Sauvegardes : la règle 3-2-1
Le seul vrai antidote au rançongiciel.
🎯 Objectifs de la leçon
À la fin de cette leçon, vous saurez :
- expliquer pourquoi une sauvegarde est le dernier rempart d’un cabinet face à une catastrophe numérique ;
- appliquer la règle 3-2-1 : 3 copies, 2 supports différents, 1 copie hors site ;
- choisir vos supports (disque externe, serveur, cloud) et organiser une copie hors site ;
- protéger vos sauvegardes contre les rançongiciels (versions, déconnexion, immuabilité) ;
- tester la restauration — l’étape que presque tout le monde oublie ;
- appliquer les recommandations de l’ANSSI et de cybermalveillance.gouv.fr.
Durée : 55 à 65 min · Niveau : débutant à intermédiaire · Prérequis : savoir brancher un disque externe ; idéalement avoir suivi les leçons mots de passe et 2FA.
1. La sauvegarde, dernier rempart du cabinet
Revenons au Cabinet Verne, à Issoire. Sophie a des mots de passe solides et la double authentification partout. Excellent — mais aucune protection n’est parfaite. Un matin, un collaborateur ouvre une pièce jointe piégée ; en quelques minutes, un rançongiciel chiffre tous les fichiers du serveur : dossiers clients, comptabilité, paie. Un message réclame une rançon. Sans sauvegarde, le cabinet n’a plus que deux options, toutes deux désastreuses : payer (sans garantie de récupérer quoi que ce soit) ou tout perdre. Avec une bonne sauvegarde, il en a une troisième, décisive : tout restaurer et reprendre le travail.
La sauvegarde n’est pas une précaution parmi d’autres : c’est le filet de sécurité ultime. Elle protège non seulement des rançongiciels, mais aussi des pannes matérielles, des vols, des incendies, des dégâts des eaux et de la plus fréquente des causes — l’erreur humaine (un dossier supprimé par mégarde, un fichier écrasé). L’ANSSI en fait un pilier de sa doctrine, et cybermalveillance.gouv.fr rappelle que la sauvegarde régulière est la meilleure parade contre les rançongiciels, première menace pour les organisations.
ℹ️ Le saviez-vous ? Pour un cabinet comptable, perdre ses données, ce n’est pas seulement perdre du temps : c’est un risque juridique (obligations de conservation), un risque de responsabilité vis-à-vis des clients, et un risque vital pour l’activité. Une sauvegarde testée transforme une catastrophe potentiellement fatale en simple contretemps de quelques heures.
Le schéma ci-dessous rappelle la place des rançongiciels parmi les menaces qui pèsent sur les petites structures.
2. La règle 3-2-1, expliquée simplement
La règle 3-2-1 est le standard mondial de la sauvegarde, recommandé par l’ANSSI comme par les experts. Elle tient en trois chiffres faciles à retenir :
- 3 copies de vos données au total : l’original sur lequel vous travaillez, plus deux sauvegardes.
- 2 supports différents : par exemple un disque externe et un espace cloud. Ne pas mettre les deux sauvegardes sur le même type de matériel.
- 1 copie hors site : au moins une sauvegarde ailleurs que dans les locaux du cabinet, à l’abri d’un incendie, d’un vol ou d’un dégât des eaux.
Chaque chiffre répond à un risque précis. Trois copies parce qu’une seule sauvegarde peut elle-même tomber en panne au mauvais moment. Deux supports parce qu’un même type de matériel peut connaître la même défaillance (deux disques du même lot qui lâchent). Une copie hors site parce qu’un sinistre physique — feu, inondation, cambriolage — détruirait d’un coup tout ce qui est au même endroit. Le schéma ci-dessous résume cette architecture.
💡 À retenir. L’original ne compte pas comme une sauvegarde. Si vous n’avez qu’un disque externe branché en permanence, vous n’avez pas trois copies : vous en avez deux, au même endroit, exposées au même rançongiciel. La règle 3-2-1 est justement conçue pour éviter ce faux sentiment de sécurité.
