Frise chronologique stylisée sur dégradé bleu nuit et turquoise : deux jalons pleins, puis un jalon creux relié par des pointillés

Plans IA de l’État : ce qui existe déjà pour votre TPE

La réponse courte

L’État a présenté deux plans sur l’intelligence artificielle en trois semaines, mais l’essentiel des nouvelles mesures n’entre en application que le 1er janvier 2027. Ce qui existe déjà, et qui est gratuit : le réseau des Ambassadeurs IA, la plateforme publique de cas d’usage et le catalogue d’offreurs sélectionnés. En revanche, le dispositif phare, le Diagnostic Data IA, est réservé aux entreprises de 10 à 2 000 salariés : une TPE de moins de dix personnes n’y a pas droit.

En bref

  • Public visé : dirigeants de TPE et de PME, formateurs et médiateurs numériques, responsables des ressources humaines en petite structure.
  • Enjeu : distinguer ce qui est utilisable aujourd’hui de ce qui n’ouvrira qu’en 2027, pour ne pas attendre une aide à laquelle on n’a pas droit.
  • Chiffre clé : 35 000 entreprises sensibilisées en un an, et 70 diagnostics réellement engagés.
  • Temps de lecture : environ 8 minutes.

1. Deux plans en trois semaines, et une date qui change tout

Le 3 septembre 2026, à Bercy, la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique a réuni les acteurs du plan Osez l’IA pour en tirer le bilan d’un an. Le 22 septembre, à Station F, le ministre du Travail et des Solidarités présentait un second plan, Impulsion IA 2027, doté de 80 millions d’euros et organisé autour de douze mesures.

Deux annonces en trois semaines, sur le même sujet, par deux ministères différents : de quoi donner à un dirigeant de petite entreprise le sentiment qu’il se passe enfin quelque chose. La question utile n’est pourtant pas de savoir si l’État s’occupe du sujet. Elle est beaucoup plus terre à terre : qu’est-ce que je peux utiliser lundi matin, et qu’est-ce qui ne me concerne pas ?

La réponse tient à une date. D’après les éléments rendus publics le 22 septembre, les douze mesures du plan Impulsion IA 2027 entrent en application le 1er janvier 2027. Autrement dit : rien de ce qui a été annoncé ce jour-là n’est disponible cet automne. Ce qui est disponible maintenant relève du plan précédent, lancé le 1er juillet 2025, et se compte sur les doigts d’une main.

Point de vigilance. Le site du ministère du Travail est protégé par un dispositif anti-robot qui nous a empêchés de consulter directement le dossier de presse. Les éléments présentés ici sur Impulsion IA 2027 proviennent de comptes rendus concordants de la présentation du 22 septembre. Avant d’engager une démarche, vérifiez les modalités exactes auprès du ministère ou de votre opérateur de compétences.


2. Le chiffre qui dit tout : 35 000 sensibilisées, 70 diagnostics

Le communiqué de la Direction générale des Entreprises du 3 septembre est un document intéressant, parce qu’il donne ses chiffres sans les arrondir. En un an, le plan Osez l’IA a permis de sensibiliser plus de 35 000 entreprises, grâce à un réseau de 615 Ambassadeurs IA répartis dans 20 régions et collectivités, Outre-mer compris, et couvrant 13 secteurs d’activité. Le catalogue d’offreurs de solutions construit avec Hub France IA référence 88 entreprises. La plateforme Accélérez avec l’IA, ouverte en juin 2026, rassemble 54 cas d’usage.

Et puis il y a cette ligne, plus loin dans le texte : 70 Diagnostics Data IA ont été engagés. Soixante-dix. Quand la nouvelle étape du plan en annonce mille.

Entre savoir que l’IA existe et changer une façon de travailler, il y a un pas que la sensibilisation ne fait pas franchir.

Ce serait une erreur de lire ce chiffre comme un échec de communication publique. Trente-cinq mille entreprises touchées en douze mois, c’est un résultat. Le problème est ailleurs, et il est exactement celui que nous décrivions en août dans notre article sur l’écart qui se creuse entre les entreprises sur l’IA : le blocage n’est ni l’outil, ni le budget, ni même l’information. Il est dans le passage à l’acte. On assiste à une réunion, on trouve cela intéressant, on rentre, et le devis à faire pour jeudi reprend toute la place.

