Structurer son message : 1 idée = 1 diapositive
Le plan avant les diapos.
🎯 Ce que vous saurez faire après cette leçon
- Bâtir le fil narratif d’une présentation avant même d’ouvrir PowerPoint ;
- Appliquer la règle 1 idée = 1 diapositive pour ne plus surcharger vos écrans ;
- Transformer chaque titre en titre-message qui porte votre conclusion ;
- Choisir une structure de récit (problème-solution, SCQA, pyramide de Minto) adaptée à votre auditoire ;
- Respecter des règles de lisibilité chiffrées (police, nombre de lignes, durée par diapo) ;
- Utiliser le mode Plan et la trieuse de diapositives pour vérifier la logique de votre déroulé.
⏱️ Durée : 55 à 70 min · 🎓 Niveau : débutant à intermédiaire · 🧰 Prérequis : savoir créer une diapositive et y saisir du texte dans PowerPoint (les principes valent aussi pour LibreOffice Impress et Google Slides).
1. Pourquoi structurer : une diapositive n’est pas un document
Paul Chabrier dirige la Menuiserie Chabrier, à Besse-et-Saint-Anastaise. Six salariés, un atelier qui sent le chêne et le mélèze, et un carnet de commandes qui dépend d’une chose que Paul n’aime pas beaucoup : parler devant les gens. La semaine prochaine, il présente un projet d’agencement complet (cuisine, bibliothèque, escalier) à un couple de clients, et le mois suivant il défend son savoir-faire devant un architecte qui pourrait lui envoyer des chantiers toute l’année. Deux réunions, deux enjeux, une même question : comment faire pour qu’on le comprenne, qu’on le croie et qu’on se souvienne de lui ?
La réponse ne tient pas dans un logiciel : elle tient dans une structure. Avant d’être un outil de dessin, PowerPoint est un outil de pensée. Le piège classique du dirigeant de TPE, c’est de confondre la présentation avec le document : on ouvre une diapositive vide, on y déverse tout ce qu’on sait, on colle le devis, trois photos et un paragraphe de conditions générales, puis on lit l’écran à voix haute. Résultat : le client ne lit plus, n’écoute plus, et repart avec l’impression d’avoir subi une réunion au lieu d’avoir reçu une proposition.
Il faut distinguer trois objets qu’on mélange trop souvent. Le document (un devis, un mémoire, une notice) se lit seul, à son rythme, sans vous : il peut être dense. La présentation se regarde pendant que vous parlez : elle doit être pauvre en texte, car deux canaux de lecture simultanés (vos mots et l’écran) se gênent. Le support de laissé-sur-table (le « leave-behind ») est ce que le client garde après : il peut être riche, mais c’est un troisième objet. Confondre les trois, c’est fabriquer un écran illisible qui n’est ni un bon document, ni une bonne présentation.
Pourquoi est-ce si important pour une petite entreprise ? Parce que le dirigeant de TPE est l’entreprise : il n’a pas de service commercial pour rattraper une mauvaise réunion. Une présentation confuse coûte un chantier ; une présentation claire installe une réputation de sérieux qui vaut, à la longue, plus que n’importe quelle publicité. L’enjeu n’est pas « faire de belles diapos » : c’est faire dire oui.
Un peu de recul historique aide à comprendre le mal. PowerPoint est né en 1987, pensé pour imprimer des transparents de rétroprojecteur. Sa logique de départ était donc celle du papier : des listes à puces, beaucoup de texte, un plan apparent. Trente-cinq ans plus tard, l’outil a des vidéoprojecteurs 4K, mais l’habitude est restée : on écrit encore des diapositives comme on écrivait des transparents. La compétence rare aujourd’hui n’est pas technique — tout le monde sait mettre du gras — elle est éditoriale : savoir quoi enlever.
Cette leçon est une méthode de désencombrement. Elle part d’un principe simple à énoncer et exigeant à tenir : une diapositive porte une seule idée, et cette idée tient dans son titre. Tout le reste — l’image, le schéma, les quelques mots — est là pour prouver ce titre, pas pour le noyer.
2. Le principe fondateur : 1 idée = 1 diapositive
Définition. « Une idée par diapositive » signifie que chaque écran répond à une question et une seule, et qu’on peut résumer cette réponse en une phrase. Si vous ne pouvez pas dire en une phrase « cette diapo sert à montrer que… », c’est que la diapo contient en réalité deux ou trois diapositives entassées.