3. Les trois copies : que faut-il sauvegarder ?
Avant de choisir des supports, il faut savoir quoi sauvegarder. Dans un cabinet, on distingue les données vitales des données secondaires. La priorité absolue va à tout ce qui est irremplaçable et soumis à des obligations de conservation.
- La comptabilité et les dossiers clients : liasses, bilans, déclarations, pièces justificatives. Irremplaçables et à conserver plusieurs années.
- La paie et les données sociales : bulletins, déclarations, contrats.
- La messagerie professionnelle : échanges, pièces jointes, preuves.
- Les bases des logiciels métier : ne pas oublier de sauvegarder aussi la base de données du logiciel, pas seulement les documents.
- Les paramétrages et licences : ce qui permet de tout réinstaller vite après un incident.
ℹ️ Ne pas confondre synchronisation et sauvegarde. Un dossier synchronisé (type cloud « miroir ») recopie immédiatement vos modifications — y compris une suppression ou un chiffrement par rançongiciel. Une vraie sauvegarde conserve des versions antérieures auxquelles revenir. La synchronisation est pratique, mais elle ne remplace pas une sauvegarde.
4. Deux supports différents
Le cœur de la règle 3-2-1 est la diversité des supports. Répartir ses sauvegardes sur deux technologies différentes évite qu’une seule cause fasse tout tomber. Le tableau ci-dessous compare les supports les plus courants pour un cabinet.
| Support | Avantages | Limites | Rôle idéal |
|---|---|---|---|
| Disque dur externe | Simple, peu cher, rapide | Fragile, à débrancher après usage, à renouveler | Copie locale (Copie 2) |
| Serveur NAS | Automatisable, plusieurs disques, versions | Coût, reste dans les locaux, à configurer | Copie locale robuste |
| Cloud professionnel | Hors site par nature, versions, automatique | Abonnement, dépend d’Internet, choisir un hébergeur sérieux | Copie hors site (Copie 3) |
| Disque déporté (tournant) | Hors ligne, hors site si emporté | Manuel, discipline nécessaire | Hors site à moindre coût |
Une combinaison classique et efficace pour un cabinet : un disque externe ou un NAS pour la copie locale (restauration rapide), plus un cloud professionnel pour la copie hors site (résistance aux sinistres). Deux technologies, deux emplacements : la règle est respectée.
5. La copie hors site : au moins une ailleurs
La copie hors site est celle qui sauve le cabinet en cas de sinistre physique. Imaginez un incendie ou un dégât des eaux dans les locaux : si les trois copies sont sur place, tout disparaît ensemble. Une copie ailleurs garantit qu’il restera toujours de quoi repartir. Trois manières de l’assurer :
- Le cloud professionnel : la solution la plus simple, car la copie est hors site par nature, chiffrée et automatique. Choisissez un hébergeur sérieux, si possible en Europe pour le RGPD.
- Le disque tournant emporté : deux disques externes que l’on alterne, l’un restant hors des locaux (domicile, coffre à la banque). Peu coûteux, mais demande de la discipline.
- Un second site : pour les cabinets multi-agences, sauvegarder les données d’un site sur l’autre.
6. Protéger ses sauvegardes des rançongiciels
Voici le point le plus important — et le plus mal compris. Les rançongiciels modernes ne se contentent pas de chiffrer vos fichiers de travail : ils cherchent activement les sauvegardes accessibles pour les chiffrer aussi, afin de vous forcer à payer. Une sauvegarde branchée en permanence, ou un cloud synchronisé en miroir, peut être atteinte en même temps que le reste. La parade tient en un mot : la sauvegarde doit être hors d’atteinte au moment de l’attaque.
6.1 Les quatre protections qui comptent
- La déconnexion (air gap). Débranchez le disque de sauvegarde après chaque sauvegarde. Ce qui n’est pas branché ne peut pas être chiffré.
