28. Ce que coûtent vraiment les intermédiaires
Leboncoin, plateformes de devis, plateformes de missions : chacun affiche un prix, par annonce, par contact, par mois ou en pourcentage. Ce prix ne dit pas ce que vous coûte un client. Ce chapitre, qui clôt la partie V, donne la méthode pour le calculer, les règles des contrats entre professionnels, les pièges des vendeurs de « visibilité » et le moment d’arrêter.
Leboncoin, plateformes de devis, plateformes de missions : chacun affiche un prix, par annonce, par contact, par mois ou en pourcentage. Ce prix ne dit pas ce que vous coûte un client. Ce chapitre, qui clôt la partie V, donne la méthode pour le calculer, les règles des contrats entre professionnels, les pièges des vendeurs de « visibilité » et le moment d’arrêter.
En bref
- Pour qui
- B2C B2B Tous : l’artisan sur une plateforme de devis, le commerce sur une place de marché, le consultant sur une plateforme de missions, et quiconque reçoit une offre d’annuaire.
- Enjeu
- Savoir, avant de signer puis au bout de trois mois, si un intermédiaire vous coûte moins par client que ce que ce client vous laisse.
- Idée clé
- On ne compare pas des prix affichés : on compare un coût par client signé à la marge de ce client.
- Prérequis
- Chapitres 05 (fichier de suivi), 07 (budgets) et 25 à 27.
- Lecture
- Environ 12 minutes (+ 45 minutes d’exercice).
28.1 — Quatre façons de se faire payer
Les intermédiaires de cette partie se rémunèrent selon quatre modèles, parfois deux à la fois, et chacun fait porter sur vous un risque différent.
| Modèle | Vous payez | Le risque | Exemples publiés |
|---|---|---|---|
| Insertion | Chaque annonce, au dépôt | Une annonce qui ne produit rien, en ligne pour une durée limitée | Leboncoin, pro en Services : frais d’insertion à chaque annonce, sans quota gratuit, montant affiché avant validation |
| Contact | Chaque demande transmise ou achetée | Un contact qui ne signe pas, parfois transmis à d’autres pros | Travaux.com : 1 à 99 € HT par contact, dû même sans chantier ; Bark : crédits inutilisés non remboursables |
| Abonnement | Un forfait par période, contacts ou non | Les mois creux ; l’engagement et la reconduction | Habitatpresto : cotisation sur mesure, engagement de 6 ou 12 mois ; StarOfService : de 29 € à 2 990 € selon l’offre, plus 59 € HT par mois de frais de service ; Codeur.com : dès 31,90 € HT par mois |
| Commission | Un pourcentage de chaque facture | Une part prise sur toute la relation, TVA en plus si vous ne la récupérez pas | Malt : 5 à 10 % HT ; Yoojo : 7 % des revenus ; Fiverr : 20 % |
Prix et taux publiés par les plateformes, lus le 20 octobre 2026 et susceptibles de changer ; détails aux chapitres 25 à 27. Les conditions de StarOfService ne précisent ni si l’abonnement est HT ou TTC, ni sa périodicité. Ce chapitre n’a pas de Retour de terrain propre : nous ne payons aucun intermédiaire.
Avec l’insertion et l’abonnement, vous payez avant de savoir si un client viendra. Avec le contact, vous payez l’accès au client, pas le chantier, et chez Travaux.com un chantier peut être « transmis à plusieurs Partenaires » ; chez Habitatpresto, par abonnement, chaque demande va à cinq professionnels. Avec la commission, vous ne payez que si vous facturez, mais longtemps.
28.2 — Du prix affiché au coût d’un client
Trois calculs suffisent, sur une période (trois mois, par exemple), avec vos factures et votre fichier de suivi, si chaque contact y porte son canal d’arrivée (chapitre 05).
Définitions
Coût par contact — les dépenses de la période (abonnement, mise en service, annonces, contacts, options) divisées par le nombre de contacts reçus.
Taux de transformation — les clients signés divisés par les contacts reçus.
Coût d’acquisition d’un client — les dépenses de la période divisées par les clients signés : c’est le chiffre qui compte.
Marge — ce qu’il vous reste d’une vente une fois payés les fournitures, les marchandises et les frais directs ; ce n’est pas le chiffre d’affaires.
