LEÇON

18. La vidéo courte

Une vidéo verticale de trente secondes montre ce qu’une photo ne dit pas : un geste, une transformation, une voix. Ce chapitre présente le format sur quatre plateformes, ce qu’une petite entreprise peut filmer avec un smartphone, et trois vérifications avant de publier : l’image des personnes, la musique, l’intelligence artificielle.

Une vidéo verticale de trente secondes montre ce qu’une photo ne dit pas : un geste, une transformation, une voix. Ce chapitre présente le format sur quatre plateformes, ce qu’une petite entreprise peut filmer avec un smartphone, et trois vérifications avant de publier : l’image des personnes, la musique, l’intelligence artificielle.

En bref

Pour qui
B2C surtout : artisans (le geste), commerces (le produit), services à domicile (la personne). En B2B, une vidéo peut illustrer un savoir-faire, sans être un canal principal.
Enjeu
Publier des vidéos utiles à un rythme tenable, sans enfreindre le droit à l’image, les droits musicaux ni les règles sur l’IA.
Idée clé
Une vidéo courte tient en trois temps : une accroche, un geste, une fin qui dit qui et où.
Prérequis
Chapitres 04, 05, 16 et 17.
Lecture
Environ 13 minutes (+ 45 minutes d’exercice).

18.1 — Un format, quatre plateformes

La vidéo courte est verticale, se regarde sur téléphone et défile l’une après l’autre. Meta l’appelle reel sur Instagram et sur Facebook, YouTube l’appelle Short ; TikTok la propose aussi. Voici leurs règles en octobre 2026.

Définitions

Reel — vidéo verticale publiée sur Instagram ou sur Facebook ; sur Facebook, depuis 2025, toutes les vidéos sont des reels. Short — son équivalent sur YouTube. Sous-titres incrustés — le texte de ce qui est dit, affiché dans l’image et lisible sans le son. Plan — une prise filmée sans coupure. Carton — un écran de texte. Impressions — le nombre d’affichages d’une publication.

PlateformeDurée maximaleMusiqueSous-titres automatiques
Instagram (reel)20 minutes ; au-delà de 3 minutes, pas de recommandation aux nouvelles audiencesPour une entreprise : la banque de sons de Meta (Meta Sound Collection), utilisable à des fins commercialesRéglage « Activer les sous-titres », avant ou après publication
Facebook (reel)Aucune durée minimale ni maximaleBouton « Sous-titres » dans l’éditeur
YouTube (Short)3 minutes, vertical ou carréBibliothèque audio : la plupart des titres limités à 90 secondes dans un ShortFrançais compris, à relire dans YouTube Studio
TikTokL’aide officielle ne donne pas de chiffreComptes Entreprise vérifiés : uniquement la Bibliothèque musicale commercialeGénérés à l’import, modifiables après publication

D’après les pages d’aide officielles consultées en octobre 2026. Ces règles changent : vérifiez-les avant de vous y fier.

Pour une petite entreprise, la question n’est pas la durée maximale mais la durée utile : trente secondes à une minute laissent le temps de montrer un geste et de dire qui vous êtes. Commencez là où vos clients vous suivent déjà, votre page Facebook (chapitre 16) ou votre compte Instagram (chapitre 17).

18.2 — Ce qu’une petite entreprise peut filmer

Quatre sujets suffisent à tenir dans la durée. Le geste : le chauffagiste qui ouvre une chaudière, la pâtissière qui monte une crème — ce que le client ne voit jamais. L’avant-après : la chaufferie encombrée puis rangée, la vitrine vide puis garnie. La question fréquente, face caméra : celle qu’on vous pose au téléphone chaque semaine, avec votre réponse en vingt secondes. La personne : qui vient chez vous, qui vous sert, qui entrera dans la maison d’un parent âgé.

Une vidéo de 30 secondes en trois temps Accroche Le geste ou la réponse La fin 0 à 3 s 3 à 25 s 25 à 30 s Lisible sans le son Une phrase à l’écran et l’image la plus forte « Ce que je fais pendant l’entretien » Montrer, pas raconter 3 ou 4 plans serrés de 5 à 7 secondes La voix, sous-titrée Aucun visage sans accord Qui, quoi, où Prénom et métier Commune ou secteur Comment vous joindre Ni tarif ni promesse
Figure 18.1 — La structure d’une vidéo courte. Les durées sont des repères indicatifs, pas une règle des plateformes.

Une vidéo se regarde souvent sans le son, dans une salle d’attente ou au travail. Activez donc les sous-titres automatiques, que proposent les quatre plateformes du tableau, ou incrustez-les ; relisez-les mot par mot, surtout les noms de communes et les termes de métier. Ils servent aussi les personnes sourdes ou malentendantes.

Un smartphone suffit ; soignez le son autant que l’image : filmez près de celui qui parle, loin d’une machine qui tourne.

18.3 — Avant de publier : les personnes, la musique, l’IA

Publier la vidéo d’un client, d’un salarié ou d’un apprenti, c’est diffuser son image.

