Illustration abstraite bleu marine et turquoise avec une horloge stylisee symbolisant la premiere heure apres une fraude bancaire

Arnaque bancaire : ce qui se joue dans la première heure

La réponse courte

Trois choses, dans cet ordre : faire opposition auprès de sa banque et noter le numéro d’opposition, conserver les preuves avant qu’elles ne disparaissent, puis signaler sur la plateforme publique qui correspond à la situation. La loi impose à votre banque de rembourser une opération que vous n’avez pas autorisée au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant votre signalement. Et pourtant, selon les chiffres cités par la Banque de France, un peu plus d’une victime d’escroquerie sur dix seulement porte plainte.

EN BREF

  • Public visé : dirigeants de TPE et de PME, particuliers, et tous ceux qui accompagnent des publics fragiles face au numérique : mairies, CCAS, France Services, associations, aidants familiaux.
  • Enjeu : savoir quoi faire dans l’heure qui suit une arnaque bancaire, et connaître ce que la banque doit légalement.
  • Chiffre clé : 516 millions d’euros de fraude par manipulation en 2025, en hausse de 34 % en un an.
  • Temps de lecture : 8 minutes.

1. Le rapport publié ce mois-ci dit une chose simple : la technique recule, la manipulation progresse

Le 9 septembre 2026, l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, placé auprès de la Banque de France, a publié son rapport annuel pour l’année 2025. Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France et président de l’Observatoire, en avait présenté les conclusions deux jours plus tôt.

Le chiffre global rassure à moitié. La fraude aux moyens de paiement atteint 1,2 milliard d’euros, en hausse de 3,8 % sur un an, mais le nombre d’opérations frauduleuses recule nettement : 7,2 millions d’opérations, soit 8 % de moins qu’en 2024. Moins d’attaques, donc, mais des attaques qui rapportent davantage.

La raison tient à une catégorie que l’Observatoire suit de près : la fraude par manipulation. Elle couvre, selon sa définition, les cas où le client est manipulé par le fraudeur lors d’une conversation téléphonique, le plus souvent en usurpant l’identité de sa banque : faux conseiller bancaire, faux service anti-fraude. En 2025, elle atteint 516 millions d’euros, en progression de 34 % sur la seule année, et représente désormais 41,6 % de toute la fraude aux moyens de paiement, contre 32,1 % en 2024 et 21,6 % en 2021.

Le détail est encore plus parlant. La fraude sur les paiements par carte fortement authentifiés reste stable, à 140 millions d’euros. C’est la fraude au virement depuis la banque en ligne qui s’envole : de 244 millions d’euros en 2024 à 376 millions d’euros en 2025, soit 54 % de plus en un an.

Pourquoi ce basculement, en une phrase

L’Observatoire l’explique lui-même : les mesures techniques de sécurisation des paiements se sont renforcées, notamment l’authentification forte imposée par la réglementation européenne, et ce renforcement a conduit à une évolution des scénarios de fraude. Ne pouvant plus contourner la machine, les fraudeurs passent par la personne. L’objectif du faux conseiller est précisément d’amener sa victime à valider elle-même les opérations, sous prétexte de les annuler.


2. L’angle mort : une victime sur dix porte plainte

C’est la donnée la plus inconfortable du rapport, et elle tient dans une note de bas de page. Citant l’enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité menée par le service statistique du ministère de l’Intérieur, l’Observatoire rappelle qu’un peu plus d’une victime d’escroquerie sur dix porte plainte.

Les autres indicateurs vont dans le même sens. La plateforme Perceval, qui permet de signaler une fraude à la carte bancaire sur internet, a recueilli 206 902 signalements en 2025, en baisse de 9 %. L’Observatoire estime que cela représente 39 % seulement de la fraude à la carte sur les paiements internet. La plateforme Thésée, qui permet de déposer plainte en ligne pour certaines escroqueries, a enregistré 55 300 plaintes, soit 12 % des victimes recensées par les services de police et de gendarmerie.

