23. Elementor AI et Angie : l’IA dans l’éditeur, sans se faire déposséder
L’intelligence artificielle est entrée dans Elementor par deux portes : un assistant intégré aux champs de l’éditeur, Elementor AI, et une extension séparée qui agit à votre place dans WordPress, Angie. Ce chapitre montre ce qu’elles font bien, ce qu’elles font mal, comment les employer avec méthode, et ce que la loi demande depuis le 2 août 2026 quand un contenu généré est publié.
L’intelligence artificielle est entrée dans Elementor par deux portes : un assistant intégré aux champs de l’éditeur, Elementor AI, et une extension séparée qui agit à votre place dans WordPress, Angie. Ce chapitre montre ce qu’elles font bien, ce qu’elles font mal, comment les employer avec méthode, et ce que la loi demande depuis le 2 août 2026 quand un contenu généré est publié.
En bref
- Public
- Toute personne qui doit produire textes et illustrations pour son site et manque de temps.
- Enjeu
- Gagner des heures sans perdre sa voix, ses faits, ses données ni sa conformité.
- Idée clé
- L’IA propose, vous signez : rien ne part en ligne sans une relecture sur le fond.
- Prérequis
- Chapitres 13, 14 et 18.
- Lecture
- Environ 12 minutes (+ 30 minutes d’exercice).
23.1 — Deux outils, deux logiques
Deux produits, souvent confondus parce qu’ils viennent du même éditeur et se paient avec les mêmes crédits. Elementor AI est intégré à l’éditeur : il apparaît dans un champ précis — texte, image, code, conteneur — et propose un contenu pour ce champ. Angie est une extension distincte, installée depuis l’administration WordPress ; le Centre d’aide la décrit comme une IA « agentique » pour WordPress, développée par Elementor. Elle reçoit une demande en langage courant et enchaîne elle-même plusieurs opérations dans l’administration et dans l’éditeur.
Définition
IA générative — un programme qui produit un texte, une image ou du code à partir d’une consigne écrite, appelée prompt (nous dirons « consigne » ou « brief »). IA agentique — une IA qui exécute une suite d’actions dans un logiciel : créer une page, y poser une mise en page, régler des classes. La première suggère ; la seconde agit.
| Outil | Où il intervient | Ce qu’il produit | Comment on le paie |
|---|---|---|---|
| Elementor AI | Dans l’éditeur, champ par champ (compte Elementor requis) | Textes, images, code CSS/HTML (Pro), mises en page de conteneur, plan de site | Essai gratuit, puis abonnement ; inclus dans les crédits du plan One |
| Angie | Extension séparée, dans l’administration et dans l’éditeur (depuis Elementor 4.1) | Pages et mises en page atomiques, Composants, Formulaires, Classes, Variables, Boucles | Crédits du plan One |
Le plan Elementor One (228 $ par an hors taxes au 6 septembre 2026, un site) comprend 25 000 crédits par mois, partagés entre l’IA, l’optimisation d’images, l’accessibilité et l’envoi d’e-mails ; une action d’IA coûte de 1 à 40 crédits, essais infructueux compris. Les plans Editor Pro seuls n’incluent aucun crédit.
23.2 — Elementor AI dans l’éditeur : écrire, illustrer, coder
Elementor AI est ouvert à tout utilisateur disposant d’un compte Elementor, en version gratuite comme en Pro, et peut être désactivé pour un utilisateur qui ne souhaite pas le voir.
- Activez-le une fois. Sélectionnez un Titre ou un Paragraphe ; sous le champ de texte, cliquez sur Écrire avec l’IA (Write with AI). Au premier usage, Elementor demande de vous connecter à votre compte et ouvre l’essai gratuit.
- Écrivez à partir d’un brief. « Paragraphe de 60 mots présentant une menuiserie artisanale à Murol, spécialisée dans les escaliers sur mesure, ton chaleureux, sans superlatif. » Générez, lisez, demandez une variante, insérez.