Attention

Dès qu’une personne est reconnaissable, sa diffusion demande son accord écrit ; avoir accepté d’être filmé ne vaut pas accord pour la diffusion. Dans un lieu public, l’autorisation reste nécessaire pour une personne isolée et reconnaissable, et l’exception de la scène de groupe ne vaut pas pour un usage commercial. La règle générale vaut aussi pour vos salariés ; les règles propres à la relation de travail n’ont pas été vérifiées ici (site de la CNIL). Pour un mineur, comme un apprenti de seize ans, il faut l’autorisation écrite de ses parents. La CNIL le rappelle : le droit à l’image s’applique aussi sur internet. La maison du client, elle, est un bien : selon la Cour de cassation (7 mai 2004), son propriétaire n’a pas de droit exclusif sur son image, mais peut s’opposer à son utilisation si elle lui cause un « trouble anormal » ; les personnes, l’adresse et les objets de vie privée visibles restent protégés. Demandez donc l’accord écrit du client avant de publier son chantier : c’est une précaution, pas une obligation tirée d’un texte. Ce résumé ne remplace pas un avis juridique : voyez la fiche « Droit à l’image et respect de la vie privée » de service-public.fr et le site de la CNIL.

La musique. Chez Meta, la bibliothèque musicale sous licence « est destinée à un usage personnel et non commercial », et certains comptes business n’y ont pas accès ; l’alternative indiquée est la banque de sons de Meta, plus de 14 000 chansons et sons utilisables à des fins commerciales. TikTok précise que ses licences hors de sa Bibliothèque musicale commerciale ne couvrent pas l’usage commercial. Sur Instagram, une piste peut même être mise en sourdine après coup, la publication restant en ligne. Le plus sûr reste souvent le son réel : la voix, l’atelier, le percolateur.

L’IA. Voix off, décor ou vidéo entière générés par un outil : deux séries de règles s’appliquent.

Attention

Le règlement européen sur l’IA (article 50) oblige l’entreprise qui utilise un outil d’IA à indiquer qu’un contenu a été généré ou manipulé par une IA lorsqu’il s’agit d’un hypertrucage : une image, un son ou une vidéo qui ressemble à des personnes, des objets, des lieux ou des événements existants et pourrait être pris à tort pour authentique. Cette obligation s’applique depuis le 2 août 2026 ; seul le marquage technique dû par les fournisseurs d’outils bénéficie d’un délai, au 2 décembre 2026, pour les systèmes déjà sur le marché. L’information doit être claire dès la première exposition ; pour une œuvre manifestement artistique, satirique ou fictive, un signalement qui n’en gêne pas la lecture suffit.

Meta exige son étiquette « Notice sur l’IA » pour une vidéo photoréaliste ou un audio réaliste créés ou modifiés numériquement, par exemple un reel avec une voix off réaliste générée par IA ; l’exigence ne vise pas les images, et un oubli peut être sanctionné. TikTok demande d’étiqueter tout contenu IA réaliste. Ces textes sont récents : vérifiez sur le site du ministère de l’Économie, qui parle d’« étiqueter par une icône les hypertrucages », et dans l’aide de chaque plateforme.

Retour de terrain

En montant une vidéo courte avec la génération de visuels par IA d’un outil de design en ligne, le premier carton produit affichait, incrustés dans l’image de fond, une phrase en lettres déformées et notre propre nom mal orthographié (août 2026). Rien ne le signalait : il a fallu le lire, mot par mot, à l’écran. La leçon : ne publiez jamais un visuel ou une vidéo générés par IA sans relire chaque mot affiché, y compris le texte « décoratif » de l’arrière-plan.

18.4 — Tourner et publier une vidéo de 30 secondes

  1. Écrivez le script en trois lignes : l’accroche, les plans du geste, la fin. Lisez-le à voix haute, chronomètre en main.
  2. Réglez les accords avant de filmer : accord écrit de chaque personne reconnaissable, et du client pour son chantier ; écartez du champ l’adresse, le courrier, les photos de famille.
  3. Préparez le téléphone : objectif essuyé, notifications coupées, format vertical, sujet face à la lumière du jour.
  4. Tournez trois ou quatre plans de 5 à 7 secondes, téléphone posé ou calé ; laissez deux secondes avant et après chaque geste pour couper proprement.
  5. Montez dans l’éditeur de la plateforme : coupez, remettez les plans dans l’ordre du script, écrivez l’accroche à l’écran sur les premières secondes.
  6. Choisissez le son : votre voix ou le son réel ; une musique seulement depuis une bibliothèque prévue pour l’usage commercial (banque de sons de Meta, bibliothèque commerciale de TikTok) ou, sur YouTube, la bibliothèque audio dans ses limites, à volume bas sous la voix.
  7. Activez les sous-titres et relisez-les mot par mot, communes et termes techniques compris, comme tout texte affiché.
  8. Rédigez la légende et publiez : phrase de base, commune, lieu, au plus cinq hashtags sur Instagram ; si une IA a produit une voix ou une image réaliste, posez l’étiquette. Notez la date et le sujet dans la liste de vos publications ; le fichier de suivi recevra les contacts que la vidéo amènera.