2.1 Pourquoi ça marche
Trois raisons. D’abord, la lisibilité : un écran avec une idée est lu en trois secondes, ce qui laisse l’auditoire libre de vous écouter. Ensuite, le rythme : en découpant, vous créez des étapes, donc du mouvement ; une seule diapo dense fige la réunion, dix diapos légères la font avancer. Enfin, le contrôle : c’est vous qui parlez, pas l’écran. La diapositive rappelle l’idée ; vous, vous la développez, l’illustrez, la vendez.
2.2 Le test de la phrase unique
Avant de garder une diapositive, faites-lui passer un examen d’une ligne. Écrivez, en marge : « Cette diapositive existe pour que le client comprenne que ______. » Si le blanc se remplit avec une seule affirmation, la diapo est saine. S’il faut un « et aussi… », coupez en deux. Paul, pour son projet d’agencement, avait d’abord fait une diapositive intitulée « La cuisine » où cohabitaient le plan, les matériaux, le délai et le prix. Quatre idées : quatre diapositives. La réunion est passée de « confuse » à « limpide » sans qu’un seul mot de contenu ne soit ajouté — seulement réparti.
2.3 Découper sans appauvrir
Découper n’est pas supprimer. L’information sur les matériaux existe toujours ; elle a simplement sa propre diapositive, où elle respire. Ce que vous supprimez, ce n’est pas le contenu : ce sont les redites, les phrases de transition écrites, les évidences (« Introduction », « Comme vous le savez… ») et tout ce que vous allez dire et qui n’a donc pas besoin d’être écrit.
Pour ne plus jamais confondre les deux objets, gardez en tête ce tableau de repères. Il oppose ce qui relève du document et ce qui relève de la présentation projetée.
| Critère | Document (devis, mémoire) | Présentation projetée |
|---|---|---|
| Se consulte | Seul, à son rythme | Pendant que vous parlez |
| Densité de texte | Élevée, assumée | Minimale, une idée par écran |
| Rôle des visuels | Illustrer | Porter le message à la place du texte |
| Qui mène | Le lecteur | Vous, l’orateur |
| Test de réussite | Se comprend sans vous | Ne se comprend pas sans vous |
3. Le fil narratif : écrire l’histoire avant les diapos
La plus grande erreur de méthode consiste à commencer par PowerPoint. On ouvre le logiciel, on empile des diapositives, et la structure « émerge » tant bien que mal. C’est l’inverse qu’il faut faire : décider du récit d’abord, sur papier ou dans le mode Plan, puis ne fabriquer les diapositives qu’une fois le fil validé. Une présentation n’est pas une pile de diapos : c’est une histoire qui a un début, une tension et une fin.
3.1 La colonne vertébrale en cinq temps
Une présentation qui convainc suit presque toujours le même arc, quel que soit le sujet. Le schéma ci-dessous montre les cinq temps de ce fil narratif : chacun correspond à un petit groupe de diapositives, jamais à une seule ligne jetée.
Chez Paul, ce fil donne : Accroche — « Votre cuisine, vous allez la regarder 10 000 fois. » ; Problème — le meuble de série vieillit mal, aux dimensions jamais tout à fait justes ; Solution — un agencement sur mesure en chêne massif ; Preuve — photos de réalisations, échantillons, garantie ; Action — « Je vous propose de valider le plan pour lancer la fabrication en mars. » Cinq temps, une décision au bout.
3.2 Trois structures éprouvées
Le fil en cinq temps se décline selon votre auditoire. Trois modèles couvrent l’immense majorité des réunions de TPE.
| Structure | Enchaînement | Idéale pour… |
|---|---|---|
| Problème → Solution | Douleur reconnue, puis remède | Un client qui a un besoin précis (agencement, réparation) |
| SCQA Situation · Complication · Question · Réponse | On pose le décor, un grain de sable, la question qu’il soulève, la réponse | Convaincre un partenaire ou un prescripteur (architecte, mairie) |
| Pyramide de Minto | La conclusion d’abord, puis les arguments qui la soutiennent | Un décideur pressé qui veut le « donc » tout de suite |
4. Le titre-message : la conclusion dans le titre
Voici le levier le plus rentable de toute la leçon, et le plus négligé. Sur la plupart des diapositives, le titre est une étiquette : « Le devis », « Les matériaux », « Planning ». Ces titres ne disent rien ; ils rangent. Le titre-message, lui, énonce la conclusion de la diapositive sous forme de phrase complète. On passe de « Les matériaux » à « Le chêne massif tiendra trente ans sans faiblir ».