- Le versionnage. Conservez plusieurs versions dans le temps : si la dernière est corrompue, vous revenez à une version saine d’avant l’attaque.
- L’immuabilité. Certains clouds professionnels proposent des sauvegardes immuables : une fois écrites, elles ne peuvent plus être modifiées ni effacées pendant une durée définie, même par un pirate.
- La séparation des comptes. Le compte qui gère les sauvegardes doit être distinct, avec son propre mot de passe et sa 2FA, pour qu’un poste compromis n’y donne pas accès.
6.2 Que faire si l’attaque survient malgré tout ?
Même bien protégé, un cabinet peut être touché. Ce qui fait la différence, alors, c’est de garder son sang-froid et de suivre les bons réflexes, ceux que recommande cybermalveillance.gouv.fr. La sauvegarde saine, hors ligne, est ce qui permet de refuser la rançon.
⚠️ En cas de rançongiciel, les gestes qui comptent
- Isoler les machines touchées : les débrancher du réseau et du Wi-Fi pour stopper la propagation, sans les éteindre brutalement.
- Ne pas payer la rançon : aucune garantie de récupérer les données, et cela finance la criminalité et désigne le cabinet comme cible facile.
- Prévenir et documenter : photos des messages, heure, périmètre touché.
- Signaler sur cybermalveillance.gouv.fr, déposer plainte, et notifier la CNIL si des données personnelles sont concernées (obligation RGPD sous 72 h).
- Restaurer depuis une sauvegarde saine et hors ligne, après avoir assaini les postes.
| À faire | À éviter |
|---|---|
| Débrancher du réseau pour isoler | Payer la rançon |
| Conserver les preuves | Reformater dans la panique avant analyse |
| Signaler et déposer plainte | Restaurer sur une machine encore infectée |
| Restaurer depuis une copie hors ligne saine | Rebrancher la sauvegarde sur le réseau infecté |
| Se faire aider (prestataire référencé) | Rester seul et improviser |
ℹ️ Aide gratuite. Le site cybermalveillance.gouv.fr propose un parcours d’assistance dédié aux victimes de rançongiciel, met en relation avec des prestataires référencés (label ExpertCyber) et publie des fiches réflexes. Ne restez jamais seul face à une attaque : l’accompagnement existe, il est public et gratuit.
7. Tester la restauration : l’étape qu’on oublie
Voici la vérité que trop de professionnels découvrent au pire moment : une sauvegarde jamais testée n’est pas une sauvegarde, c’est une hypothèse. Combien de cabinets ont cru être protégés, jusqu’au jour où le disque s’est révélé illisible, la sauvegarde incomplète, ou le mot de passe du cloud oublié ? La seule façon de savoir qu’une sauvegarde fonctionne, c’est de l’avoir restaurée au moins une fois.
7.1 Comment tester, concrètement
- Choisissez un échantillon : un dossier client, une base du logiciel de compta.
- Restaurez-le à un emplacement de test (pas par-dessus l’original), depuis chacune de vos sauvegardes.
- Vérifiez que les fichiers s’ouvrent, sont complets et à jour.
- Chronométrez : combien de temps pour restaurer ? C’est votre délai de reprise réel.
- Notez la date du test réussi dans un petit journal de sauvegarde.
Le schéma ci-dessous illustre ce cycle vertueux : sauvegarder ne suffit pas, il faut boucler par un test régulier.
8. Planifier et automatiser
La meilleure sauvegarde est celle qui se fait toute seule, sans dépendre de la mémoire de quelqu’un. On automatise donc, en adaptant la fréquence à l’importance des données : plus une donnée change souvent et compte, plus on la sauvegarde fréquemment. Le tableau ci-dessous propose un rythme pour un cabinet.
| Données | Fréquence conseillée | Où |
|---|---|---|
| Compta, dossiers clients en cours | Quotidienne (automatique) | Locale + cloud |
| Messagerie professionnelle | Quotidienne à continue | Cloud avec versions |
| Bases des logiciels métier | Quotidienne | Locale + hors site |
| Copie hors site complète | Hebdomadaire au minimum | Cloud ou disque déporté |
| Test de restauration | Mensuel à trimestriel | Emplacement de test |
9. Sauvegarde, RGPD et obligations de conservation
Pour un cabinet comptable, sauvegarder n’est pas seulement prudent : c’est une obligation, à double titre. D’un côté, le RGPD impose de garantir la sécurité des données personnelles ; de l’autre, la réglementation comptable et fiscale impose de conserver certains documents pendant des années. La sauvegarde est au croisement des deux.