Un détail achève la démonstration. Le montant moyen d’une transaction frauduleuse est de 60 euros selon les statistiques de l’Observatoire, mais de 178 euros selon Perceval. Autrement dit : les victimes ne déclarent que les fraudes les plus importantes. En dessous d’un certain montant, on renonce. On se dit que ce n’est pas grave, qu’on n’a pas le temps, qu’on ne sait pas par où commencer, ou simplement qu’on a un peu honte.

On a beaucoup appris aux gens à se méfier. On ne leur a presque rien appris sur ce qu’il faut faire quand la méfiance n’a pas suffi.

Une idée reçue à corriger en atelier : ce ne sont pas que les seniors

Le rapport reprend les chiffres du ministère de l’Intérieur pour 2025 : le nombre de victimes culmine entre 20 et 24 ans, avec 9,6 victimes pour 1 000 habitants, et les 18-44 ans représentent à eux seuls plus de 70 % des victimes alors qu’ils ne constituent que 33 % de la population. Un public à l’aise avec les écrans n’est pas un public protégé : il fait simplement plus d’opérations en ligne. En animation, cela change le discours : on ne s’adresse plus aux « personnes âgées qui ne comprennent rien », on s’adresse à tout le monde.


3. La première heure : cinq gestes, dans cet ordre

L’ordre compte autant que les gestes eux-mêmes. Tant que l’accès n’est pas coupé, la fraude continue. Tant que les preuves ne sont pas conservées, elles s’effacent. Voici la séquence à afficher au mur d’un accueil, à glisser dans un classeur d’association ou à envoyer à un salarié.

QuandLe gestePourquoi il ne peut pas attendre
Minute 1Faire opposition auprès de sa banque et noter le numéro d’oppositionC’est ce qui arrête l’hémorragie. Le numéro d’opposition sera exigé pour toutes les démarches suivantes.
Minute 5Changer le mot de passe de la banque en ligne, puis celui de la messagerieLa messagerie sert à réinitialiser tous les autres comptes. Tant qu’elle est ouverte, rien n’est sécurisé.
Minute 10Photographier ou enregistrer les preuves : relevé, SMS reçus, numéro appelant, courriels, pages webUn SMS s’efface, un site disparaît, un historique d’appels se purge. Ce qui n’est pas capturé maintenant ne sera pas récupérable.
Minute 20Contester par écrit auprès de la banque, en listant les opérations et leurs datesC’est cet écrit qui déclenche le délai légal de remboursement et qui fera foi en cas de désaccord.
Dans la journéeSignaler sur la plateforme publique adaptée, ou porter plainteLe récépissé facilite la régularisation avec la banque, et les enquêteurs ne peuvent relier les affaires que si elles leur sont signalées.

Un sixième geste ne figure dans aucune procédure officielle et se révèle pourtant décisif : en parler à quelqu’un tout de suite. La manipulation fonctionne par l’isolement et l’urgence, et le faux conseiller demande presque toujours de ne rien dire à personne. Rompre ce silence est ce qui permet d’enchaîner les cinq gestes au lieu de rester tétanisé devant son téléphone.


4. Ce que votre banque doit faire, et que presque personne ne réclame

C’est ici que se joue le véritable écart entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Le code monétaire et financier est précis, et il n’est pas favorable à la banque.

Le principe. L’article L. 133-18 du code monétaire et financier dispose que, en cas d’opération de paiement non autorisée signalée par l’utilisateur, la banque rembourse le montant de l’opération immédiatement après en avoir été informée, et en tout état de cause au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant. Elle ne peut s’y soustraire que si elle a de bonnes raisons de soupçonner une fraude de l’utilisateur lui-même, et elle doit alors communiquer ces raisons par écrit à la Banque de France.

Le même article prévoit des pénalités en cas de retard, que beaucoup de clients ignorent : les sommes dues produisent intérêt au taux légal majoré de cinq points, de dix points au-delà de sept jours de retard, et de quinze points au-delà de trente jours.

Le délai pour agir. L’article L. 133-24 laisse treize mois à compter de la date de débit pour signaler une opération non autorisée. Un débit de 40 euros repéré huit mois plus tard sur un vieux relevé peut donc encore être contesté.