Pourquoi c’est décisif ? Parce que l’auditoire lit le titre avant de vous écouter. Si le titre porte déjà le message, l’écran travaille pour vous : même distrait trois secondes, le client repart avec la bonne idée. Un jeu de titres-messages, lu à la suite dans la trieuse, doit raconter toute votre histoire sans une seule autre ligne. C’est le test ultime d’une présentation structurée.
| Titre-catégorie (à éviter) | Titre-message (à viser) |
|---|---|
| Présentation de l’entreprise | Depuis 1998, la Menuiserie Chabrier fabrique à Besse, pas ailleurs |
| Les matériaux | Un chêne massif local qui durera trente ans |
| Le planning | Livré chez vous pour Noël, pose comprise |
| Le prix | 14 200 €, soit le prix d’une cuisine de série qui, elle, ne dure pas |
| Conclusion | Validons le plan cette semaine pour une pose avant les fêtes |
Règle d’écriture : un titre-message est une phrase (sujet + verbe), tient sur une à deux lignes, et parle le langage du client, pas le vôtre. On ne dit pas « Assemblage à tenon-mortaise » ; on dit « Des assemblages qui ne bougeront pas ».
5. Bâtir la structure dans PowerPoint : le mode Plan et la trieuse
Une fois le fil écrit, PowerPoint offre deux vues qui servent la structure — et qu’on n’utilise presque jamais. Repérez-les : elles vont devenir vos alliées.
5.1 Le mode Plan : taper l’histoire, pas les diapos
Le mode Plan (menu Affichage → Plan) affiche votre présentation comme un traitement de texte : uniquement les titres et les sous-points, sans mise en forme. C’est l’endroit idéal pour écrire le squelette et vérifier qu’il se tient. Marche à suivre :
- Ouvrez Affichage → Plan. La zone de gauche devient une liste de titres.
- Tapez le titre-message de la première diapo, puis appuyez sur Entrée : vous créez la diapo suivante.
- Pour ajouter un sous-point, appuyez sur Tab (il s’indente sous le titre). Maj+Tab le fait remonter au rang de titre, donc de nouvelle diapo.
- Écrivez ainsi tout votre déroulé : dix titres-messages d’affilée. Vous voyez l’histoire entière sur un écran.
- Relisez la seule colonne des titres : si elle raconte votre argumentaire de bout en bout, la structure est bonne. Sinon, réorganisez ici, c’est instantané.
5.2 La trieuse de diapositives : voir le rythme
La trieuse (Affichage → Trieuse de diapositives) affiche toutes vos diapos en vignettes, comme des photos sur une table. Elle sert à trois choses : réordonner par glisser-déposer, repérer les déséquilibres (trois diapos très denses d’affilée = fatigue annoncée) et découper les sections avec des diapos de transition. Une réunion bien rythmée alterne les temps forts et les respirations, exactement comme un bon récit.
6. Le storytelling au service de la vente
« Storytelling » n’est pas un gros mot marketing : c’est simplement la façon dont le cerveau humain retient l’information depuis toujours — par le récit, pas par la liste. Un fait habillé d’une histoire est retenu bien plus qu’un fait nu. Pour Paul, cela ne veut pas dire inventer : cela veut dire raconter le vrai avec un début, une tension et une résolution.
6.1 L’accroche : gagner les dix premières secondes
On décide dans les premières secondes si l’on va écouter ou décrocher. Ne commencez donc jamais par « Je vais vous présenter mon entreprise ». Commencez par une phrase qui concerne le client : une question (« Combien d’heures par jour passez-vous dans votre cuisine ? »), un chiffre surprenant, une image forte. L’accroche n’explique pas : elle ouvre.