9.1 Ce que demande le RGPD
L’article 32 du RGPD exige des mesures assurant l’intégrité, la disponibilité et la résilience des traitements, ainsi que la capacité à rétablir la disponibilité des données en cas d’incident physique ou technique. En clair : être capable de restaurer les données après une panne, un vol ou une attaque. Une sauvegarde 3-2-1 testée est la réponse concrète et attendue à cette exigence. À l’inverse, l’absence de sauvegarde en cas d’incident serait difficilement défendable devant la CNIL.
9.2 Concilier sécurité et durée de conservation
Les données doivent être conservées le temps nécessaire à leur finalité et aux obligations légales — plusieurs années pour les pièces comptables — puis supprimées. Vos sauvegardes doivent donc, elles aussi, prévoir des archives longues pour ce qui doit être gardé, et ne pas conserver indéfiniment ce qui devrait être effacé. C’est un équilibre entre disponibilité et minimisation.
ℹ️ Mémo conformité de la sauvegarde
- Sauvegardes chiffrées, surtout hors site et sur supports amovibles.
- Hébergeur cloud européen, avec contrat de sous-traitance (article 28).
- Accès aux sauvegardes restreint et protégé par mot de passe unique + 2FA.
- Capacité de restauration testée et documentée (preuve de résilience).
- En cas de violation de données, notification à la CNIL sous 72 h et, si nécessaire, aux personnes concernées.
Documenter tout cela — où sont les sauvegardes, comment elles sont protégées, quand a eu lieu le dernier test réussi — constitue une preuve de diligence précieuse. En cas de contrôle ou d’incident, montrer que le cabinet avait mis en place une sauvegarde sérieuse et testée fait toute la différence entre la négligence et la bonne foi.
10. Bien choisir sa solution de sauvegarde
Toutes les offres de sauvegarde ne se valent pas. Avant de vous engager, passez chaque solution au crible de quelques critères simples. Le tableau ci-dessous les résume, avec la bonne question à poser au prestataire.
| Critère | Pourquoi c’est important | La question à poser |
|---|---|---|
| Automatisation | Une sauvegarde manuelle finit par être oubliée | « Se fait-elle seule, chaque jour, avec alerte en cas d’échec ? » |
| Versionnage | Revenir avant une corruption ou une attaque | « Combien de versions et sur quelle durée ? » |
| Chiffrement | Protéger les données en cas de perte du support | « Les données sont-elles chiffrées, et qui détient la clé ? » |
| Immuabilité | Résister aux rançongiciels | « Existe-t-il des sauvegardes non modifiables pendant X jours ? » |
| Hébergement | Conformité RGPD | « Où sont physiquement stockées les données ? » |
| Réversibilité | Pouvoir partir sans perdre ses données | « Comment récupérer l’intégralité de mes données si je change ? » |
10.1 Éviter la dépendance à un prestataire
Attention au piège de la dépendance : une solution qui rend vos données difficiles à récupérer si vous la quittez vous enferme. Vérifiez toujours la réversibilité : la possibilité d’exporter l’ensemble de vos sauvegardes dans un format standard, à tout moment. C’est une garantie de liberté et une sécurité supplémentaire.
💡 Astuce. Ne cherchez pas la solution parfaite unique : combinez. Un outil simple et automatique pour la copie locale, un cloud sérieux pour le hors site, un disque débranché pour l’ultime secours. La robustesse vient de la diversité, pas d’un produit miracle.
