LEÇON

02. Votre client idéal : particulier, entreprise, et ce qui change

Avant de choisir une plateforme, il faut savoir qui l’on cherche, et surtout à quel moment cette personne a besoin de vous. Ce chapitre distingue particuliers et entreprises, dresse le portrait du client idéal en six questions, et apprend à dire non avant de prospecter.

Avant de choisir une plateforme, il faut savoir qui l’on cherche, et surtout à quel moment cette personne a besoin de vous. Ce chapitre distingue particuliers et entreprises, dresse le portrait du client idéal en six questions, et apprend à dire non avant de prospecter.

En bref

Pour qui
B2C et B2B. Indispensable si vous servez les deux, ou si celui qui vous cherche n’est pas celui qui reçoit le service.
Enjeu
Cesser de prospecter « tout le monde » : savoir qui décide, qui paie, qui cherche, et quand.
Idée clé
On ne cherche pas un client, on cherche un moment : celui où le besoin apparaît.
Prérequis
Chapitre 01, et votre liste de dix clients.
Lecture
Environ 10 minutes (+ 30 minutes d’exercice).

2.1 — Particulier ou entreprise : qui décide, qui paie, qui cherche

Définitions

B2C (de l’anglais business to consumer) — vente à des particuliers. B2B (business to business) — vente à des professionnels : entreprises, associations, collectivités.

Client idéal — le type de client que vous servez le mieux, avec une marge correcte, et que vous voulez rencontrer plus souvent.

Une même TPE peut faire les deux. Mais la distinction la plus utile est ailleurs. Tout achat met en jeu trois rôles : celui qui décide, celui qui paie, celui qui cherche. Pour une fuite d’eau, c’est la même personne. Ailleurs, ce sont deux ou trois personnes, et vos efforts pour être trouvé doivent atteindre celle qui cherche.

Prenons Aide Douce Combrailles, l’une des quatre entreprises fictives qui suivent le cours. La cliente de Nadia Ferrand est une dame âgée de Saint-Gervais-d’Auvergne : elle reçoit le service, et c’est elle qui accepte, ou non, qu’une inconnue entre chez elle. Mais celui qui cherche est souvent son fils, depuis Clermont-Ferrand ou Lyon. Or Google tient compte de la distance entre l’entreprise et la personne qui cherche : depuis Lyon, « aide ménagère » sans nom de commune a peu de chances de faire sortir Nadia. Le fils doit taper la commune de sa mère, et Nadia doit l’avoir écrite partout (chapitres 03 et 04).

Reste à savoir qui paie, la mère ou le fils. Nadia facture 26 € de l’heure, soit 13 € après crédit d’impôt pour le client qui y a droit, et ce droit dépend de qui règle la facture.

À savoir

Le crédit d’impôt de 50 % des services à la personne s’applique à un service rendu au domicile du contribuable, ou au domicile d’un ascendant bénéficiaire de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), dans la limite de plafonds annuels. Une facture payée en espèces n’est pas acceptée comme justificatif. Une partie peut aussi être réglée en CESU préfinancé, un titre de paiement fourni par certains employeurs ou financeurs sociaux ; le devis et la facture doivent alors porter un numéro SAP (services à la personne). Ces règles se vérifient sur Service-Public et sur servicesalapersonne.gouv.fr : renvoyez-y les familles plutôt que de trancher à leur place.

En B2B, les rôles s’écartent davantage. Pour les coffrets de fin d’année de L’Épicerie des Estives, celle qui cherche est peut-être l’assistante de direction chargée des cadeaux clients, ou un élu du comité social et économique (CSE), l’instance qui représente le personnel et peut organiser des activités sociales et culturelles, comme les cadeaux aux salariés. Celui qui décide est le dirigeant ou les élus du CSE ; celui qui paie, l’entreprise ou le budget du comité. Léa Morand doit donc donner à la première de quoi convaincre les deux autres : une gamme, des prix par quantité, un délai de livraison.

2.2 — Le portrait du client idéal en six questions

Le client idéal n’est pas « tout le monde dans un rayon de trente kilomètres ». On le décrit en six questions, que reprend la fiche-outil F1.