6.2 La tension : nommer le problème que le client vit
Pas de désir sans manque. Avant de proposer votre solution, faites reconnaître le problème : le meuble standard aux dimensions jamais justes, le stratifié qui gonfle, l’attente interminable. Quand le client hoche la tête (« c’est exactement ça »), la moitié de la vente est faite : vous avez montré que vous comprenez son monde.
6.3 La résolution et la règle de trois
Présentez votre solution en trois arguments, pas cinq ni sept : trois est le nombre que l’on retient (durable, sur mesure, local). La règle de trois structure aussi bien un discours qu’une diapo. Terminez toujours par le fameux « et alors ? » : pour chaque fait, demandez-vous ce qu’il apporte au client. « Chêne massif » (fait) → « et alors ? » → « il traversera une génération » (bénéfice). C’est le bénéfice qui se vend, pas le fait.
7. Les règles de lisibilité, en chiffres
Structurer, c’est aussi respecter des seuils concrets. Ces règles ne sont pas des lois : ce sont des garde-fous qui vous préviennent quand une diapo déborde. Le tableau suivant réunit les repères les plus utiles.
| Règle | Ce qu’elle dit | Pourquoi |
|---|---|---|
| 1-6-6 | 1 idée, 6 lignes maxi, 6 mots par ligne | Au-delà, on lit au lieu d’écouter |
| Taille 24 minimum | Aucun texte sous 24 pt (titres 32-40) | Lisible du fond de la salle |
| Test du fond de salle | Reculez de 2 m de l’écran de votre PC | Si vous ne lisez plus, le client non plus |
| Contraste fort | Texte foncé sur fond clair (ou l’inverse net) | Un vidéoprojecteur délave toujours les couleurs |
| 10-20-30 (G. Kawasaki) | 10 diapos, 20 minutes, 30 pt minimum | Force à hiérarchiser l’essentiel |
| ≈ 1-2 min / diapo | Comptez votre temps de parole, pas vos diapos | 15 diapos légères valent mieux que 6 diapos denses |
8. Adapter la structure à votre auditoire
Un même contenu ne se raconte pas de la même façon à un client, à un partenaire ou à une équipe. La structure reste, mais l’accent se déplace. Paul l’a compris en préparant ses deux réunions : le couple de clients veut se projeter ; l’architecte veut être rassuré sur la fiabilité.
| Auditoire | Ce qu’il veut entendre | Structure conseillée |
|---|---|---|
| Client particulier | Le rêve, la tranquillité, le prix juste | Problème → Solution, beaucoup d’images |
| Partenaire / prescripteur | La fiabilité, les délais tenus, le sérieux | SCQA, preuves et références |
| Banque / financeur | Les chiffres, le remboursement, le risque maîtrisé | Pyramide de Minto, conclusion d’abord |
| Équipe interne | Le pourquoi, le concret, leur rôle | Problème → Solution → Qui fait quoi |
La question à se poser avant chaque réunion tient en une ligne : « De quoi cette personne a-t-elle besoin pour dire oui ? » La réponse dicte l’ordre de vos diapositives.
🧭 Erreurs fréquentes et dépannage
La plupart des présentations ratées le sont pour une poignée de raisons récurrentes. Ce tableau relie chaque symptôme observé le jour J à sa cause profonde et à la correction à apporter.
| Symptôme | Cause probable | Solution |
|---|---|---|
| Le client lit l’écran et ne vous écoute plus | Trop de texte : la diapo est un document | Une idée par diapo, titre-message + 1 visuel |
| « Où voulez-vous en venir ? » | Pas de fil narratif : on empile des faits | Rebâtir en 5 temps (accroche → action) |
| La réunion s’éternise et déborde | Trop de diapos denses, aucun rythme | Trieuse : couper, alléger, viser 1-2 min/diapo |
| On retient tout sauf votre message principal | Titres-catégories, message noyé | Réécrire chaque titre en phrase-conclusion |
| « C’est joli mais… on fait quoi ? » | Pas de diapo d’action finale | Terminer par une demande claire et datée |
| Vous perdez le fil en parlant | Vous vous appuyez sur l’écran, pas sur le plan | Mode Plan comme antisèche ; répéter à voix haute |
| Texte illisible depuis le fond | Police < 24 pt, contraste faible | Titres 32-40 pt, foncé sur clair, test à 2 m |
📋 Cas pratique 1 — Paul présente la cuisine au couple Vernet
Situation. Les époux Vernet hésitent entre une cuisine de grande surface à 9 000 € et le sur-mesure de Paul à 14 200 €. Paul a 20 minutes. Sa première version comptait quatre diapositives seulement, dont une intitulée « Devis » de 22 lignes. Refaisons sa présentation avec la méthode « 1 idée = 1 diapositive ».
