LEÇON

12. Responsive : un site qui tient dans la poche

Vous construisez la page sur un grand écran ; le visiteur la découvre sur un téléphone, dans sa main, souvent debout. Ce chapitre explique comment Elementor adapte une même page à toutes les largeurs — les points de rupture et la cascade descendante —, quels réglages on modifie le plus souvent sur tablette et sur mobile, et comment vérifier le résultat. Il clôt la Partie III : après lui, la mise en page tient sur tous les écrans.

Vous construisez la page sur un grand écran ; le visiteur la découvre sur un téléphone, dans sa main, souvent debout. Ce chapitre explique comment Elementor adapte une même page à toutes les largeurs — les points de rupture et la cascade descendante —, quels réglages on modifie le plus souvent sur tablette et sur mobile, et comment vérifier le résultat. Il clôt la Partie III : après lui, la mise en page tient sur tous les écrans.

En bref

Public
Toute personne dont la page est belle sur ordinateur et « bizarre » sur téléphone.
Enjeu
Comprendre la cascade des points de rupture pour adapter une page sans la casser, et vérifier sur un vrai appareil avant de publier.
Idée clé
On règle d’abord l’ordinateur, puis on corrige en descendant — jamais l’inverse.
Prérequis
Chapitres 09 et 10.
Lecture
Environ 18 minutes (+ 30 minutes d’exercice).

12.1 — Le téléphone d’abord, l’ordinateur en premier

Pour un artisan ou un commerce de proximité, la visite type ne ressemble pas à ce que l’on imagine en construisant le site. Elle commence sur un téléphone, par une recherche du genre « menuisier Murol » ou par un clic depuis la fiche Google de l’entreprise ; elle dure une ou deux minutes ; elle se termine par un appel ou par un formulaire. Sans avancer de chiffre précis, on peut dire que, pour la plupart des sites d’entreprises locales, la majorité des visites se fait sur téléphone — et que le site doit donc y être irréprochable. Le paradoxe, c’est que l’éditeur d’Elementor ne fonctionne pas sur téléphone ni sur tablette (chapitre 04) : on construit sur ordinateur ce que l’on lira sur mobile.

Définition

Responsive — se dit d’une page dont le contenu se réorganise selon la largeur de l’écran : trois cartes côte à côte sur un ordinateur deviennent trois cartes empilées sur un téléphone, avec des titres plus petits et des marges plus courtes. Le contenu est le même ; seule la mise en page change. Elementor rend tout responsive par défaut, mais c’est à vous de décider comment chaque bloc se réorganise.

12.2 — Les points de rupture

Un point de rupture (breakpoint) est une largeur d’écran, en pixels, à partir de laquelle la page change de comportement. Elementor en active trois par défaut, qui correspondent à ses trois vues d’édition : Ordinateur (Desktop) au-delà de 1024 px, Tablette (Tablet) de 768 à 1024 px, Mobile jusqu’à 767 px. Ces valeurs se lisent et se modifient dans Réglages du site › Mise en page › Points de rupture (Breakpoints), accessible par Ctrl+K (Cmd+K sur Mac) ; le bouton + de la liste Points de rupture actifs permet d’en ajouter jusqu’à quatre autres.

Point de ruptureLargeur par défautCe que cela représenteActif par défaut
Mobile (portrait)jusqu’à 767 pxUn téléphone tenu verticalement ; la vue la plus importante après l’ordinateur.✓
Mobile Paysage (Mobile Landscape)jusqu’à 880 pxUn téléphone tenu horizontalement.—
Tablette (portrait)768 à 1024 pxUne tablette verticale ; aussi une fenêtre d’ordinateur réduite.✓
Tablette en mode paysage (Tablet Landscape)jusqu’à 1200 pxUne tablette horizontale ou un petit portable.—
Portable (Laptop)jusqu’à 1366 pxUn ordinateur portable d’entrée de gamme.—
Ordinateur (Desktop)au-delà de 1024 pxLa vue de référence, celle dans laquelle on construit.✓
Écran large (Widescreen)à partir de 2400 pxUn très grand moniteur ; seul point de rupture défini par une largeur minimale.—

Mobile et Tablette ne peuvent pas être supprimés (Centre d’aide Elementor, page « Responsive editing »). Pour un site vitrine de cinq pages, restez sur ces trois vues : chaque point de rupture ajouté est une vue de plus à régler et à vérifier sur chaque page. Ajoutez Mobile Paysage seulement si un bloc pose problème sur un téléphone tenu en travers, et ne touchez aux valeurs par défaut que si vous avez une raison précise.