- Retravaillez un texte existant. L’assistant propose des actions prêtes : simplifier le langage, allonger, raccourcir, corriger l’orthographe, traduire, changer le ton (libellés anglais Simplify language, Make it longer, Make it shorter, Fix spelling and grammar, Translate, Change tone).
- Illustrez. Dans un champ image, l’assistant génère une image à partir d’une description, ou modifie une image existante (retirer l’arrière-plan, agrandir le cadre, produire des variantes).
- Codez, avec Pro. Coder avec l’IA (Code with AI) apparaît dans les champs de CSS personnalisé, dans le widget HTML et dans le Code personnalisé (chapitre 32).
- Générez une mise en page. Sur un conteneur vide, l’assistant construit une section à partir d’une description. L’AI Site Planner produit, à partir d’un brief d’entreprise, un plan de site et des propositions de pages : un point de départ, jamais un site fini.
Chaque génération consomme des crédits ou entame le quota de l’abonnement. Trois consignes précises — public, longueur, ton, ce qu’il faut éviter — coûtent moins que dix consignes vagues et donnent un meilleur résultat.
23.3 — Angie : l’assistant qui agit dans WordPress
Angie s’installe comme une extension ordinaire depuis Extensions › Ajouter, puis se relie à votre compte Elementor. Un volet de conversation apparaît dans l’administration et, depuis Elementor 4.1, dans l’éditeur. On y écrit : « Crée une page Réalisations avec une grille de trois colonnes utilisant mes variables de couleur et ma classe carte ». Angie enchaîne les opérations que vous auriez faites à la main : création de la page, pose des Flexbox et des Grilles atomiques, application des Classes et Variables existantes, ajout d’un Formulaire atomique ou d’une Boucle à la demande.
C’est un changement de nature : Elementor AI remplit une case, Angie modifie votre site. Le gain est réel pour les tâches répétitives et bien cadrées — dix pages « commune » sur le même gabarit. Le risque est proportionnel : une consigne mal comprise produit des pages non voulues ou des classes en double.
Attention
Ne laissez pas un agent travailler sur un site en ligne sans filet. Avant : sauvegarde complète (chapitre 36) ou site de test. Après : revue de Pages › Toutes les pages, du Gestionnaire de classe et du Gestionnaire de variables pour supprimer les doublons. Dites-lui explicitement d’utiliser les variables et classes existantes (chapitre 18) et de ne rien créer de nouveau.
23.4 — Ce que l’IA fait bien, et ce qu’elle ne sait pas faire
Le partage des rôles tient en une idée : l’IA excelle sur la forme et échoue sur ce qui est propre à votre entreprise.
Ce qui marche
Le premier jet d’un paragraphe que l’on n’arrive pas à commencer. Les variantes d’un titre ou d’un texte de bouton. La correction et le raccourcissement. Une image décorative, un fond, un motif. Le gabarit d’une section. Une règle CSS simple. Un plan de site de départ.
Ce qui ne marche pas
Le ton de l’entreprise : le texte sera correct et interchangeable avec celui du menuisier voisin. Les faits : dates, prix, délais, essences de bois sont inventés avec aplomb. Les photos « réelles » de l’atelier, des réalisations ou de l’équipe. La cohérence du design si l’outil crée ses propres couleurs. Tout ce qui engage juridiquement : mentions légales, garanties, conditions de vente.
Ce qui distingue le site de Camille Roche, c’est qu’elle sait qu’un escalier en chêne se pose en deux jours et que l’atelier est à Murol depuis 2009. Ces faits, elle seule les fournit ; l’IA peut ensuite les mettre en phrases.