Étape 1 — Le fil narratif (sur papier). Paul écrit son histoire en cinq temps : (1) la cuisine, on la vit tous les jours ; (2) le meuble de série vieillit mal et n’est jamais aux bonnes dimensions ; (3) le sur-mesure en chêne massif règle les deux ; (4) preuves : réalisations, échantillon, garantie 10 ans ; (5) décision : valider le plan pour une pose avant Noël.
Étape 2 — Un titre-message par diapositive. Il déroule dix diapos, chacune avec sa phrase : on passe de « Devis » à « 14 200 €, le prix d’une cuisine qu’on ne rachète pas dans huit ans ». Le prix n’est plus une ligne comptable : c’est un argument.
Étape 3 — Vérifier le rythme dans la trieuse. Voici, vues de haut, les dix diapositives de Paul. Lues à la suite, leurs titres racontent déjà toute l’histoire — c’est le signe d’une structure réussie.
Résultat. La réunion dure 18 minutes. Les Vernet posent des questions pendant la présentation au lieu de la subir. Ils valident le plan le soir même. Le contenu n’avait pas changé : seule la structure l’avait rendu convaincant.
📋 Cas pratique 2 — Convaincre l’architecte Lefranc
Situation. L’architecte Camille Lefranc conçoit des maisons haut de gamme dans le Sancy et cherche un menuisier de confiance. Ici, l’enjeu n’est pas le rêve mais la fiabilité : délais, qualité, capacité à suivre un plan. Paul choisit la structure SCQA.
- Situation : « Vos clients attendent un intérieur parfait, jusqu’au dernier tiroir. »
- Complication : « Un menuisier en retard ou approximatif fait dérailler tout le chantier — et c’est vous qu’on appelle. »
- Question : « Comment être sûr que la menuiserie ne sera jamais le maillon faible ? »
- Réponse : « Un atelier de six compagnons à Besse, des délais tenus sur 40 chantiers, un interlocuteur unique : moi. »
Paul termine sur une diapo d’action différente : pas une signature, mais « Confiez-moi un premier chantier-test ce trimestre. » La demande est proportionnée à la relation naissante. C’est cela, adapter la structure à l’auditoire.
🏋️ Exercices
Ces exercices se font mieux crayon en main, puis dans PowerPoint. Rédigez votre réponse avant d’ouvrir le corrigé.
Exercice 1 — Repérer l’idée en trop. Une diapo de Paul s’intitule « L’atelier » et contient : l’adresse, l’année de création, le nombre de salariés, les trois essences de bois travaillées, les horaires et une photo. Combien d’idées distinctes ? Comment la découper ?
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Au moins quatre idées : qui nous sommes (ancienneté + équipe), où l’on fabrique (Besse, pas d’import), ce qu’on travaille (les essences), infos pratiques (horaires). Les horaires n’ont rien à faire dans une présentation de vente : ils vont sur le laissé-sur-table. On garde deux diapos : « Depuis 1998, six compagnons à Besse » (avec la photo) et « Chêne, mélèze, châtaignier : des bois de nos montagnes ». On est passé d’un fourre-tout à deux messages nets.
Exercice 2 — Transformer un titre-catégorie en titre-message. Réécrivez ces trois titres : (a) « Nos délais », (b) « Le bois », (c) « Références ».
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(a) « Livré et posé en 8 semaines, délai garanti par écrit » ; (b) « Un chêne massif local, pas un panneau plaqué » ; (c) « 40 cuisines posées dans le Sancy, zéro reprise ». Chaque titre est désormais une phrase qui affirme un bénéfice vérifiable. Notez qu’on chiffre dès que possible : un chiffre est une preuve miniature.
Exercice 3 — Bâtir un fil narratif. Paul veut présenter la rénovation d’un escalier à un propriétaire. Proposez les cinq temps (accroche → action).