  1. Qui ? Particulier ou professionnel, et, pour les trois rôles, qui décide, qui paie, qui cherche. Pour une entreprise : sa taille et son secteur.
  2. Où ? La commune où il vit ou travaille, et celle d’où il cherche, qui peut être différente. Le chapitre 03 en fait une zone.
  3. Quel déclencheur ? L’événement qui fait naître le besoin : une panne, un déménagement, un départ (section 2.3).
  4. Quel moment ? Quand il cherche et décide. Une panne de chauffage se cherche le soir même ; un coffret d’entreprise se choisit des semaines avant d’être offert.
  5. Quels mots ? Ceux qu’il emploie, qui ne sont pas toujours les vôtres : « pac » pour pompe à chaleur, « femme de ménage » pour aide à domicile. Le chapitre 04 apprend à les recueillir.
  6. Qui l’influence ? Ceux qu’il consulte avant de choisir : un voisin, un frère, un expert-comptable, une agence immobilière. Ce sont vos prescripteurs possibles (chapitre 33).
Piège classique

Répondre « tout le monde » à la question « qui ? ». Un portrait trop large ne permet de choisir ni une plateforme, ni des mots, ni un moment : on finit par publier la même annonce partout. Un portrait étroit n’interdit pas de servir les autres clients ; il dit seulement lesquels vous allez chercher.

2.3 — Les déclencheurs : on ne cherche pas un client, on cherche un moment

Personne ne cherche un plombier par plaisir. Le besoin naît d’un événement, le déclencheur, et c’est dans la période qui suit — quelques heures pour une panne, quelques semaines pour un recrutement — que le client cherche et décide. Avant, il ne vous écoute pas ; après, il a trouvé quelqu’un.

Les déclencheurs se rangent en quelques familles : le déménagement, la panne, la naissance, la saison, la nouvelle obligation, la perte d’un prestataire. Beaucoup laissent une trace, en ligne ou chez un prescripteur : c’est elle qu’on apprend à repérer.

DéclencheurSur les fils rougesOù il se repère
PanneUne chaudière qui lâche près de ChampeixUne recherche « chauffagiste + commune » le soir même ; une question dans un groupe local
DéménagementUn couple qui achète une maison dans la vallée de la CouzeChez les agences immobilières, avant tout le monde
SaisonLe retour des vacanciers à Besse ; la fin d’année pour les coffretsDans le calendrier : on se prépare avant
Nouvelle obligationUne PME du bassin de Thiers qui grandit et franchit un seuil d’effectifDes offres d’emploi en série ; une question à l’expert-comptable
Perte d’un prestataireL’aide à domicile d’une voisine qui cesse son activitéUne question « quelqu’un connaît… ? » dans un groupe du village

Pour Léa, la saison n’est pas une image : à Besse-et-Saint-Anastaise, 77,2 % des logements étaient des résidences secondaires en 2023, selon le comparateur de territoires de l’Insee. Sa clientèle à l’année n’occupe donc qu’une petite part des logements de la commune, et les communes voisines comptent d’autant plus (chapitre 03).

Ce tableau éclaire aussi le constat de terrain du chapitre 01 : un commentaire d’entraide sous une question arrive au moment du déclencheur, quand une offre publiée arrive au hasard.

2.4 — Ce qui change entre B2C et B2B

Si vous servez les deux, comme Léa, faites deux portraits : on ne trouve pas un élu de CSE là où l’on trouve un randonneur.

CritèreParticuliers B2CProfessionnels B2B
DécisionCourte, parfois immédiate ; une ou deux personnesPlus longue ; plusieurs personnes, un budget, parfois une mise en concurrence
Où le trouverGoogle et ses cartes, avis, groupes locaux, Leboncoin, bouche-à-oreilleRecommandation, LinkedIn, e-mail, communautés d’entrepreneurs, données publiques d’entreprises, marchés publics
TonSimple et concret : le problème, la commune, le délaiSobre et précis : le problème de l’entreprise, le temps ou l’argent en jeu
Preuves attenduesAvis récents, photos de réalisations, proximitéRéférences comparables, méthode claire, entreprise vérifiable
Premier contact par e-mail, SMS ou téléphoneConsentement préalable du particulier, sauf client existant (e-mail, SMS) ou contrat en cours (téléphone)Message lié à son métier ; information (dont l’origine de ses coordonnées) et droit d’opposition
Attention

Par e-mail ou SMS, prospecter un particulier demande son consentement préalable, sauf s’il est déjà client et que l’offre porte sur des produits ou services similaires ; prospecter un professionnel est possible si le message a un rapport avec sa profession, s’il est informé et peut s’opposer simplement. Par téléphone, depuis le 11 août 2026, appeler un particulier pour lui vendre quelque chose demande son consentement préalable, sauf contrat en cours. Et un numéro trouvé en ligne n’est pas libre d’usage pour autant. Détails au chapitre 06 ; sources officielles : les pages de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) sur la prospection commerciale et la fiche de Service-Public sur le démarchage téléphonique.