La franchise. En cas de perte ou de vol de la carte, l’article L. 133-19 plafonne à 50 euros ce qui reste à la charge du payeur avant l’opposition. Et surtout, il prévoit que la responsabilité du payeur n’est pas engagée lorsque l’opération a été réalisée par détournement, à son insu, de l’instrument de paiement ou des données qui y sont liées, ni en cas de contrefaçon si la carte était bien en sa possession. C’est exactement le cas d’un numéro de carte volé lors d’une fuite de données.

Quatre points issus des recommandations de l’Observatoire, rarement connus

L’Observatoire a publié treize recommandations sur les modalités de remboursement des opérations frauduleuses. Elles ne sont pas la loi, mais elles servent de référence au superviseur bancaire et peuvent être citées dans une réclamation :

  • Les investigations de la banque doivent être limitées à trente jours, sauf situation exceptionnelle.
  • Un refus de remboursement doit être motivé, accompagné des éléments qui le justifient, et indiquer comment déposer une réclamation.
  • Pour une opération qui n’a pas fait l’objet d’une authentification forte, le remboursement est immédiat, et la négligence du payeur, même grave, ne peut pas fonder un refus.
  • Pour un prélèvement, il existe un droit à remboursement sans condition dans les huit semaines qui suivent le débit, qu’un mandat existe ou non.

La zone grise, et il faut la nommer honnêtement

Quand vous avez validé l’opération vous-même, par authentification forte, même sous la pression d’un faux conseiller, le remboursement n’est pas automatique. La banque dispose d’un jour ouvré pour une première analyse et peut estimer que vous avez consenti. C’est précisément le terrain de la fraude par manipulation, celle qui progresse de 34 % par an. Contester reste possible, et le dossier se gagne sur les preuves : l’enregistrement de l’appel, le numéro affiché, le scénario raconté. D’où l’importance du geste de la dixième minute. Nous ne sommes ni juristes ni conseillers bancaires : en cas de refus, rapprochez-vous du médiateur de votre banque, d’une association de consommateurs ou d’un avocat.


5. Où signaler : trois portes différentes, pour trois situations différentes

La confusion est générale, et elle coûte du temps au pire moment. Signaler n’est pas porter plainte, et porter plainte n’est pas demander un remboursement. Les trois démarches se cumulent.

Perceval, géré par la gendarmerie nationale depuis 2018, sert à signaler des achats frauduleux réalisés sur internet avec votre carte. Trois conditions cumulatives : vous êtes toujours en possession de votre carte, vous n’êtes pas à l’origine des achats, et vous avez déjà fait opposition. La démarche se fait depuis service-public.gouv.fr, avec une identification par FranceConnect, et il faut avoir sous la main le numéro d’opposition, le numéro de carte et les relevés. Un récépissé est délivré à l’issue : il facilite la régularisation auprès de la banque.

Thésée, ouverte en 2022 et gérée par l’Office anti-cybercriminalité de la police nationale, permet de déposer plainte en ligne pour certaines escroqueries. C’est la voie à emprunter notamment lorsque la carte n’est plus en votre possession.

17Cyber, enfin, n’est ni l’un ni l’autre : c’est un service public d’assistance en ligne, gratuit, ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, proposé par la police nationale, la gendarmerie nationale et Cybermalveillance.gouv.fr. Il établit un diagnostic, donne des recommandations adaptées et peut ouvrir un échange par tchat avec un gendarme ou un policier. C’est la bonne porte quand on ne sait pas encore de quoi on est victime.

Pourquoi signaler, même pour 40 euros

L’Observatoire le dit explicitement : il rappelle aux victimes l’utilité de déclarer leurs fraudes sur Perceval ou Thésée, ou à défaut de se rendre au commissariat ou à la gendarmerie, afin que les forces de l’ordre disposent des informations nécessaires au démantèlement des réseaux de fraudeurs. Un signalement isolé ne fait rien. Dix mille signalements dessinent une série, un mode opératoire, un compte de destination. C’est la seule façon dont une petite fraude devient un dossier.