12.3 — La cascade descendante

Voici la règle qui explique tout le reste. L’édition responsive d’Elementor est descendante (top-down) : un réglage fait dans la vue Ordinateur s’applique à toutes les vues plus étroites ; un réglage fait en vue Tablette s’applique à la tablette et au mobile ; un réglage fait en vue Mobile ne s’applique qu’au mobile. Jamais l’inverse : rien de ce que vous réglez sur mobile ne remonte vers l’ordinateur. Une seule exception : la vue Écran large, dont les réglages ne s’appliquent à aucune autre vue, ni au-dessus ni en dessous.

Ordinateur (au-delà de 1024 px) Padding section : 80 px Titre : 48 px Direction : Ligne valeurs propres (réglées ici) hérite Tablette (768 – 1024) 80 px · 48 px · Ligne tout hérité (point gris) hérite Mobile (≤ 767) 40 px · 32 px Colonne valeurs propres Écran large (à partir de 2400 px) ses réglages ne descendent nulle part aucun effet sur Ordinateur et en dessous La cascade descendante : ce qui est réglé en haut s’applique en bas, sauf réglage propre
Figure 12.1 — La cascade : la tablette hérite de l’ordinateur ; le mobile a ici ses propres valeurs ; l’Écran large ne transmet rien.

Dans le panneau, une valeur héritée se reconnaît à son aspect : grisée dans les widgets classiques, atténuée et accompagnée d’un point gris dans les éléments atomiques, le point indiquant de quelle vue provient la valeur (Centre d’aide, page « Inherited responsive values »). Dès que vous saisissez une valeur dans la vue courante, elle devient une valeur propre et cesse de suivre la vue supérieure. C’est utile et dangereux à la fois : utile, parce que c’est ainsi que l’on adapte ; dangereux, parce qu’une valeur propre posée par erreur en vue Mobile ne bougera plus, même si vous changez ensuite l’ordinateur en croyant tout régler d’un coup.

Piège classique

Régler la page en vue Mobile en premier, ou y rester sans s’en apercevoir. Chaque champ touché devient une valeur propre du mobile ; quand vous repassez en vue Ordinateur, tout est à refaire, et vos deux versions divergent silencieusement. Avant chaque série de réglages, regardez l’icône d’appareil allumée dans la barre supérieure ; construisez toujours en vue Ordinateur, puis descendez.

12.4 — Le mode responsive dans l’éditeur

Les trois icônes ordinateur, tablette et mobile de la barre supérieure, ou le raccourci Ctrl+Shift+M, basculent la toile dans la largeur de l’appareil choisi. Hors de la vue Ordinateur, des poignées sur les côtés de la toile permettent d’ajuster la largeur de l’aperçu, pour voir comment la page se comporte entre deux points de rupture (Centre d’aide, page « Mobile editing »). Dans l’Éditeur atomique, toutes les options de l’onglet Style sont responsives : il suffit de changer d’appareil dans la barre supérieure, puis de modifier le champ voulu. Dans les widgets classiques, seuls les champs qui portent une petite icône d’appareil se règlent par vue ; cliquer sur cette icône change aussi la vue de la toile.

Astuce

Travaillez en trois passes plutôt qu’élément par élément : d’abord toute la page en vue Ordinateur, jusqu’à ce qu’elle soit terminée ; puis toute la page en vue Tablette ; enfin toute la page en vue Mobile. Une passe complète par vue évite les allers-retours et fait apparaître les valeurs héritées d’un seul coup d’œil.

12.5 — Ce que l’on adapte le plus souvent

Une page bien construite (chapitres 09 et 10) demande peu d’adaptations, toujours les mêmes. Les voici, dans l’ordre où elles reviennent en atelier.

La direction : de la ligne à la colonne

C’est l’adaptation reine. Trois cartes en Direction Ligne sur ordinateur deviennent illisibles à 375 px de large. En vue Mobile, on passe le Flexbox parent en Direction Colonne : les cartes s’empilent, et l’Écart, qui suivait l’horizontale, s’applique maintenant à la verticale sans autre réglage. Pour une Grille, on réduit le nombre de colonnes (trois sur ordinateur, deux sur tablette, une sur mobile). Sur tablette, une rangée de trois cartes tient souvent encore, avec un Écart réduit à 24 px ; c’est au cas par cas.

