01. Être trouvé, aller vers : les deux moitiés du sourcing
Trouver ses clients en ligne ne consiste ni à acheter de la publicité, ni à publier davantage. Il y a deux mouvements : être trouvé par celui qui cherche, et aller vers celui qui ne vous cherche pas. Ce chapitre les pose, avec le parcours en quatre marches que suit tout le cours.
Trouver ses clients en ligne ne consiste ni à acheter de la publicité, ni à publier davantage. Il y a deux mouvements : être trouvé par celui qui cherche, et aller vers celui qui ne vous cherche pas. Ce chapitre les pose, avec le parcours en quatre marches que suit tout le cours.
En bref
- Pour qui
- Tous les lecteurs, que vos clients soient des particuliers (B2C) ou des entreprises et des collectivités (B2B) ; d’abord ceux qui vivent du seul bouche-à-oreille.
- Enjeu
- Savoir d’où viennent vraiment vos clients, et lequel des deux mouvements vous manque.
- Idée clé
- Le bouche-à-oreille ne vous présente qu’aux gens qui vous connaissent déjà : pour tous les autres, il faut être trouvé ou aller vers eux.
- Prérequis
- Aucun. L’avant-propos présente le cours et ses fils rouges.
- Lecture
- Environ 10 minutes (+ 20 minutes d’exercice).
1.1 — Ce que veut dire « trouver ses clients en ligne »
Quand un artisan veut « être plus visible sur internet », il pense souvent publicité : un post sponsorisé, une annonce sur Google, un annuaire payant. Le cours en parle tard, en partie VII : payer avant d’avoir rempli le gratuit est une erreur de démarrage classique (chapitre 07).
Trouver ses clients en ligne, c’est repérer ceux qui pourraient avoir besoin de vous, faire en sorte qu’ils vous voient au bon moment, et transformer cette rencontre en premier rendez-vous. Cela demande peu d’argent, mais du temps, de la méthode et de la régularité.
Google l’écrit à propos de son classement local, l’ordre dans lequel il présente les entreprises proches quand on cherche un métier : « Il n’existe aucun moyen d’obtenir une meilleure place au classement local Google sur demande ou contre rémunération. » Les annonces payantes sont un autre produit. Votre place dans les résultats ne s’achète pas, elle se construit.
Le cours s’arrête au rendez-vous obtenu : la vente (devis, négociation, signature) n’est pas traitée ici.
Définitions
Sourcing — mot emprunté à l’anglais : l’ensemble des moyens de trouver ses clients, de les qualifier (vérifier qu’ils correspondent à ce que vous faites) et d’établir le premier contact.
Prospect — une personne ou une entreprise qui pourrait devenir cliente, mais ne l’est pas encore.
Prescripteur — quelqu’un qui recommande vos services sans les acheter : une agence immobilière, un expert-comptable.
1.2 — Le bouche-à-oreille, premier canal, et ses deux limites
Demandez à un indépendant d’où viennent ses clients : il répond presque toujours « le bouche-à-oreille ».
Retour de terrain
En septembre 2026, nous avons posé une seule question dans deux communautés d’entrepreneurs : « D’où viennent vos trois derniers clients ? » Neuf personnes ont répondu. Le bouche-à-oreille est cité 7 fois, les réseaux sociaux 5 fois, LinkedIn 1 fois, Google et un site internet 0 fois. Neuf réponses ne font pas une étude : c’est un signal. Il dit d’où viennent aujourd’hui les clients de ceux qui ont répondu, pas d’où ils pourraient venir.
Excellent canal — le client arrive recommandé, et cela ne coûte rien —, le bouche-à-oreille a deux limites.
On ne le déclenche pas. Vous ne décidez ni quand un client parlera de vous, ni à qui. Quand le carnet se vide en juin, vous ne pouvez pas lui demander de travailler plus vite.
Il n’amène que des gens qui vous connaissent déjà, ou qui connaissent quelqu’un qui vous connaît. Le couple qui vient d’acheter une maison à dix kilomètres, l’entreprise qui s’installe dans la zone artisanale, la fille qui cherche depuis Lyon une aide pour sa mère : aucun n’en fait partie. Pour eux, vous n’existez que si vous apparaissez là où ils cherchent.
Enfin, même le bouche-à-oreille peut finir par une recherche. La voisine donne un nom ; on le tape dans Google pour trouver le numéro et lire des avis. Si l’on ne trouve rien, la recommandation s’arrête là, et vous ne saurez jamais qu’elle a existé.
