Illustration : un document rempli de lignes de texte, des chevrons qui s effacent, et un engrenage en pointille au temoin rouge

Quatre TPE sur dix utilisent l’IA, une sur dix lui confie une tâche

La réponse courte

Quarante pour cent des TPE et PME françaises utilisent au moins une solution d’intelligence artificielle, soit quatorze points de plus en un an. Mais elles ne sont que 11 % à lui confier une tâche répétitive, et 19 % à payer pour un outil. L’IA est entrée gratuitement, par la porte de la rédaction : c’est pour cela qu’elle progresse vite, et c’est exactement pour cela qu’elle plafonne.

En bref

Public visé : dirigeants de TPE et de PME qui utilisent déjà l’IA sans trop savoir quoi lui demander de plus, et formateurs ou médiateurs numériques qui accompagnent ces publics.

Enjeu central : le baromètre France Num 2026 mesure une adoption de l’IA qui a triplé en deux ans, pendant que la dépense numérique recule. Ce décalage indique où l’usage se bloque.

Chiffre clé : 34 % des TPE et PME se servent de l’IA pour rédiger, 11 % pour automatiser une tâche.

Temps de lecture estimé : 7 minutes.

1. Le chiffre de 40 % ne dit pas ce que l’on croit

La sixième édition du baromètre France Num a été publiée le 28 septembre 2026 par la Direction générale des entreprises. L’enquête, confiée au Crédoc, porte sur 9 655 entreprises dont 6 786 TPE, et a été menée du 23 mars au 18 avril 2026.

Son résultat le plus repris : 40 % des TPE et PME déclarent utiliser au moins une solution d’intelligence artificielle, soit 14 points de plus qu’en 2025 et trois fois plus qu’en 2024, où elles n’étaient que 13 %. Chez les PME, la proportion passe de 34 à 53 % en un an. Tous les secteurs accélèrent, même les plus éloignés du sujet : le bâtiment et l’agriculture ont doublé en un an, pour atteindre 30 % et 18 %.

Reste à savoir ce que mesure la question posée. Le baromètre demande si l’entreprise utilise au moins une solution d’IA à des fins professionnelles : un compte gratuit ouvert un soir par un salarié y pèse donc autant qu’un abonnement souscrit par l’entreprise. L’indicateur peut ainsi grimper de quatorze points sans qu’un seul euro ait changé de main.

Ce que le baromètre mesure, et ce qu’il ne mesure pas

Il mesure une déclaration d’usage, pas un équipement ni une organisation. Il ne dit pas si l’outil est payé par l’entreprise, s’il a été choisi, s’il est encadré par une règle écrite, ni qui relit ce qu’il produit. Le terrain s’est achevé le 18 avril : ces 40 % décrivent le printemps 2026.


2. Écrire, demander, puis s’arrêter

C’est la ventilation des usages qui raconte l’histoire : cinq familles, toutes en progression, mais dans un ordre très révélateur.

Usage déclaré de l’IA2026Sur un an
Génération de contenus (texte, voix, image)34 %+12 points
Assistants conversationnels et agents de dialogue24 %+10 points
Analyse et classification de documents13 %+7 points
Automatisation de tâches11 %+6 points
Analyse de données, prévision, optimisation9 %+4 points
Source : baromètre France Num 2026, Crédoc pour la Direction générale des entreprises.

Les deux premières lignes correspondent à ce qu’un assistant généraliste sait faire dès la première minute, sans installation et sans accès à vos fichiers : on tape une demande, on lit une réponse, on la recopie. Les trois suivantes supposent de brancher l’outil sur vos propres informations et sur vos propres règles. C’est la marche que la grande majorité des entreprises n’a pas franchie.

Un autre indicateur du même baromètre confirme ce plafond. Parmi les 76 % de TPE et PME qui exploitent leurs données pour piloter leur activité, 51 % s’appuient sur un logiciel métier et 44 % sur un tableur, mais seulement 5 % sur l’intelligence artificielle.

L’IA est devenue un outil de rédaction dans quatre entreprises sur dix. Elle n’est un outil de gestion que dans une sur vingt.

Lecture du baromètre France Num 2026


3. L’usage monte, la dépense descend

Le paradoxe de cette édition tient en deux chiffres mis côte à côte. L’usage de l’IA progresse de quatorze points. Dans le même temps, 33 % des TPE et PME n’ont engagé aucune dépense dédiée au numérique, hors formation et recrutement : huit points de plus en un an.