Ordinateur — Direction : Ligne EscaliersCuisinesAgencements Écart 32 px · Titre 48 px · Padding 80 px Tablette — Ligne Écart 24 · Titre 40 Mobile — Colonne EscaliersCuisinesAgenc. Écart 24 Le même Flexbox parent, trois valeurs propres : Direction, Écart, taille du titre, padding.
Figure 12.2 — Trois cartes en Ligne sur ordinateur et tablette, en Colonne sur mobile : un seul réglage du parent suffit.

Les titres, les espacements, les largeurs

Un titre de 48 px occupe deux ou trois lignes sur un téléphone ; on le ramène à 32 px en vue Mobile (36 à 40 px en tablette), dans la section Typographie du chapitre 13. Le padding de section passe de 80 px à 40 px en haut et en bas, et l’on vérifie que le padding latéral de 20 à 24 px est bien hérité : c’est lui qui empêche le texte de toucher le bord. Les largeurs en pourcentage réglées au chapitre 09 (50 % pour l’image et le texte de la section « atelier ») repassent à 100 % en Mobile, en même temps que le parent passe en Colonne.

Masquer, réordonner

Pour cacher un élément sur une vue, l’Éditeur atomique utilise la section Style › Mise en page réglée sur Aucun dans la vue voulue ; les widgets classiques ont les cases Avancé › Responsive › Masquer sur. Faites-en un usage rare : un élément masqué est tout de même chargé par le navigateur, et surtout, l’information qu’il porte disparaît pour le visiteur — l’exercice 11.1 a montré un plan et un numéro de téléphone masqués justement sur l’appareil où l’on en a besoin. Masquez une image décorative, jamais un contenu. Pour changer l’ordre — afficher l’image après le texte sur mobile, alors qu’elle est à gauche sur ordinateur —, l’enfant d’un Flexbox ou d’une Grille dispose du réglage Order, qui se règle lui aussi par vue.

Images, boutons, menus

Les images d’arrière-plan gagnent à être recadrées plus haut que large sur mobile (chapitre 14), et un bandeau de 90 vh sur ordinateur se contente souvent de 60 vh sur téléphone. Les boutons passent en pleine largeur pour offrir une cible facile au pouce (chapitre 15), et le lien « Appeler » en tel: devient l’élément le plus important de la page. Le menu, enfin, se replie derrière une icône à partir d’un point de rupture que le widget Menu WordPress permet de choisir (chapitre 24).

  1. Terminez la vue Ordinateur. Sur la page « Accueil », vérifiez que la section « Prestations » est complète : trois cartes en Ligne, Écart 32 px, padding 80 px. Enregistrez (Ctrl+S).
  2. Passez en Tablette (icône de la barre supérieure). Sélectionnez « Contenu prestations » : ses champs affichent des valeurs atténuées avec un point gris, héritées de l’ordinateur. Réglez seulement l’Écart à 24 px. Sélectionnez la section, padding haut et bas 60 px.
  3. Passez en Mobile. Sur « Contenu prestations », Direction Colonne, Aligner les éléments Stretch. Sur la section, padding haut et bas 40 px ; vérifiez que les 24 px latéraux sont bien hérités.
  4. Adaptez le titre. Sélectionnez le Titre H1 du bandeau et, toujours en vue Mobile, réglez la taille à 32 px dans Typographie.
  5. Repassez en Ordinateur. Rien n’a dû bouger : c’est la preuve que vous avez travaillé en descendant. Enregistrez et ouvrez l’Aperçu.

12.6 — Vérifier sur un vrai téléphone

La vue Mobile de l’éditeur simule une largeur, pas un téléphone : elle ignore la barre d’adresse qui change la hauteur visible, la taille réelle du pouce, la lenteur d’une connexion à la campagne et la manière dont chaque navigateur affiche les polices. Avant de publier une page, ouvrez l’Aperçu, envoyez-vous l’adresse et parcourez la page sur votre propre téléphone, puis, si possible, sur un second appareil d’une autre marque. La liste suivante tient sur une main.