1.3 — Être trouvé, aller vers : les deux moitiés
Être trouvé, c’est le mouvement où le client fait le premier pas. Il tape une requête — les mots saisis dans un moteur de recherche, comme « plombier Champeix » — ou interroge un assistant comme ChatGPT, Gemini ou Copilot. À vous d’être là, avec des informations exactes : votre fiche d’établissement Google (la fiche gratuite qui présente votre entreprise dans la recherche et sur Google Maps), vos avis, votre site, les annuaires. Depuis le 22 juillet 2026, Google peut aussi afficher en France des réponses rédigées par l’intelligence artificielle, les Aperçus IA et le Mode IA ; une entreprise qui n’a rien publié n’a rien à leur donner. C’est la partie II.
Aller vers, c’est l’inverse : vous faites le premier pas. Vous repérez ceux qui pourraient avoir besoin de vous là où ils se trouvent — groupes Facebook locaux, LinkedIn, Leboncoin, plateformes, communautés d’entrepreneurs — et vous établissez le contact : un commentaire utile, un message, un e-mail, un appel, un prescripteur. Ce sont les parties III à VI.
| Être trouvé | Aller vers | |
|---|---|---|
| Premier pas | Le client | Vous |
| Ce que vous faites | Remplir et entretenir vos présences | Repérer, écrire, commenter, relancer |
| Quand vous arrêtez | Fiche, avis et site restent visibles | Les contacts s’arrêtent |
| Cadre | Règles des plateformes | Règles des plateformes et droit de la prospection |
Les deux moitiés se répondent : la personne que vous contactez peut taper votre nom avant de répondre, et un bon message qui mène à une fiche vide perd de sa force. Leur dosage dépend du métier. Un plombier qui sert des particuliers compte d’abord sur le fait d’être trouvé au moment de la panne ; une consultante qui sert des PME doit davantage aller vers elles, car son futur client ne sait pas toujours qu’il a besoin d’elle.
Aller vers ne veut pas dire diffuser son offre partout.
Retour de terrain
En septembre 2026, nous avons constaté que de longs posts d’offre, grille de tarifs comprise, publiés dans des groupes Facebook locaux, avaient été vus environ 1 700 fois sans une seule interaction. Une annonce commerciale publiée dans une communauté d’entrepreneurs en ligne est restée plus d’un mois à six « j’aime » et zéro commentaire. Dans le même temps, des commentaires d’entraide, écrits sous les questions des autres, ont amené des contacts.
Une offre parle de vous ; une réponse parle de la personne qui a posé la question. Le chapitre 15 en fait une méthode.
Attention
Aller vers a un cadre légal, qui a changé cet été. Depuis le 11 août 2026, on ne peut plus appeler un particulier pour lui vendre quelque chose sans son consentement préalable, sauf dans le cadre d’un contrat en cours. Pour la rénovation énergétique, l’adaptation du logement à la perte d’autonomie et le compte personnel de formation (CPF), c’est interdit même avec ce consentement : seul reste possible de répondre, sous 5 jours ouvrables, à la demande explicite d’un consommateur, sur ce qu’il a demandé. Un chauffagiste ne peut donc pas démarcher un particulier par téléphone pour lui vendre une pompe à chaleur, même avec son accord. Entre professionnels, le régime diffère (information et droit d’opposition). Détails au chapitre 06 ; sources officielles : les fiches de Service-Public et de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) sur le démarchage téléphonique.
1.4 — Le parcours en quatre marches
Qu’il vous cherche ou que vous alliez vers lui, un inconnu franchit quatre marches avant le rendez-vous, et peut s’arrêter à chacune.
Être trouvé. Le prospect doit d’abord vous voir : dans les résultats, sur la carte, dans une réponse d’IA, un annuaire — ou, quand vous allez vers lui, dans un groupe ou sa messagerie. Sans cela, rien ne suit.
Être choisi. Il vous voit rarement seul. Sur « plombier + commune », Google en présente plusieurs, et le client compare note, avis, photos, description. Une fiche sans description ni photo ne lui donne aucune raison de vous préférer, même si vous êtes le meilleur artisan du canton.
Être contacté. Cette marche paraît acquise ; elle ne l’est pas. Un numéro qui sonne dans le vide pendant un chantier, un message resté trois jours sans réponse, des horaires faux, et le client peut passer à l’entreprise affichée juste en dessous. Depuis le 31 juillet 2024, la fiche Google n’a plus de messagerie intégrée : à vous de rendre le contact simple.
Obtenir un rendez-vous. Le premier échange doit déboucher sur une date : une visite de chantier, un appel avec un dirigeant, ou, pour un commerce, une première venue en boutique. On ne cherche pas « de la visibilité », on cherche des rendez-vous.
Quand les clients ne viennent pas, la bonne question n’est donc pas « que faire de plus ? » mais « à quelle marche est-ce que je les perds ? ».