🧭 Erreurs fréquentes et dépannage
| Symptôme | Cause probable | Solution |
|---|---|---|
| La sauvegarde échoue toutes les nuits | Disque plein ou débranché | Libérer de l’espace, vérifier la connexion, activer les alertes d’échec |
| Impossible de retrouver un fichier d’il y a trois semaines | Pas de versionnage ou rétention trop courte | Activer les versions et allonger la durée de conservation |
| La restauration est très lente | Gros volume rapatrié depuis le cloud | Garder une copie locale pour une reprise rapide, le cloud en secours |
| Le rançongiciel a aussi chiffré la sauvegarde | Sauvegarde branchée en permanence | Déconnexion (air gap) et/ou sauvegarde immuable dans le cloud |
| Mot de passe du cloud de sauvegarde oublié | Non conservé correctement | Le stocker dans le gestionnaire, avec 2FA et codes de secours |
| La sauvegarde ne contient pas la base du logiciel | Périmètre mal défini | Inclure bases de données et paramétrages, puis vérifier par un test |
| Deux disques identiques tombent en panne | Même support, même lot | Diversifier les supports (la règle des « 2 »), renouveler le matériel |
📋 Cas pratique 1 — Le Cabinet Verne met en place la 3-2-1
Situation. Le Cabinet Verne n’a, pour toute sauvegarde, qu’un disque externe branché en permanence sur le serveur, sur lequel une copie est faite « de temps en temps ». Autant dire une seule copie, au même endroit, exposée au même rançongiciel. Sophie veut une vraie architecture 3-2-1, automatique et testée.
Résolution guidée.
- Définir le périmètre : compta, dossiers clients, paie, bases des logiciels métier, messagerie, paramétrages.
- Copie 2 (locale) : installer un NAS avec sauvegarde automatique quotidienne et versionnage, pour une restauration rapide.
- Copie 3 (hors site) : souscrire un cloud professionnel européen, chiffré, avec versions et option immuable, synchronisé chaque nuit.
- Air gap : conserver en plus un disque externe hebdomadaire, débranché et rangé hors des locaux, en secours ultime.
- Comptes séparés : le compte de sauvegarde a son propre mot de passe et sa 2FA, distincts des comptes de travail.
- Test : restaurer un dossier client depuis chaque support et chronométrer.
📋 Cas pratique 2 — Un rançongiciel frappe, le cabinet s’en remet
Situation. Trois mois après avoir mis en place la 3-2-1, le Cabinet Verne est touché : un mardi matin, les fichiers du serveur deviennent illisibles, un message réclame une rançon. Grâce à ses sauvegardes hors ligne et testées, Sophie ne cède pas à la panique.
Résolution guidée.
- Isoler (8h40). Sophie débranche les postes et le serveur du réseau pour stopper la propagation, sans les éteindre brutalement.
- Ne pas payer. Elle sait qu’une sauvegarde saine existe : la rançon est hors de question.
- Signaler (matinée). Elle documente, dépose plainte, signale sur cybermalveillance.gouv.fr et, des données personnelles étant concernées, prépare la notification à la CNIL.
- Assainir. Un prestataire vérifie et réinstalle proprement les postes ; on ne restaure jamais sur une machine encore infectée.
- Restaurer (après-midi). Depuis la copie hors ligne de la veille, elle restaure la compta, les dossiers clients et les bases métier ; le test mensuel lui avait appris que l’opération prend environ trois heures.
- Reprendre (lendemain). Le cabinet a perdu une demi-journée de travail, pas ses données ni ses clients.
Leçon. Ce qui a sauvé le cabinet, ce n’est pas la chance, c’est la préparation : une copie hors ligne, un versionnage antérieur à l’attaque, et surtout un test de restauration qui avait prouvé, à froid, que tout fonctionnait. Sans ce test, la restauration aurait pu échouer le jour J.
🏋️ Exercices
Exercice 1 — Comptez les copies. Un cabinet a ses données sur le serveur et une copie sur un disque externe branché en permanence sur ce même serveur. Respecte-t-il la règle 3-2-1 ?