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Accroche : « Votre escalier, c’est la première chose qu’on voit en entrant. » Problème : il grince, les marches sont usées, il jure avec la rénovation. Solution : un escalier chêne sur mesure, dans le style de la maison. Preuve : photos avant/après d’un chantier voisin, échantillon de finition. Action : « Je prends les mesures samedi et vous avez le plan sous huit jours. » Cinq diapos suffisent.
Exercice 4 — Appliquer la règle 1-6-6. Voici une diapo : titre « Pourquoi nous choisir » et huit puces de douze mots chacune. Que corrigez-vous ?
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Deux violations : huit puces (maxi six) et douze mots par puce (maxi six). Surtout, le titre est une catégorie. On scinde en deux ou trois diapos, chacune avec un titre-message et au plus trois puces de quelques mots — ou mieux, une image. Exemple : « Sur mesure : aucune dimension imposée » / « Local : fabriqué à Besse » / « Garanti : 10 ans, par écrit ». La règle de trois remplace la liste de huit.
Exercice 5 — Choisir la structure. Paul passe devant la commission d’une banque pour un prêt matériel de 30 000 €. Quelle structure, et pourquoi ?
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Pyramide de Minto : un banquier veut la conclusion d’abord. Diapo 1 : « Une machine à 30 000 € qui se rembourse en 26 mois. » Puis les arguments qui soutiennent ce « donc » : carnet de commandes, gain de productivité, chiffres. On ne fait pas durer le suspense devant un décideur pressé : on lui donne le résultat, puis les preuves. C’est l’inverse de la structure « client », où l’on installe d’abord l’émotion.
🚀 Aller plus loin
Quelques réflexes de professionnel pour aller plus vite sans rien perdre en clarté.
- La diapo « idée maîtresse ». Avant de fabriquer, écrivez sur une diapo la seule phrase que le client doit retenir en sortant. Toute la présentation sert cette phrase. Si une diapo ne la sert pas, elle saute.
- Répéter avec le mode Plan. Le jour J, gardez le mode Plan en tête comme antisèche : vous ne lisez pas l’écran, vous développez chaque titre. On paraît maître de son sujet parce qu’on l’est.
- La règle du « et alors ? » systématique. Passez chaque diapo au tamis : si la réponse à « et alors, qu’est-ce que ça change pour le client ? » n’est pas évidente, ajoutez le bénéfice ou supprimez la diapo.
- Préparer la version « 3 minutes ». Sachez raconter votre histoire en trois diapos si le temps se réduit. Cet exercice de compression révèle l’essentiel et vous rend imperturbable.
Côté clavier, trois raccourcis font gagner un temps précieux pendant la construction et la présentation :
Cette leçon prépare les deux suivantes de la formation. Une fois votre message structuré, la leçon « Le masque des diapositives » vous fera régler votre identité visuelle une fois pour toutes, et « Images, icônes et schémas plutôt que du texte » vous apprendra à remplacer les puces par des visuels qui parlent.
🔑 L’essentiel à retenir
- Une diapositive projetée n’est pas un document : elle se regarde pendant que vous parlez.
- 1 idée = 1 diapositive. Si vous ne résumez pas la diapo en une phrase, coupez-la en deux.
- Écrivez le fil narratif avant les diapos : accroche → problème → solution → preuve → action.
- Chaque titre est un titre-message : une phrase qui porte la conclusion, pas une étiquette.
- Les titres, lus seuls dans le mode Plan, doivent raconter toute l’histoire.
- Respectez les seuils : 1-6-6, police ≥ 24 pt, contraste fort, 1-2 min par diapo.
- Adaptez la structure à l’auditoire (client, partenaire, banque, équipe).
- Terminez toujours par une diapo d’action claire et datée.
- Découper n’est pas appauvrir : on répartit le contenu, on supprime seulement les redites.