La répartition des dépenses d’IA achève le tableau. Sur l’ensemble des TPE et PME, 17 % payent des abonnements ou des licences, 5 % financent de la formation, 3 % des développements spécifiques et 2 % du conseil. Au total, 19 % utilisent une solution payante, proportion qui monte à 32 % chez les PME. Et dans les projets pour 2026 et 2027, l’intelligence artificielle arrive loin derrière la réforme de la facturation électronique, citée par 39 % des entreprises contre 18 % pour l’IA, en baisse d’un point.

Enfin, la perception des bénéfices du numérique se dégrade : 71 % des dirigeants estiment qu’il apporte un gain réel, sept points de moins qu’un an plus tôt, et la chute atteint huit points chez les TPE. Dans le même mouvement, le recours à des compétences numériques externes perd dix points, à 27 %.

Point de vigilance : la gratuité a un coût caché

Une version gratuite ne garde pas vos consignes, n’accède pas à vos documents, ne laisse aucune trace de ce qui a été demandé et offre peu de garanties sur le devenir de ce que vous y déposez. Elle convient pour dépanner, pas pour tenir une tâche. Le baromètre donne un indice de cet écart : 68 % des utilisateurs jugent l’impact de l’IA positif sur leur entreprise, mais ce taux monte à 84 % chez celles qui utilisent une solution payante.


4. Ce que les dirigeants disent quand on les écoute

France Num a complété ses chiffres par une enquête qualitative du Crédoc, trente-deux entretiens de dirigeants, dont le dossier a été mis à jour le 16 octobre 2026. Sur l’IA, elle distingue trois profils qui éclairent le plafond décrit plus haut.

Dix entreprises sur trente-deux sont indifférentes ou franchement opposées : souvent des métiers d’art ou manuels, où l’IA est jugée incompatible avec la transmission d’un savoir-faire, parfois un refus de principe fondé sur le doute quant à la fiabilité ou à la provenance des données. Douze la testent, mais, selon les termes de l’enquête, de façon très ciblée et souvent gratuite ou à faible coût : correction de courriers, traduction, offre d’emploi, recherche réglementaire, synthèse de réunion, toujours en évitant les données sensibles.

Dix, enfin, ont franchi le cap : gestion de contrats, appui aux ressources humaines, comptes rendus détaillés, analyses croisant plusieurs outils, avec une volonté explicite de structurer les usages et de se former. La différence entre ce dernier groupe et le précédent ne tient pas à l’outil, souvent le même, mais à la décision d’en faire une méthode de travail.

Le besoin que les dirigeants ont exprimé d’eux-mêmes

Au-delà des questions posées, les entreprises interrogées ont spontanément signalé un fort besoin d’accompagnement sur l’IA. L’enquête note un manque de compétences internes et relève qu’elles peinent à identifier clairement les types d’usage et à les déployer dans leur activité. Ce n’est donc pas un problème d’accès à la technologie : c’est un problème de repérage des tâches.


5. Quatre questions pour savoir si une tâche peut passer à l’IA

Ce repérage se fait sans outil et sans budget, en relisant son agenda de la semaine passée. Une tâche est un bon candidat si les quatre réponses sont oui.

  • Est-elle répétitive ? Elle revient au moins une fois par semaine, sous une forme comparable.
  • Est-elle écrite ? Ce qui entre et ce qui sort sont du texte ou des fichiers, pas un geste ni une conversation.
  • Est-elle réglée ? Vous sauriez expliquer la règle à un stagiaire en trois phrases.
  • Est-elle vérifiable ? Vous voyez en un coup d’oeil si le résultat est faux.

S’il manque une seule de ces conditions, l’automatisation coûtera plus de temps à installer et à surveiller qu’elle n’en fera gagner. Voici quatre tâches qui, dans une entreprise de deux à dix personnes, cochent les quatre cases.

TâcheCe que l’IA prend en chargeCe qui reste à vous
Relance des devis sans réponseRepérer les devis dépassés, préparer un courriel au ton de la maisonDécider d’envoyer, ajuster le prix ou le délai
Tri et nommage des pièces comptablesExtraire date, fournisseur et montant, renommer et rangerLe contrôle mensuel et la validation par le cabinet
Réponses aux questions qui reviennentRédiger à partir de vos réponses passées, déjà validéesLa relecture avant envoi, toujours
Compte rendu de visite ou de chantierTransformer des notes dictées en compte rendu au format habituelLa vérification des chiffres, des noms et des engagements

La méthode qui marche : une seule tâche, quatre semaines

Choisissez une tâche, une seule. Notez le temps qu’elle vous prend par semaine, tenez-la quatre semaines, recomptez. Si le gain ne se voit pas, ce n’est pas la bonne tâche, et vous n’aurez perdu qu’un mois d’essai au lieu d’un abonnement annuel.