- Cherchez-vous comme un inconnu. En navigation privée (qui ignore votre compte Google et votre historique), tapez votre métier et votre commune. Notez si vous apparaissez, et à quelle place.
- Comparez-vous aux trois premiers. Notez ce qu’ils affichent et pas vous.
- Faites-vous appeler. Un proche appelle votre numéro professionnel en semaine, pendant vos heures de travail, et laisse un message. Notez votre délai de rappel.
- Comptez vos demandes et vos rendez-vous du mois dernier. Si vous ne savez pas, c’est déjà une réponse (voir le chapitre 05).
- Entourez la première marche qui casse. C’est elle qu’il faut traiter d’abord.
1.5 — Quatre entreprises pour suivre le cours
Le cours suit quatre entreprises du Puy-de-Dôme. Elles sont fictives, comme tous leurs chiffres ; l’avant-propos les détaille.
Fournol Thermique B2C
Mathieu Fournol, plombier-chauffagiste à Champeix, vit du bouche-à-oreille et de deux agences immobilières, et veut remplir le creux de mai à août avec l’entretien de chaudières et les pompes à chaleur.
L’Épicerie des Estives B2C B2B
Léa Morand, épicerie fine et salon de thé à Besse-et-Saint-Anastaise, vit surtout de la saison et cherche la clientèle locale hors saison et les coffrets cadeaux d’entreprise.
Aide Douce Combrailles B2C
Nadia Ferrand, services à la personne à Saint-Gervais-d’Auvergne, vise 32 heures par semaine au lieu de 22, et ce sont souvent les enfants de ses clients âgés qui la cherchent.
Bardet Conseil RH B2B
Inès Bardet, consultante RH à temps partagé à Thiers, travaille pour 3 PME sans service RH et en vise 6.
Mathieu et Nadia dépendent d’abord d’être trouvés, Inès doit surtout aller vers, Léa a besoin des deux. Mais regardez d’abord d’où viennent vos propres clients : c’est la première question que nous posons, chez Num Compagny, à un dirigeant qui en manque.
Exercice 1.1 — D’où viennent vos dix derniers clients ? 20 min
Objectif : savoir, sur des faits, quelle part de votre activité vient du bouche-à-oreille, et quelle part vous ne savez pas expliquer.
- Listez vos dix derniers clients : pas les meilleurs, les derniers.
- Notez pour chacun comment il est arrivé : recommandation (de qui ?), ancien client, prescripteur, Google, annuaire, réseau social, passage, autre. Ne devinez pas : écrivez « je ne sais pas ».
- Regroupez : bouche-à-oreille au sens large, « être trouvé », « aller vers », « je ne sais pas ».
- Pour les « je ne sais pas » récents, posez la question : « Au fait, comment m’aviez-vous trouvé ? »
- Écrivez une phrase : de quel mouvement dépendez-vous, et lequel vous manque ?
Résultat attendu : dix lignes, un décompte, une phrase. Ces dix clients entreront dans votre fichier de suivi au chapitre 05.
Corrigé, avec une répartition imaginée pour l’exemple : les dix derniers clients de Mathieu Fournol se partagent entre quatre recommandations d’anciens clients, trois envois des agences, un voisin de chantier et deux « je ne sais pas ». Huit sur dix le connaissaient déjà, directement ou non. Les deux inconnus l’ont peut-être trouvé par sa fiche Google (14 avis, note de 4,7) ; il ne l’a pas demandé. Conclusion : son objectif d’été ne peut pas reposer sur un bouche-à-oreille qu’il ne déclenche pas, et le téléphone vers les particuliers lui est fermé pour les pompes à chaleur (section 1.3). Sa phrase : « Je vis de ceux qui me connaissent ; il me manque ceux qui me cherchent. » Il commencera par la première marche, avec une fiche qui n’a ni description ni prestation renseignée (chapitre 09).
À retenir
- Trouver ses clients en ligne, ce n’est pas acheter de la publicité : c’est être visible au bon moment et aller au-devant des bons prospects, jusqu’au rendez-vous.
- Le bouche-à-oreille reste le premier canal, mais on ne le déclenche pas, et il n’amène que des gens qui vous connaissent déjà, directement ou non.
- Être trouvé et aller vers sont les deux moyens d’atteindre tous les autres ; leur dosage dépend du métier.
- Un inconnu devient client en quatre marches — trouvé, choisi, contacté, rendez-vous — et la première marche qui casse est celle à traiter d’abord.
- Une offre publiée parle de vous, une réponse utile parle de l’autre : dans nos constats, c’est la seconde qui a amené des contacts.