La ministre l’a d’ailleurs formulé elle-même en fixant le cap de l’année à venir : passer de la sensibilisation à l’action. C’est un aveu honnête, et c’est la meilleure grille de lecture pour un dirigeant. Si l’État, avec 615 ambassadeurs et une plateforme nationale, peine à faire franchir ce pas, il est illusoire d’attendre qu’un plan le franchisse à votre place.


3. Ce qui est ouvert aujourd’hui, et ce qui ne vous est pas destiné

Voici l’état des lieux au 23 septembre 2026. La colonne de droite est la plus importante : c’est elle qui dit si vous êtes concerné.

DispositifCe que c’estQui peut en bénéficier
Ambassadeurs IA615 correspondants de terrain, par région et par secteur, dont la liste est publiée en ligne.Toutes tailles. Gratuit.
Accélérez avec l’IAPlateforme publique de 54 cas d’usage concrets et de témoignages de dirigeants.Toutes tailles. Gratuit.
Catalogue d’offreurs88 fournisseurs sélectionnés pour leur ancrage européen et des solutions déployables sans expertise interne.Orienté PME et ETI. Consultation gratuite.
Diagnostic Data IAPrestation de huit jours-hommes, prise en charge à 40 % par France 2030.De 10 à 2 000 salariés uniquement.
Accélérateurs IAAccompagnement individuel sur 18 mois, pris en charge à 46 %.PME et ETI, sur candidature.

Le point à retenir avant tout autre. Le dispositif le plus substantiel du plan, le Diagnostic Data IA, s’adresse aux entreprises de 10 à 2 000 salariés. Or l’objectif affiché par le Gouvernement pour 2030 est d’atteindre 50 % d’adoption chez les TPE. Une entreprise de trois, cinq ou huit personnes, c’est-à-dire l’immense majorité du tissu économique français, n’entre donc pas dans le dispositif principal censé la faire avancer. Ce n’est pas une critique gratuite : c’est une information pratique. Inutile de reporter une décision en attendant un diagnostic auquel vous n’avez pas droit.


4. Ce qui ouvre au 1er janvier 2027

Le plan présenté le 22 septembre affiche un triple objectif : impulser, anticiper et dialoguer. Plusieurs de ses mesures méritent d’être notées dès maintenant, parce qu’elles se préparent.

Une plateforme publique gratuite, Explore IA, confiée à Pix, permettra de tester ses connaissances et de suivre des parcours sur les usages de l’IA, sans prérequis. Pour une petite structure, c’est le seul dispositif annoncé qui ne demande ni dossier, ni seuil d’effectif, ni cofinancement.

Une certification nationale d’État, développée avec l’Afpa et l’Anssi, permettra de faire reconnaître ses compétences et sera éligible au compte personnel de formation. Le CPF doit par ailleurs être réformé pour ériger l’IA en priorité nationale, avec des cofinancements élargis destinés à réduire le reste à charge.

Un dispositif Impulsion IA RH ciblera spécifiquement les TPE et PME, avec des entreprises pilotes dès janvier 2027 et un déploiement plus large annoncé pour mai 2027. Les task forces entreprises animées par France Travail seront mobilisées pour aller au contact des petites structures, avec un kit dédié à l’usage de l’IA dans le recrutement.

Un guide conjoint du ministère du Travail et de la CNIL rappellera, à droit constant, les règles applicables à l’introduction de l’IA dans une organisation. La formule mérite qu’on s’y arrête : à droit constant signifie qu’aucune règle nouvelle n’est créée. Celles qui existent s’appliquent déjà, et c’est précisément ce que nous expliquions à propos du tri des candidatures par l’IA : l’article 22 du RGPD encadre les décisions automatisées depuis 2018. Attendre le guide de 2027 pour s’en préoccuper serait un contresens.

Un chiffre à garder en tête. D’après les éléments présentés le 22 septembre, 21 % seulement des salariés ont bénéficié d’une formation à l’IA financée par leur entreprise. Cela veut dire que dans près de huit cas sur dix, les personnes qui utilisent l’IA au travail ont appris seules, sur un outil qu’elles ont choisi seules, sans que personne ne leur ait dit ce qu’elles avaient le droit d’y saisir.


5. Quatre gestes gratuits, faisables avant la fin de l’année

Aucun de ces quatre gestes ne demande de dossier, de budget, ni d’attendre janvier.