23.5 — La méthode en quatre temps
Méthode
1. Préparer. Un brief d’une page : l’entreprise, son public, les faits vérifiés (dates, prestations, commune, coordonnées), le ton voulu, les mots à bannir ; et un système de design déjà en place, dans lequel l’IA doit se couler. 2. Générer. Deux ou trois versions courtes plutôt qu’une longue ; variez la consigne, pas seulement le bouton « régénérer ». 3. Relire sur le fond avec la grille ci-dessous : un texte qui échoue sur les faits ou les données personnelles est rejeté, quelle que soit sa qualité. 4. Réécrire le texte retenu à la première personne de l’entreprise, avec un détail que seul l’artisan connaît, sans formules toutes faites. C’est là que le texte devient le vôtre — et que la relecture humaine devient substantielle, au sens de la loi.
| Point de contrôle | La question à se poser | Si la réponse est non |
|---|---|---|
| Exactitude des faits | Chaque date, prix, délai, lieu, prestation est-il vrai et vérifiable ? | Corriger ou supprimer ; ne jamais laisser passer un chiffre plausible. |
| Promesses | Le texte promet-il ce que l’entreprise ne garantit pas (« meilleur », « garanti à vie ») ? | Retirer superlatifs et engagements non contractuels. |
| Voix de l’entreprise | Camille dirait-elle cette phrase à un client au téléphone ? | Réécrire dans ses mots. |
| Données personnelles | Le texte ou la consigne contiennent-ils un nom de client, une adresse, un devis ? | Anonymiser ; ne jamais renvoyer la consigne telle quelle. |
| Lisibilité | Phrases courtes, un message par paragraphe, vocabulaire d’un client non spécialiste ? | Raccourcir ; demander « simplifier le langage », puis relire. |
| Cohérence visuelle | Les mises en page générées utilisent-elles les Variables et Classes existantes ? | Réaffecter couleurs et polices ; supprimer les classes en double. |
| Originalité | Le texte pourrait-il figurer tel quel chez un concurrent ? | Ajouter un fait, un lieu, un chantier réel. |
| Signalement | Une image réaliste ou un texte non relu va-t-il être publié ? | Étiqueter (section 23.6) ou relire substantiellement avant publication. |
23.6 — Ce que la loi demande depuis le 2 août 2026
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) comporte un article 50 consacré à la transparence, applicable depuis le 2 août 2026. Il répartit les obligations entre l’éditeur de l’outil (Elementor, ou le fournisseur du modèle qu’il utilise) et celui qui diffuse le contenu — ici, l’entreprise qui publie son site.
Du côté de l’outil, les contenus générés doivent être marqués dans un format lisible par machine, pour pouvoir être détectés comme artificiels. Ce marquage relève du fournisseur ; un délai de grâce court jusqu’au 2 décembre 2026, mais il ne concerne que le marquage des outils mis sur le marché avant le 2 août, rien d’autre. Du côté de celui qui diffuse, deux situations imposent un signalement visible : les hypertrucages (deepfakes) — images, sons ou vidéos générés ou manipulés qui font croire à des personnes, des lieux ou des événements réels — et les textes publiés pour informer le public sur des questions d’intérêt général lorsqu’ils n’ont pas fait l’objet d’une relecture humaine substantielle sous une responsabilité éditoriale. Le règlement prévoit aussi qu’une personne qui dialogue avec un assistant conversationnel doit en être informée. Le marquage automatique de l’outil ne dispense pas celui qui diffuse de son propre signalement.
À savoir
Pour un site vitrine, la portée pratique est limitée mais réelle. Un texte de présentation généré puis réécrit et validé par Camille n’est ni un texte d’intérêt public ni un texte sans relecture : aucun signalement n’est imposé. En revanche, une image générée qui imite une photographie réaliste de l’atelier, d’un escalier « réalisé » ou de l’équipe relève du signalement — et, au-delà de la loi, tromperait le client. Recommandation de ce support : indiquer dans les mentions légales (chapitre 35) que certains textes et illustrations sont préparés avec une aide de l’IA, relus et validés par l’entreprise, et légender toute image réaliste générée.
