permet de renforcer la 4G et la 5G. Bonne nouvelle au passage : plus de 99,8 % des sites d’émission 2G et 3G sont déjà équipés en 4G, qui couvre plus de 99,9 % de la population métropolitaine. La couverture ne devrait donc pas se dégrader.
2. Combien d’appareils sont encore concernés ?
L’Arcep publie depuis septembre 2025 un observatoire trimestriel spécifiquement dédié à ce sujet. Le dernier bilan connu, à fin mars 2026, recense 4,5 millions de cartes SIM encore installées dans des terminaux compatibles uniquement 2G ou 3G/2G. Le parc fond — 688 000 cartes de moins sur le seul premier trimestre 2026, contre 394 000 au trimestre précédent — mais il reste massif à quelques semaines de l’échéance.
Ce chiffre se répartit en deux moitiés très différentes. La première regroupe les téléphones et tablettes : environ 2 millions de lignes, essentiellement de vieux mobiles à touches. La seconde, beaucoup moins visible, rassemble les objets connectés — alarmes, télésurveillance, téléassistance, capteurs, traceurs, terminaux de paiement, télégestion du chauffage ou des réseaux d’eau.
Un téléphone qui ne capte que la 2G ne passera plus aucun appel après la coupure. Pas même le 112. Aucune mise à jour ne le sauvera.
C’est le point que l’on comprend souvent trop tard : il ne s’agit pas d’une dégradation de service, mais d’un arrêt total. Et il ne concerne pas seulement les appareils étiquetés « 2G ».
⚠️ Le piège du téléphone « 4G » qui ne passe pas les appels en 4G
Certains téléphones vendus comme compatibles 4G continuent en réalité de faire transiter la voix par la 2G ou la 3G. Sans la fonction VoLTE (« voix sur 4G »), ces appareils garderont l’accès à internet mobile mais deviendront muets pour les appels et les SMS. Avant tout achat — neuf ou reconditionné — vérifiez explicitement la mention « appels 4G / VoLTE » dans la fiche technique. Sur certains modèles, une simple mise à jour logicielle suffit à activer la fonction : commencez par là.
3. Vérifier le téléphone d’un proche en trois minutes
C’est le geste le plus utile de cet été. Les opérateurs mènent des campagnes d’information ciblées — SMS, courriers, espace client, mailings vers les lignes identifiées comme incompatibles ; Free Mobile a ainsi relancé fin juin 2026 une campagne d’e-mails auprès des abonnés concernés par la vague du 22 septembre-20 octobre, qui touche 87 départements. Mais l’angle mort est évident : tout le monde ne lit pas ses SMS, et les personnes les plus isolées sont précisément celles qui les lisent le moins.
Trois vérifications suffisent, et elles se font sur le téléphone lui-même :
| Vérification | Comment faire | Ce qui doit alerter |
|---|---|---|
| L’icône de réseau | Regarder en haut de l’écran, à côté des barres de réseau | L’affichage « 2G », « E », « EDGE » ou « GSM » |
| Le mode réseau | Réglages → Réseaux mobiles (ou Connexions) → Type de réseau | Aucune option 4G ou 5G proposée dans la liste |
| La compatibilité VoLTE | Fiche technique du modèle, ou page d’assistance de l’opérateur | Mention « appels 4G » absente ou non activable |
Un indice simple : un téléphone à touches, non-smartphone, est très souvent exclusivement 2G. Si c’est le cas, il faudra en changer — mais pas forcément pour un smartphone. Il existe des téléphones à clapet ou à grandes touches, compatibles 4G et VoLTE, pensés pour les personnes peu à l’aise avec le tactile.
L’occasion d’un accompagnement utile
Les opérateurs proposent des bonus de reprise qui réduisent nettement la facture. Mais le vrai sujet n’est pas le prix de l’appareil : c’est le passage de relais. Profitez du changement pour transférer les contacts, remettre les numéros importants en favoris et vérifier que la personne sait recevoir un appel sur son nouveau téléphone. Un boîtier neuf posé sur une table sans accompagnement, c’est un service qui s’arrête quand même.
4. Le point le plus sensible : la téléassistance
C’est le dossier qui inquiète le plus les professionnels du grand âge. Les téléalarmes — ces boîtiers et médaillons qui permettent d’appeler à l’aide après une chute — reposent en partie sur des modules 2G ou 3G. La Commission supérieure du numérique et des postes (CSNP) évaluait le parc concerné à environ 120 000 dispositifs en 2G et 180 000 en 3G.
Le risque concret
Un boîtier de téléassistance non migré ne signale pas qu’il est hors service. Le médaillon s’allume, le bouton s’enfonce, et l’alerte ne part nulle part. La personne équipée n’a aucun moyen de s’en apercevoir avant le jour où elle en a besoin. Si vous accompagnez une personne âgée équipée d’une téléassistance, appelez son prestataire cet été et demandez une confirmation écrite que son matériel est compatible 4G ou raccordé en fixe.