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Non. Il n’a que deux copies (l’original + une sauvegarde), sur un seul site, et le disque branché en permanence serait chiffré en même temps par un rançongiciel. Il manque une troisième copie, un second type de support et surtout une copie hors site ou hors ligne. Il faut ajouter, par exemple, un cloud professionnel et débrancher le disque après chaque sauvegarde.
Exercice 2 — Synchronisation ou sauvegarde ? Un collaborateur affirme : « Tous nos fichiers sont dans un dossier cloud synchronisé, donc nous sommes sauvegardés. » A-t-il raison ?
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Pas tout à fait. Une synchronisation recopie immédiatement les modifications, y compris une suppression ou un chiffrement par rançongiciel, qui se propagent alors au cloud. Sans versions antérieures conservées, ce n’est pas une vraie sauvegarde. Il faut activer le versionnage et conserver une copie hors ligne, indépendante de la synchronisation.
Exercice 3 — Vraiment hors site ? Parmi ces options, lesquelles constituent une copie hors site : (a) un disque externe rangé dans le tiroir du bureau, (b) un cloud professionnel, (c) un disque emporté chaque semaine au domicile du dirigeant ?
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Sont hors site : (b) le cloud professionnel et (c) le disque emporté au domicile. En revanche, (a) le disque dans le tiroir du bureau reste dans les locaux : un incendie ou un cambriolage l’emporterait avec le reste. Hors site signifie réellement ailleurs, à l’abri d’un même sinistre physique.
Exercice 4 — Pourquoi tester ? Un cabinet fait des sauvegardes automatiques depuis deux ans mais n’a jamais restauré. Quel est le risque ?
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Le risque est de découvrir, le jour d’un incident, que les sauvegardes sont illisibles, incomplètes (une base métier oubliée), corrompues, ou que personne ne connaît la procédure ni le mot de passe. Une sauvegarde jamais testée est une hypothèse. Le test régulier vérifie l’intégrité, mesure le délai de reprise et entraîne l’équipe.
Exercice 5 — Proposez un rythme. Pour la comptabilité en cours et la copie hors site complète, quelle fréquence de sauvegarde recommanderiez-vous ?
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Pour la comptabilité et les dossiers en cours : une sauvegarde quotidienne automatique, en local et vers le cloud, avec versionnage. Pour la copie hors site complète : au moins hebdomadaire, idéalement quotidienne via le cloud. Et un test de restauration mensuel ou trimestriel. On adapte la fréquence à ce que l’on accepterait de perdre au pire : quelques heures de travail, pas plus.
Exercice 6 — Le bon premier geste. Un rançongiciel s’affiche sur un poste du cabinet. Quelle est la toute première action, et quelle action est à proscrire ?
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Premier geste : isoler la machine en la débranchant du réseau et du Wi-Fi, pour stopper la propagation aux autres postes et aux sauvegardes en ligne. À proscrire : payer la rançon (aucune garantie, finance la criminalité) et restaurer sur une machine encore infectée. Ensuite : conserver les preuves, signaler sur cybermalveillance.gouv.fr, déposer plainte, puis restaurer depuis une copie saine et hors ligne.
💡 Exercice bonus d’équipe. Organisez une « répétition d’incendie numérique » une fois par an : simulez la perte du serveur et restaurez réellement depuis les sauvegardes, chronomètre en main. C’est le meilleur moyen de découvrir les failles de votre plan… avant qu’un vrai incident ne le fasse à votre place.
Exercice 7 — Le dirigeant est absent. Sophie est en congé, injoignable, quand survient une panne de serveur. Un collaborateur doit restaurer. Qu’est-ce qui doit avoir été prévu pour que ce soit possible ?
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Une fiche réflexe de restauration documentée : où sont les sauvegardes, quels identifiants (dans le coffre partagé du gestionnaire), les étapes précises, le contact du prestataire. Sans cette documentation, la sauvegarde existe mais reste inutilisable en l’absence de la personne qui « sait ». La résilience, c’est aussi que la connaissance ne repose pas sur une seule tête.