23.7 — Confidentialité, propriété et coût
Piège classique
Coller des données confidentielles dans une consigne. Ce que vous écrivez dans le champ de l’assistant quitte votre site pour être traité sur les serveurs du fournisseur d’IA. Un devis nominatif, la liste des clients, l’adresse d’un particulier, un contrat, un échange d’e-mails : rien de tout cela n’a sa place dans un brief, ni pour Elementor AI, ni pour Angie, ni pour aucun autre assistant. Le règlement général sur la protection des données s’applique. Travaillez avec des exemples anonymisés (« un client de Besse », « un escalier livré au printemps ») et gardez les faits nominatifs pour la réécriture finale, hors de l’outil.
La propriété appelle deux précisions prudentes. Les conditions d’utilisation d’Elementor AI fixent les droits sur les contenus générés ; lisez-les avant un usage commercial. Par ailleurs, en droit français, une œuvre suppose une intervention humaine créative : une image produite entièrement par un programme n’est en principe pas protégée par le droit d’auteur, et vous ne pourrez pas en interdire la réutilisation. Pour un logo, on s’adresse à un graphiste.
Reste le coût. Une page de texte générée et retravaillée reste très abordable ; ce sont les images et les sessions d’agent qui pèsent. Si le bilan est « beaucoup d’actions pour un texte que j’ai fini par réécrire », le brief était le problème, pas l’outil.
Exercice 23.1 — La page « À propos » avec l’IA, puis sans elle 30 min
Objectif : pratiquer la méthode en quatre temps sur un texte réel et mesurer ce que la relecture change.
- Préparer. Rédigez le brief de la page « À propos » en dix lignes : Camille Roche, menuisière à Murol depuis 2009, deux salariés, escaliers, cuisines et agencements sur mesure, essences locales, chantiers dans le Sancy, ton chaleureux et direct, sans superlatif. Aucun nom de client.
- Générer. Dans un Paragraphe atomique, avec Écrire avec l’IA, demandez une version A de 120 mots, puis une version B avec une consigne différente (« commence par l’atelier, pas par l’entreprise »). Conservez les deux textes et leurs consignes à part.
- Relire. Passez chaque version dans la grille de la section 23.5 ; notez « oui » ou « non » et la correction nécessaire. Comptez les faits inventés.
- Réécrire. Partez de la version la mieux notée et réécrivez-la à la première personne, avec deux détails vrais que seule Camille connaît (une essence de bois, un délai de pose).
- Générez une image décorative (motif de veines de bois) pour le bandeau et légendez-la « Illustration générée par IA ». Aucune image générée ne représente l’atelier ni une réalisation.
- Ajoutez au brouillon des mentions légales une phrase sur l’usage de l’IA, à valider au chapitre 35. Comme en atelier Num Compagny, comparez le temps passé avec celui d’une rédaction sans assistance.
Résultat attendu : un brief réutilisable, deux versions générées et annotées, un texte final relu et signé, une illustration légendée, et une phrase de transparence prête pour les mentions légales.
À retenir
- Elementor AI remplit un champ de l’éditeur ; Angie est une extension séparée qui agit dans WordPress et dans l’éditeur. Les deux se paient en crédits One ou par abonnement.
- L’IA est bonne sur la forme (premier jet, variantes, corrections, gabarits) et mauvaise sur ce qui est propre à l’entreprise (faits, ton, photos réelles, cohérence du design).
- Méthode en quatre temps : préparer un brief, générer court, relire avec la grille, réécrire dans sa voix.
- Depuis le 2 août 2026, l’article 50 de l’AI Act impose de signaler les hypertrucages et les textes d’intérêt public non relus ; le marquage machine incombe à l’outil, avec un délai au 2 décembre 2026 limité aux outils antérieurs. Une image réaliste générée se légende ; une mention dans les mentions légales est recommandée.
- Aucune donnée client dans une consigne : la consigne quitte votre site.