📖 Glossaire
| Terme | Définition |
|---|---|
| Fil narratif | L’enchaînement logique et émotionnel qui relie les diapos, du début à la décision. |
| Titre-message | Titre rédigé comme une phrase-conclusion (sujet + verbe), et non comme une étiquette. |
| Titre-catégorie | Titre qui range sans rien affirmer (« Le prix », « Planning »). À éviter. |
| Mode Plan | Vue de PowerPoint affichant titres et sous-points comme un texte ; idéale pour structurer. |
| Trieuse | Vue en vignettes de toutes les diapos ; sert à réordonner et à contrôler le rythme. |
| SCQA | Situation, Complication, Question, Réponse : structure de récit très efficace en B2B. |
| Pyramide de Minto | Méthode qui énonce la conclusion d’abord, puis les arguments qui la soutiennent. |
| Règle 1-6-6 | Une idée, six lignes maximum, six mots par ligne : un plafond, pas une cible. |
| 10-20-30 | Repère de Guy Kawasaki : 10 diapos, 20 minutes, 30 pt de police minimum. |
| Règle de trois | Principe selon lequel un message en trois points se mémorise mieux qu’en cinq ou sept. |
| « Et alors ? » | Question-test qui transforme un fait technique en bénéfice pour le client. |
| Laissé-sur-table | Document remis après la réunion ; il peut être dense, contrairement aux diapos. |
| Diapo d’action | Dernière diapo qui formule une demande de décision claire et datée. |
❓ Questions fréquentes
Combien de diapositives pour une réunion de 20 minutes ?
Comptez en temps de parole, pas en nombre. À 1-2 minutes par diapo, 20 minutes donnent 10 à 15 diapos légères. Mieux vaut 15 diapos à une idée que 6 diapos surchargées : le rythme rapide tient l’attention.
Et si le client veut un document détaillé ?
Donnez-le-lui — mais séparément. Préparez un laissé-sur-table (PDF ou devis) que vous remettez à la fin. La présentation projetée reste épurée ; le document dense vit sa vie de son côté. Deux objets, deux usages.
Je n’ai pas le temps d’écrire un fil narratif avant.
Le storyboard papier prend deux minutes et vous en fait gagner deux heures : sans lui, vous fabriquez des diapos que vous jetterez. Huit cases, un titre par case : c’est tout. C’est l’étape la plus rentable de la préparation.
Les puces sont-elles interdites ?
Non, mais elles sont surestimées. Une puce est utile pour trois éléments courts et parallèles. Au-delà, c’est le signe qu’il faut découper ou remplacer par un visuel. La meilleure diapo de vente n’a souvent aucune puce.
Comment ne pas lire mes diapos ?
Videz-les. Si l’écran ne contient qu’un titre-message et une image, vous ne pouvez pas le lire : vous êtes obligé de parler. C’est la structure qui vous discipline, pas la volonté.
Faut-il une diapo de plan (« sommaire ») ?
Rarement utile en TPE, sur des réunions courtes : elle retarde l’accroche. Réservez-la aux présentations longues (plus de 30 minutes). Pour une vente, entrez directement dans le vif par une accroche qui concerne le client.
PowerPoint, Impress ou Google Slides ?
Peu importe : la structure est indépendante de l’outil. Les trois ont un mode Plan, une trieuse et des masques. Choisissez celui que vous maîtrisez ; la méthode de cette leçon s’y applique à l’identique.
🧰 Adapter selon votre métier
La méthode « 1 idée = 1 diapositive » ne concerne pas que la menuiserie. Elle se transpose à tout dirigeant qui doit convaincre en réunion ; seul l’exemple change.
| Métier | Titre-catégorie | Titre-message |
|---|---|---|
| Paysagiste | Le projet de jardin | Un jardin qui demande deux fois moins d’arrosage |
| Restaurateur | La carte | 80 % de produits à moins de 30 km de l’assiette |
| Coach sportif | Le programme | Trois séances par semaine, des résultats en six |
| Artisan couvreur | La toiture | Une toiture étanche pour trente hivers du Sancy |
Dans chaque cas, la mécanique est identique : on part du besoin du client, on découpe une idée par écran, on écrit des titres qui affirment un bénéfice, et on termine par une demande de décision. Le sujet est différent ; la grammaire du convaincre est la même.
Structurer son message, c’est respecter deux personnes à la fois : votre auditoire, dont vous ménagez l’attention, et vous-même, qui gagnez en assurance parce que vous savez où vous allez. Paul Chabrier n’est pas devenu un orateur du jour au lendemain ; il a simplement cessé de tout mettre sur ses diapos et commencé à raconter une histoire qui finit par une décision. Le reste — le beau, le net, le professionnel — fera l’objet des deux prochaines leçons.
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