Exercice 8 — Vérifier un cloud. Un prestataire propose une sauvegarde cloud très bon marché. Quelles trois questions poser avant de signer ?
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Par exemple : (1) « Où sont physiquement hébergées les données ? » (conformité RGPD, hébergement européen) ; (2) « Les sauvegardes sont-elles chiffrées, versionnées et immuables ? » (résistance aux rançongiciels) ; (3) « Comment récupérer l’intégralité de mes données si je quitte le service ? » (réversibilité). Un prix bas ne compense jamais l’absence de ces garanties.
Check-list d’auto-évaluation de la sauvegarde
Chaque « non » est une action à planifier sans attendre.
- Ai-je réellement trois copies de mes données vitales ?
- Sont-elles réparties sur deux supports de nature différente ?
- Au moins une copie est-elle hors site (cloud ou disque déporté) ?
- Au moins une copie est-elle hors ligne (débranchée) ou immuable ?
- Mes sauvegardes sont-elles automatiques et surveillées (alerte en cas d’échec) ?
- Ai-je testé une restauration au cours des trois derniers mois ?
- La procédure de restauration est-elle documentée et accessible hors ligne ?
- Mes sauvegardes sont-elles chiffrées et conformes au RGPD ?
Objectif. Viser « oui » partout est le signe d’un cabinet réellement résilient. Si vous ne deviez traiter qu’un point cette semaine, choisissez le test de restauration : c’est lui qui révèle les failles cachées de tout le dispositif.
🚀 Aller plus loin
Documenter la procédure de restauration
Une sauvegarde n’est utile que si quelqu’un sait la restaurer, y compris si le dirigeant est absent. Rédigez une fiche réflexe d’une page : où sont les sauvegardes, quels identifiants (rangés dans le gestionnaire), les étapes de restauration, qui contacter. Rangez-en une copie papier hors ligne — car en pleine attaque, l’accès numérique à cette fiche peut justement manquer.
Chiffrer les sauvegardes
Une sauvegarde contient les données les plus sensibles du cabinet. Si un disque hors site est perdu ou volé, son chiffrement empêche quiconque de le lire. La plupart des solutions de sauvegarde et des clouds professionnels proposent le chiffrement : activez-le, et conservez la clé dans le gestionnaire de mots de passe.
Vérifier la conformité RGPD du cloud
Confier ses sauvegardes à un hébergeur, c’est un traitement de données à encadrer : privilégiez un hébergeur européen, vérifiez la localisation des données et signez le contrat de sous-traitance (article 28 du RGPD). Pour un cabinet comptable, c’est une exigence, pas une option.
La chaîne de résilience
Cette leçon complète les deux précédentes. Ensemble, elles forment une chaîne : des mots de passe uniques, une double authentification, et des sauvegardes 3-2-1 testées. Chaque maillon protège d’un risque différent ; c’est leur enchaînement qui rend le cabinet réellement résilient.
🔑 L’essentiel à retenir
- La sauvegarde est le dernier rempart : elle protège des rançongiciels, des pannes, des vols, des sinistres et des erreurs humaines.
- Appliquez la règle 3-2-1 : 3 copies, 2 supports différents, 1 copie hors site.
- L’original ne compte pas comme une sauvegarde ; un disque branché en permanence non plus, seul.
- Synchronisation n’est pas sauvegarde : il faut conserver des versions antérieures.
- Contre les rançongiciels : déconnexion (air gap), versionnage, immuabilité, comptes séparés.
- Une sauvegarde jamais testée n’est qu’une hypothèse : testez la restauration régulièrement.
- Automatisez et adaptez la fréquence à l’importance des données.
- En cas d’attaque : isoler, ne pas payer, signaler (cybermalveillance.gouv.fr), restaurer depuis une copie saine.
- Chiffrez vos sauvegardes et vérifiez la conformité RGPD de votre hébergeur.