6. Trois garde-fous avant de laisser faire

Passer de la rédaction à l’automatisation change la nature du risque : un texte mal écrit se corrige avant l’envoi, une tâche automatisée se répète toute seule, erreur comprise. Trois règles couvrent l’essentiel.

Qui relit, et avant quoi. Pour toute sortie destinée à un client, un salarié, une administration ou un fournisseur, la relecture humaine reste obligatoire tant que la tâche n’a pas tourné sans erreur plusieurs semaines de suite. Quand une IA invente une référence ou un chiffre, c’est la signature au bas du document qui engage, pas l’outil : Quand l’IA invente, c’est vous qui signez.

Ce qui ne sort jamais. Dressez une liste courte : pièces d’identité, données de santé, fichier client complet, pièces d’un dossier en cours, éléments chiffrés confidentiels. Les entreprises prudentes le font déjà d’instinct ; l’écrire évite que cet instinct dépende de qui est au clavier ce jour-là. C’est l’objet de la charte d’une page décrite dans IA au travail : la charte que votre TPE doit écrire, qui rappelle aussi l’exigence européenne de formation des personnes concernées.

La trace. Écrivez la règle confiée à l’outil et l’endroit où le résultat est déposé. Sans cela, personne ne peut corriger ce qui dérape ni reprendre la main si l’outil change ou disparaît. La question devient plus sensible encore avec des agents capables d’agir seuls, terrain sur lequel l’ANSSI formule des réserves précises, résumées dans Agents IA : ce que l’ANSSI déconseille, et ce qui reste utile.

À ne pas automatiser, même si c’est tentant

Tout ce qui décide d’une personne : tri de candidatures, évaluation, sanction, refus de dossier. Tout ce qui engage une somme sans relecture : virement, commande, modification tarifaire. Et tout ce que vous ne savez pas vérifier vous-même : si vous ne pouvez pas dire pourquoi le résultat est juste, vous ne pourrez pas le défendre non plus.


7. Ce que l’argent public finance, et ce qu’il ne finance pas

Le plan national Osez l’IA a présenté son bilan de première année début septembre 2026 : plus de 35 000 entreprises sensibilisées, 615 ambassadeurs, 88 offreurs référencés, et 70 diagnostics Data IA engagés pour un objectif annoncé de mille, avec une cible de 50 % d’adoption chez les TPE en 2030. Mais le dispositif central reste hors de portée des plus petites : ce diagnostic s’adresse aux entreprises de 10 à 2 000 salariés, pour une prestation de huit jours prise en charge à 40 % par France 2030. Une entreprise de trois personnes n’y a pas droit, comme nous l’avions signalé dans Plans IA de l’État : ce qui existe déjà pour votre TPE.

Le baromètre ajoute une donnée qui mérite d’être lue par ceux qui conçoivent ces dispositifs : France Num n’est connu que de 21 % des TPE et PME et n’est cité comme interlocuteur de confiance que par 7 %, en recul de sept points, quand l’expert-comptable bondit à 41 % en gagnant vingt-trois points. Pour une petite entreprise, le conseil numérique passe désormais par les gens qu’elle voit déjà.


À retenir

  • 40 % des TPE et PME utilisent l’IA, trois fois plus qu’en 2024, mais 19 % payent pour un outil et 5 % financent de la formation.
  • L’usage reste concentré sur la rédaction, à 34 %, et le dialogue, à 24 %. L’automatisation plafonne à 11 %, et l’IA ne sert d’outil de pilotage que dans 5 % des cas.
  • Pendant que l’usage grimpe, la dépense recule : 33 % n’ont engagé aucune dépense numérique, huit points de plus en un an.
  • Une tâche est automatisable si elle est répétitive, écrite, réglée et vérifiable. S’il manque une condition, le temps investi ne sera pas rendu.
  • Avant d’automatiser : désigner qui relit, écrire la liste de ce qui ne sort jamais de l’entreprise, et consigner la règle confiée à l’outil.

L’enseignement le plus utile de ce baromètre n’est pas le chiffre de 40 %, c’est la phrase de l’enquête qualitative : les dirigeants peinent à identifier les usages et à les déployer. Le problème n’est plus l’accès à l’outil, devenu gratuit et universel, mais le choix de la tâche, l’ordre, les limites et la mesure du gain. C’est un travail de méthode, qui se fait en quelques heures et se vérifie en quelques semaines.

Num Compagny accompagne les TPE, les PME et les associations sur cette étape précise : identifier les deux ou trois tâches où l’IA rend vraiment du temps, poser les règles d’usage qui protègent l’entreprise, et former les équipes à vérifier ce que l’outil produit. Nos parcours sont détaillés sur la page formation professionnelle.

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