Côté prestataires, la migration n’est pas un simple changement de carte SIM : c’est tout le boîtier qu’il faut remplacer, avec des visites à domicile à planifier une par une. D’où la crainte, exprimée par la profession, d’un goulet d’étranglement à l’automne, quand tous les techniciens seront sollicités en même temps. Anticiper de deux mois change tout.
5. Entreprises, syndics, collectivités : l’inventaire à faire maintenant
Pour une TPE, le raisonnement est le même mais l’inventaire est plus large. L’Arcep invite entreprises, collectivités et syndics de copropriété à recenser sans attendre tout ce qui communique par carte SIM sans qu’on y pense jamais : systèmes d’alarme et de télésurveillance, téléalarmes d’ascenseurs, interphones et visiophones connectés, pilotage du chauffage, gestion de l’eau, capteurs industriels, traceurs de véhicules et terminaux de paiement.
Le cas des ascenseurs est déjà tranché par la réglementation. Un décret publié au Journal officiel du 4 mars 2026 impose le remplacement des dispositifs de communication d’urgence reposant encore sur le réseau téléphonique commuté ou sur un réseau mobile de troisième génération ou antérieur. Depuis le 1er avril 2026, l’entreprise d’entretien doit vérifier le bon fonctionnement du système d’alerte toutes les six semaines et prévenir le propriétaire par lettre recommandée, information à renouveler au moins tous les six mois tant que les travaux n’ont pas été faits. Depuis le 15 mai 2026, le contrôle technique vérifie aussi la compatibilité du dispositif. Selon la Fédération des ascenseurs, sur un parc français estimé à 650 000 appareils, environ 290 000 sont encore équipés d’une téléalarme 2G ou 3G. Un ascenseur privé de moyen d’alerte opérationnel doit légalement être mis à l’arrêt — et le propriétaire est en responsabilité en cas d’incident.
Les alarmes anti-intrusion sont dans la même situation, avec un enjeu assurantiel évident : un transmetteur 2G silencieux, c’est une protection qui n’existe plus alors que l’abonnement continue d’être prélevé. La méthode reste la même partout : lister les équipements, appeler chaque fournisseur, exiger une réponse écrite, planifier les interventions. Le fournisseur est le seul à savoir quelle technologie porte réellement le boîtier qu’il a installé.
6. Votre plan d’action d’ici la fin septembre
Il reste moins de deux mois avant la première vague de généralisation. Voici l’ordre de priorité que nous recommandons :
- Cette semaine — les personnes. Faites le tour des proches, salariés ou bénéficiaires susceptibles d’utiliser un vieux mobile. Trois minutes de vérification par téléphone suffisent.
- Cette semaine — la téléassistance. Un appel au prestataire, une confirmation écrite. C’est le point où le risque est vital et le coût de la vérification nul.
- D’ici mi-août — l’inventaire. Listez tous les équipements à carte SIM de l’entreprise, du bâtiment ou de la copropriété. Un simple tableau à trois colonnes suffit : équipement, fournisseur, réponse obtenue.
- D’ici fin août — les commandes. Passez les commandes de remplacement avant la ruée de septembre. Les délais d’intervention vont s’allonger.
- Mi-septembre — le test. Testez réellement chaque dispositif migré : un appel d’essai depuis le nouveau téléphone, un test d’alerte avec le centre de téléassistance, un test de la téléalarme d’ascenseur.
À retenir
- La 2G d’Orange s’éteint partout en métropole entre le 22 septembre et le 20 octobre 2026 — le Puy-de-Dôme le 20 octobre. SFR et Bouygues suivent en novembre-décembre. La 3G tombera fin 2028-2029.
- 4,5 millions de cartes SIM étaient encore uniquement 2G ou 3G/2G à fin mars 2026 : la moitié dans des téléphones, l’autre moitié dans des objets connectés invisibles.
- Un appareil non migré ne prévient pas qu’il ne fonctionne plus : ni le téléphone, ni le médaillon de téléassistance, ni l’alarme.
- Attention au piège VoLTE : un téléphone « 4G » sans appels sur 4G deviendra muet lui aussi.
- Pour les ascenseurs, l’obligation est déjà en vigueur depuis le printemps 2026 — et le propriétaire est en responsabilité.
Cette échéance a une vertu inattendue : elle rend visible tout ce que le numérique fait silencieusement pour nous. Un bouton d’alerte, une alarme, un ascenseur qui peut appeler du secours, un téléphone à touches qui relie une personne isolée à sa famille. Autant de services dont personne ne parle tant qu’ils fonctionnent. L’été 2026 est le moment de vérifier qu’ils fonctionneront encore le 21 octobre — et de se souvenir que changer un appareil ne suffit jamais : encore faut-il que la personne sache s’en servir.
Num Compagny accompagne les TPE, les collectivités et les structures du médico-social dans ces transitions techniques : inventaire des équipements, plan de migration, et surtout formation des équipes et des publics concernés. Découvrez nos parcours sur la page Formation professionnelle.