6. Pour les entreprises et les structures d’accueil : trois choses à faire en octobre

Le Mois européen de la cybersécurité, le Cybermois, se tient du 1er au 31 octobre. Piloté en France par Cybermalveillance.gouv.fr, il en est à sa quatorzième édition et sa campagne 2026 s’intitule « Se Cyber Protéger, ce n’est pas si bête ». Le constat qui la fonde est lucide : nous savons tous qu’il faut faire attention, et pourtant les bons réflexes ne sont pas toujours appliqués. Les supports sont gratuits et envoyés aux inscrits le 1er octobre. Une occasion datée, sans budget.

Première action : écrire la procédure avant d’en avoir besoin. Une page, pas davantage. Qui appelle la banque, avec quel numéro, où est rangé le relevé d’identité bancaire, qui prévient le comptable, qui conserve les preuves. Cela vaut pour une entreprise de trois personnes comme pour un CCAS. Le jour où cela arrive, personne n’a la tête à inventer une procédure.

Deuxième action : la règle du changement de coordonnées bancaires. C’est le mode opératoire le plus courant contre les entreprises. Le rapport indique que la police judiciaire a été informée en 2025 de 640 affaires de faux ordre de virement visant des personnes morales, pour un préjudice de 43 millions d’euros, en hausse de 19 % en valeur, et que les outils d’intelligence artificielle, capables de produire des courriels parfaitement falsifiés ou d’imiter la voix d’un dirigeant, pourraient entretenir cette dynamique. La parade tient en une phrase écrite noir sur blanc : tout changement de RIB est vérifié par un appel à un numéro déjà connu, jamais à celui indiqué dans le message.

Troisième action, gratuite et curieusement ignorée : le module 17Cyber. Cybermalveillance.gouv.fr met à disposition un module intégrable sur n’importe quel site internet, qui permet à un visiteur de dérouler le parcours de diagnostic sans quitter la page. Une mairie, une association, un office de tourisme, une TPE peuvent le poser en quelques minutes. Au moment du dernier bilan publié, le dispositif comptait 470 demandes de souscription à ce module, à l’échelle de la France entière. C’est peu. Très peu.

Le point de vigilance pour les accompagnants

Une personne qui vient de se faire avoir arrive rarement en disant « j’ai été victime d’une fraude ». Elle dit qu’elle a un problème avec sa banque, qu’elle a fait une bêtise, ou elle ne dit rien du tout. Le premier travail n’est pas technique, il consiste à retirer la honte de la conversation : la manipulation par faux conseiller réussit sur des gens avertis, y compris jeunes, et elle représente 41,6 % de la fraude. Ensuite seulement viennent les cinq gestes. Le même réflexe vaut pour les arnaques visant les publics fragiles et pour le démarchage téléphonique, interdit sans accord préalable depuis le 11 août 2026 : un appel commercial non consenti est aujourd’hui un signal en soi.


À RETENIR

  • La fraude par manipulation atteint 516 millions d’euros en 2025, en hausse de 34 %, et représente 41,6 % de la fraude aux moyens de paiement : les attaques passent désormais par la personne, plus par la machine.
  • Un peu plus d’une victime d’escroquerie sur dix seulement porte plainte, et les petites sommes ne sont presque jamais déclarées.
  • Cinq gestes, dans l’ordre : opposition et numéro d’opposition, mots de passe, preuves, contestation écrite, signalement.
  • La banque doit rembourser une opération non autorisée au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant le signalement, et vous disposez de treize mois pour contester.
  • Perceval sert à signaler, Thésée à porter plainte, 17Cyber à être orienté : ce ne sont pas les mêmes portes, et elles se cumulent.

Num Compagny accompagne les TPE, les PME et les structures d’accueil sur ces sujets très concrets : écrire une procédure de réaction tenant sur une page, poser une règle de vérification des changements de coordonnées bancaires, intégrer le module d’assistance public sur un site existant, animer une session de sensibilisation pendant le Cybermois. Retrouvez nos formations professionnelles et nos accompagnements sur mesure.

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