Premier geste : identifier l’Ambassadeur IA de votre région ou de votre secteur. La liste est publique et mise à jour régulièrement. C’est un interlocuteur de terrain, choisi pour sa connaissance pratique du sujet, et non un guichet. Un rendez-vous coûte une heure et ne vous engage à rien.

Deuxième geste : lire deux ou trois cas d’usage de votre secteur sur la plateforme publique, plutôt que de chercher un outil. C’est le renversement le plus utile de tout ce dossier. Presque tous les dirigeants commencent par la question quel logiciel prendre, alors que la seule question qui produit un résultat est quelle tâche me coûte du temps chaque semaine. Les cas d’usage répondent à la seconde.

Troisième geste : demander à vos équipes ce qu’elles utilisent déjà. Compte tenu du chiffre cité plus haut, la probabilité est forte que quelqu’un, chez vous, colle déjà des textes dans un assistant. Ce n’est ni un délit ni une trahison : c’est le signe d’un besoin réel. En revanche, tant que rien n’est écrit, personne ne sait ce qui peut être saisi et ce qui ne doit pas l’être. Une charte d’usage d’une page suffit, et elle se rédige en une matinée.

Quatrième geste : faire l’inventaire de ce que vos outils ont le droit de faire. Une charte dit ce qu’un salarié peut saisir ; elle ne dit rien de ce qu’un outil peut déclencher tout seul. C’est une distinction devenue centrale avec les fonctions automatiques intégrées un peu partout, et nous l’avions détaillée à partir des recommandations de l’Anssi sur les agents IA.

Une bonne nouvelle, quand même. L’adoption de l’IA par les entreprises françaises a triplé en deux ans. Le mouvement est réel, il est rapide, et il ne dépend pas d’un calendrier ministériel. Les entreprises qui avancent ne sont pas celles qui ont trouvé le bon outil : ce sont celles qui ont commencé par une tâche précise et qui ont gardé ce qui marchait.


6. Pourquoi l’annonce ne remplace pas la décision

Il faut se méfier d’un réflexe très répandu et parfaitement compréhensible : reporter une décision parce qu’un dispositif est annoncé. Quand un plan de 80 millions d’euros est présenté au journal télévisé, il est tentant de se dire que l’on verra en janvier.

Or les mesures annoncées sont, pour l’essentiel, des mesures d’acculturation : une plateforme pour tester ses connaissances, une certification, un observatoire rattaché à la Dares, un guide, des outils de dialogue social. Ce sont des instruments utiles, mais ce sont des instruments de second rideau. Aucun d’eux ne viendra regarder, chez vous, quelles tâches vous font perdre du temps.

Le bilan du plan précédent le montre avec une clarté presque brutale : la partie sensibiliser a fonctionné au-delà des attentes, la partie accompagner plafonne à soixante-dix dossiers. L’écart entre les deux n’est pas un problème de moyens. C’est le moment où quelqu’un doit s’asseoir avec le dirigeant, ouvrir son agenda de la semaine, et pointer les trois tâches qui pourraient être allégées. Ce moment-là n’est budgété nulle part, et c’est pourtant le seul qui produise un changement.

À retenir

  • Les douze mesures du plan présenté le 22 septembre n’entrent en application que le 1er janvier 2027 : rien de nouveau n’est disponible cet automne.
  • Bilan d’un an du plan précédent : 35 000 entreprises sensibilisées, 70 diagnostics engagés. Le blocage est le passage à l’acte, pas l’information.
  • Le Diagnostic Data IA est réservé aux entreprises de 10 à 2 000 salariés : une TPE de moins de dix personnes n’y a pas droit et n’a aucune raison d’attendre.
  • Trois ressources sont gratuites et ouvertes aujourd’hui : le réseau des Ambassadeurs IA, la plateforme publique de cas d’usage, le catalogue d’offreurs sélectionnés.
  • 21 % seulement des salariés ont été formés à l’IA par leur employeur : commencez par demander à vos équipes ce qu’elles utilisent déjà.

Num Compagny accompagne les TPE, les PME et les collectivités du Puy-de-Dôme dans leurs usages concrets de l’intelligence artificielle : identification des tâches à alléger, rédaction d’une charte d’usage, choix et paramétrage des outils, formation des équipes. Nos parcours sont détaillés sur la page formation professionnelle.

Publications similaires