18.5 — Un rythme tenable, une mesure simple

Fixez un rythme que vous tiendrez en période chargée : une vidéo toutes les deux semaines, tournée pendant une journée ordinaire et montée le soir même. Évitez de republier la même vidéo sur un même compte : pour les Standards de la communauté de Meta, le contenu répétitif compte, avec d’autres indices, parmi les signes de spam.

Retour de terrain

Sur nos cinq posts LinkedIn du 21 septembre au 5 octobre 2026, une vidéo courte humoristique a obtenu 251 impressions, 6 réactions et une republication, mais une autre vidéo, sur l’arrêt de la 2G, n’en a fait que 108. Dans le même temps, un post écrit sur les réseaux d’affaires a obtenu 222 impressions, 5 réactions et 4 commentaires, l’annonce de notre cours 141 impressions et un autre post écrit 78 (relevés des 29 septembre et 13 octobre 2026). La leçon : la vidéo n’est pas une garantie et le format seul n’explique pas les écarts ; mesurez chaque publication avant d’en tirer une règle.

Les vues disent qu’une vidéo a circulé, pas qu’elle a fait appeler. Quand un client répond « sur Facebook » ou « sur Instagram » à « Comment m’avez-vous trouvé ? », demandez « quelle vidéo ? » et notez-la dans votre fichier (chapitre 05). Après trois mois, comparez les sujets entre eux.

Exercice 18.1 — Trois scripts de vidéo 45 min

Objectif : trois vidéos prêtes à tourner, chacune en trois temps, avec leurs accords et leur son.

  1. Listez cinq questions que vos clients vous posent souvent et cinq gestes qu’ils ne voient jamais.
  2. Choisissez trois sujets de familles différentes : un geste, une question fréquente, une présentation ou un avant-après.
  3. Pour chacun, écrivez l’accroche (une phrase courte, affichée à l’écran), le déroulé en trois ou quatre plans, et la fin (prénom, métier, commune, moyen de vous joindre).
  4. Notez qui sera visible et l’accord écrit à obtenir (fiche-outil F11, avec un modèle d’autorisation sans valeur de conseil juridique), le son retenu, et l’étiquette à poser si un outil d’IA intervient.
  5. Inscrivez dans votre agenda les dates de tournage et de publication.

Résultat attendu : trois scripts d’un tiers de page, la liste des accords à recueillir, six dates dans l’agenda.

Corrigé — Fournol Thermique. Mathieu Fournol, notre plombier-chauffagiste fictif de Champeix, veut remplir le creux de mai à août avec l’entretien de chaudières. À partir de mars (hypothèse de l’exemple), une publication de quinzaine sur deux devient une vidéo : le rythme du chapitre 16 ne change pas. Il tourne pendant ses chantiers d’hiver et monte le soir même, pour être vu avant la saison creuse.

VidéoAccrocheLe geste ou la réponseLa fin
Le geste« Ce que je fais pendant l’entretien de votre chaudière »Gros plans des mains : capot ouvert, nettoyage, contrôle, remise en route ; trois phrases de commentaire« Mathieu, Fournol Thermique, chauffagiste à Champeix et dans la vallée de la Couze. Pour un rendez-vous, le bouton est sur ma page. »
La question« L’entretien de chaudière, pourquoi pas au printemps ? »Face caméra devant la camionnette : la chaudière a fini l’hiver, les créneaux sont libres, rien ne presse
La personne« Qui vient chez vous ? »Mathieu et son apprenti se présentent, une phrase chacun, avant de partir en tournée

Les deux premières se tournent chez des clients qui ont donné leur accord écrit, sans visage, adresse ni courrier dans le champ ; la troisième demande l’accord écrit de l’apprenti, et de ses parents s’il est mineur. Le son est sa voix, sans musique ni voix de synthèse, donc sans étiquette. Il vérifie « Champeix » et « Couze » dans les sous-titres.

Pour L’Épicerie des Estives, l’épicerie fictive du chapitre 17, les trois sujets seraient la composition d’un coffret d’entreprise, l’arrivage de la semaine au comptoir, et Léa qui présente son salon de thé, sans client reconnaissable faute d’accord écrit.

À retenir

  • Une vidéo courte se construit en trois temps : une accroche lisible sans le son, un geste ou une réponse, une fin qui dit qui vous êtes et où.
  • Les durées varient selon la plateforme : en octobre 2026, au-delà de 3 minutes, un reel Instagram n’est plus recommandé aux nouvelles audiences et un Short YouTube n’est plus possible.
  • Toute personne reconnaissable, client, salarié ou apprenti, ne se publie qu’avec son accord écrit ; pour un mineur, celui de ses parents.
  • Pour un compte d’entreprise, la musique vient des bibliothèques prévues pour l’usage commercial, ou du son réel.
  • Depuis le 2 août 2026, un hypertrucage publié par une entreprise doit être signalé ; chez Meta, la vidéo photoréaliste ou l’audio réaliste générés par IA portent l’étiquette « Notice sur l’IA ».
  • Relisez chaque mot affiché, sous-titres et texte généré compris, et mesurez chaque vidéo avant d’en tirer une règle.