  • Aucun défilement horizontal : la page ne « glisse » pas de gauche à droite quand on la touche.
  • Tout le texte se lit sans zoomer (corps d’au moins 16 px).
  • Les titres tiennent en deux lignes au plus, sans mot coupé bizarrement.
  • Chaque bouton et chaque lien se touche facilement du pouce, sans en toucher un autre.
  • Les images ne sont ni écrasées ni coupées sur un visage ou un détail important.
  • Le lien « Appeler » lance bien un appel ; le formulaire s’ouvre et se remplit sans lutte.
  • Le menu s’ouvre, se ferme et mène à chaque page.
  • Aucun contenu utile n’est masqué sur mobile.
  • La page se charge en quelques secondes sur le réseau mobile, pas seulement en wifi.
À éviter

Une largeur fixe en pixels (une image à 600 px, un conteneur à 1140 px sans « max ») qui déborde d’un écran de 375 px et crée un défilement horizontal ; une hauteur fixe qui tronque le texte ; régler d’abord le mobile ; masquer la moitié de la page « parce que ça ne rentre pas ».

À faire

Des largeurs en pourcentage et des largeurs maximales en pixels ; des hauteurs minimales ; l’ordinateur d’abord, puis une passe complète par vue ; réorganiser plutôt que masquer ; tester sur un vrai téléphone avant de cliquer sur Publier.

À savoir

Le défilement horizontal a presque toujours une seule cause : un élément plus large que l’écran. Pour le trouver, passez en vue Mobile, ouvrez la Structure et parcourez les éléments un à un en observant la toile ; le coupable est celui dont le liseré dépasse à droite. Une largeur fixe en px, une marge négative ou un padding latéral trop généreux sur un enfant en sont les explications habituelles.

Exercice 12.1 — La page d’accueil parfaite en tablette et en mobile 30 min

Objectif : rendre toute la page d’accueil de Menuiserie Roche irréprochable sur les trois vues, en appliquant la cascade descendante et la checklist du chapitre.

  1. En vue Ordinateur, parcourez la page dans la Structure et notez sur papier, pour chaque section, les trois valeurs à adapter : direction du contenu, taille du titre, padding.
  2. Passez en vue Tablette et faites une passe complète : Écart des rangées à 24 px, padding de section à 60 px, titre du bandeau à 40 px. Ne touchez à rien d’autre ; observez les points gris des valeurs héritées.
  3. Passez en vue Mobile et faites une passe complète : toutes les rangées de cartes en Direction Colonne (trois colonnes deviennent une), section « atelier » en Colonne avec image et texte à 100 %, titre H1 de 48 à 32 px, padding de section de 80 à 40 px, hauteur minimale du bandeau à 60 vh.
  4. Sur la section « atelier », en Mobile, utilisez Order pour afficher le texte avant l’image, puis décidez quelle version vous préférez.
  5. Vérifiez le badge « Depuis 2009 » du chapitre 10 dans les deux vues : il doit rester dans le coin de l’image.
  6. Enregistrez, ouvrez l’Aperçu sur votre téléphone et cochez chaque ligne de la checklist de la section 12.6. Corrigez, puis publiez.

Résultat attendu : une page d’accueil qui, sur téléphone, se lit de haut en bas sans zoom ni défilement horizontal, avec des cartes empilées, un titre en deux lignes, des sections respirant à 40 px et un bouton d’appel accessible au pouce ; sur ordinateur, rien n’a changé depuis le chapitre 10. Vous savez expliquer, avec la figure 12.1, pourquoi une valeur réglée en Mobile ne remonte jamais.

À retenir

  • Trois points de rupture par défaut — Ordinateur au-delà de 1024 px, Tablette de 768 à 1024, Mobile jusqu’à 767 — réglables dans Réglages du site › Mise en page ; quatre autres peuvent être ajoutés, à n’utiliser qu’en cas de besoin.
  • La cascade est descendante : un réglage s’applique à sa vue et à toutes les vues plus étroites ; jamais vers le haut ; l’Écran large ne transmet rien.
  • Une valeur héritée est atténuée avec un point gris ; dès qu’on la modifie, elle devient propre à la vue et cesse de suivre.
  • On construit en vue Ordinateur, puis une passe complète en Tablette, puis en Mobile — jamais le mobile en premier.
  • Les adaptations habituelles : Direction Ligne → Colonne, titres plus petits, padding réduit, largeurs à 100 %, Order pour réordonner ; on masque rarement, jamais un contenu utile.
  • Ni largeur ni hauteur fixes en pixels ; et l’on vérifie sur un vrai téléphone avant de publier.