- Sauvegardes, mots de passe et 2FA forment ensemble la chaîne de résilience du cabinet.
📖 Glossaire
| Terme | Définition |
|---|---|
| Sauvegarde | Copie de vos données conservée pour pouvoir les restaurer après un incident. |
| Règle 3-2-1 | 3 copies, 2 supports différents, 1 copie hors site. |
| Restauration | Action de remettre en service les données à partir d’une sauvegarde. |
| Rançongiciel | Logiciel malveillant qui chiffre vos fichiers et réclame une rançon. |
| Air gap (déconnexion) | Sauvegarde physiquement débranchée, donc hors d’atteinte d’une attaque en ligne. |
| Versionnage | Conservation de plusieurs versions successives d’un fichier dans le temps. |
| Immuabilité | Sauvegarde qui ne peut plus être modifiée ni effacée pendant une durée définie. |
| NAS | Boîtier de stockage en réseau, avec plusieurs disques, pour sauvegardes locales. |
| Cloud | Stockage en ligne chez un hébergeur ; hors site par nature. |
| Hors site | Situé ailleurs que dans les locaux, à l’abri d’un même sinistre. |
| Synchronisation | Recopie immédiate des modifications ; pratique mais n’est pas une sauvegarde. |
| Point de reprise | Quantité de travail que l’on accepte de perdre (détermine la fréquence). |
| Chiffrement | Rend une sauvegarde illisible sans la clé, en cas de perte ou de vol. |
| Plan de reprise | Procédure documentée pour redémarrer l’activité après un incident majeur. |
❓ Questions fréquentes
Un cloud grand public suffit-il pour un cabinet ?
Pour la copie hors site, un cloud peut convenir s’il offre le versionnage, le chiffrement et des garanties RGPD (hébergement européen, contrat de sous-traitance). Pour un cabinet comptable, mieux vaut une offre professionnelle. Et le cloud ne dispense jamais d’une copie locale et d’une copie hors ligne.
À quelle fréquence faut-il sauvegarder ?
Au minimum quotidiennement pour les données de travail, avec une copie hors site au moins hebdomadaire. La bonne question : combien d’heures de travail accepteriez-vous de perdre ? La réponse fixe la fréquence.
Et si je n’ai pas de sauvegarde et que je suis attaqué ?
Ne payez pas dans la précipitation : rendez-vous sur cybermalveillance.gouv.fr, qui propose un parcours d’assistance et des prestataires référencés. Des outils de déchiffrement existent parfois. Mais la seule vraie assurance reste la sauvegarde, à mettre en place sans attendre.
Combien de temps conserver les sauvegardes ?
Assez longtemps pour couvrir une attaque découverte tardivement (plusieurs semaines de versions) et pour respecter vos obligations légales de conservation. Un cabinet garde en général des points quotidiens récents, des points hebdomadaires sur plusieurs mois, et des archives annuelles.
Un NAS suffit-il à lui seul ?
Non. Un NAS est une excellente copie locale, mais il reste dans les locaux et peut être atteint par un rançongiciel sur le réseau. Il faut le compléter par une copie hors site (cloud) et une copie hors ligne (disque débranché).
Comment être sûr que ma sauvegarde fonctionne ?
En la restaurant. Programmez un test mensuel ou trimestriel : restaurez un échantillon, vérifiez qu’il s’ouvre et qu’il est complet, chronométrez, notez la date. C’est le seul moyen d’en avoir la certitude.
Est-ce coûteux pour un petit cabinet ?
Beaucoup moins qu’un rançongiciel ou qu’une perte de données. Un disque externe, un abonnement cloud professionnel et éventuellement un NAS représentent un budget modeste et prévisible, à mettre au regard du risque couvert : la survie même de l’activité.
Num Compagny accompagne les TPE et les cabinets dans la mise en place de leur stratégie de sauvegarde 3-2-1 et de leur plan de reprise, avec des solutions concrètes et un accompagnement de proximité.