2.5 — Les clients à ne pas chercher

Un portrait sert aussi à dire non. Le temps de prospection est compté — nos quatre fils rouges disposent d’une à quatre heures par semaine — et chaque heure passée à attirer un client qui ne vous convient pas manque ailleurs.

Trop loin. Le temps de route pèse sur votre marge, et la distance joue contre vous dans les résultats locaux de Google. Le chapitre 03 trace cette limite.

Trop petits. Le besoin qui ne couvre pas le déplacement, l’entreprise qui ne pourra pas payer votre prix. Inès Bardet facture 550 € HT la journée, soit 1 100 € HT par mois et par client pour deux jours : c’est pourquoi son portrait commence à dix salariés.

Mauvais payeurs. Relisez vos impayés passés et notez ce qu’ils avaient en commun. Une entreprise se vérifie en quelques minutes sur l’Annuaire des Entreprises (annuaire-entreprises.data.gouv.fr), qui indique si elle est active ou fermée (chapitre 22).

Dire non ne veut pas dire refuser celui qui vous appelle : cela veut dire ne pas dépenser votre temps à le chercher.

Exercice 2.1 — Deux portraits en six questions 30 min

Objectif : écrire deux portraits de client idéal, chacun terminé par une limite.

  1. Choisissez deux types de clients : celui qui fait l’essentiel de votre chiffre d’affaires, et celui que vous voudriez avoir davantage. Si vous servez particuliers et entreprises, prenez un de chaque.
  2. Répondez par écrit aux six questions de la section 2.2, en distinguant qui décide, qui paie et qui cherche.
  3. Pour les mots, partez de faits : vos avis, vos SMS, les e-mails reçus.
  4. Pour le déclencheur, reprenez vos dix clients de l’exercice 1.1 : que s’était-il passé juste avant leur premier appel ?
  5. Terminez chaque portrait par une ligne « Je ne cherche pas : … ».

Résultat attendu : deux portraits d’une demi-page. Ils serviront aux chapitres 03 (zone) et 04 (mots).

Corrigé de l’exercice 2.1, sur deux fils rouges : hors les chiffres de leur présentation, tout est hypothèse de travail, à vérifier auprès de leurs clients.

QuestionBardet Conseil RH B2BAide Douce Combrailles B2C
QuiLe dirigeant d’une PME de 10 à 50 salariés sans service RH : il cherche et décide, l’entreprise paie.La personne âgée reçoit le service et doit l’accepter ; un enfant cherche ; qui paie : à régler en famille (section 2.1).
OùBassins de Thiers, d’Ambert et de Vichy, plus le distanciel.Saint-Gervais-d’Auvergne et alentour ; la recherche part de Clermont-Ferrand ou de Lyon.
DéclencheurUn recrutement qui échoue, un conflit, une croissance qui apporte de nouvelles obligations.Une chute, un retour d’hospitalisation, un veuvage, l’aide précédente qui arrête.
MomentQuand le problème éclate, rarement « à froid ».Après une visite chez le parent, un week-end ou pendant des congés.
Mots« consultant RH », « externaliser les RH », « aide au recrutement » : à confirmer auprès de ses 3 clients.« aide ménagère », « aide à domicile », « femme de ménage », suivis de la commune du parent.
InfluenceL’expert-comptable, les autres dirigeants.Les frères et sœurs, le médecin traitant, les voisins, et le parent lui-même.
Je ne cherche pasLes entreprises de moins de 10 salariés, et celles qui ont un service RH.Les clients au-delà de son temps de route ; les demandes de soins, hors de son activité.

Le client d’Inès vit un problème sans toujours chercher de solution : elle devra aller vers lui au bon moment, avec l’aide des experts-comptables. Celui de Nadia cherche, mais de loin, avec ses mots à lui, et ne trouve pas de fiche Google : sa priorité est d’être trouvée.

À retenir

  • Tout achat met en jeu trois rôles — décider, payer, chercher — et vos efforts pour être trouvé doivent atteindre celui qui cherche.
  • Le client idéal se décrit en six questions : qui, où, quel déclencheur, quel moment, quels mots, qui l’influence.
  • On ne cherche pas un client mais un moment : déménagement, panne, naissance, saison, nouvelle obligation, perte d’un prestataire.
  • En B2B, la décision est plus longue et partagée, le ton plus sobre, et l’on attend des références plutôt que des avis.
  • Le premier contact n’obéit pas aux mêmes règles : consentement préalable pour un particulier, sauf client existant (e-mail, SMS) ou contrat en cours (téléphone) ; pour un professionnel, un message lié à son métier, avec information et droit d’opposition.
  • Un bon portrait se termine par ce que vous ne cherchez pas : trop loin, trop petit, mauvais payeur.