Trois ajouts rendent le calcul fiable. La commission se calcule sur le montant HT, TVA sur la commission en plus si vous ne la récupérez pas : chez Malt, 10 % HT deviennent 12 % TTC pour un micro-entrepreneur sans TVA (chapitre 27). Le temps passé à répondre, rappeler, se déplacer pour un devis non signé se compte aussi, en heures ou en euros. La valeur du client, enfin : comparez le coût d’acquisition à la marge de la première vente, puis à celle des suivantes si le client revient ; ce retour reste une hypothèse tant que votre fichier ne l’a pas montré.
28.3 — Contrats entre professionnels et vendeurs de visibilité
Un abonnement à une plateforme se signe en professionnel, ce qui change vos protections. Pour un consommateur, le professionnel doit rappeler la date limite pour refuser la reconduction d’un contrat tacitement reconductible « au plus tôt trois mois avant, et au plus tard 1 mois avant » cette date ; à défaut, le consommateur peut résilier gratuitement (article L215-1 du code de la consommation, cité par la DGCCRF). Ce sont les règles dites « loi Chatel » ; l’article L215-3 les étend aux non-professionnels. Aucune source officielle consultée ne les étend à l’entreprise qui signe pour son activité : entre professionnels, le contrat fait la loi.
Notez donc, dès la signature, les clauses de sortie relevées au chapitre 26 : durée d’engagement, reconduction, préavis, forme de la résiliation, pénalité de sortie anticipée.
Le délai de rétractation de 14 jours ne joue entre professionnels que dans un cas étroit. Selon la DGCCRF, il vaut pour un contrat conclu hors établissement, par exemple dans vos locaux lors de la visite d’un commercial, dont l’objet n’entre pas dans votre activité principale, si vous employez 5 salariés ou moins (article L221-3 du code de la consommation). Il est prolongé de 12 mois si l’information sur ce droit manque, et aucun paiement ne peut être exigé avant 7 jours, sauf exceptions. Mais « ne sont pas concernés : les ventes en ligne ; les ventes à distance par téléphone ; les ventes en foires et salons » : un abonnement souscrit sur le site d’une plateforme n’ouvre pas ce droit. Une autre fiche de la DGCCRF, sur les annuaires, écrit « moins de 5 salariés » ; celle qui traite de ce droit reprend le texte : « inférieur ou égal à cinq ».
Les vendeurs d’annuaires et de « visibilité » visent, selon la DGCCRF, « les professionnels nouvellement enregistrés », les artisans et les TPE, de trois façons : une offre réelle mais inutile ; un bon de commande signé après un appel vantant une « offre exceptionnelle à saisir » ; un courrier qui imite une facture ou un document officiel, par exemple du « RSI, RCS, INPI, Info-Siret ». Le coût « peut s’élever à plusieurs milliers d’euros », pour une visibilité « nulle ou peu s’en faut ». Inclure dans un support publicitaire une facture ou un document similaire demandant paiement est une pratique commerciale réputée trompeuse, y compris envers un professionnel, punie de 2 ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende. Au téléphone, l’interdiction du 11 août 2026 protège les consommateurs ; entre professionnels, l’appel reste permis, mais vous pouvez vous y opposer (chapitres 06 et 12).
Piège classique
Le courrier qui ressemble à une facture. Une « facture » d’inscription à un registre ou à un annuaire jamais commandé arrive ; les entreprises récentes sont particulièrement visées. Ne payez pas : vérifiez qui l’émet, ne signez aucun bon de commande dans la foulée d’un appel, et signalez-le sur SignalConso. Si vous avez signé, la DGCCRF indique d’écrire en recommandé avec accusé de réception, puis de saisir la direction départementale chargée de la protection des populations (DDPP ou DDETSPP), et de porter plainte pour escroquerie si la société est à l’étranger.
Attention
Cette section résume des fiches de la DGCCRF (contrats, contrats hors établissement, annuaires) et de service-public (reconduction tacite) ; ce n’est pas un conseil juridique. Avant de signer ou de contester, relisez-les sur economie.gouv.fr et service-public.fr, et faites vérifier votre cas par un professionnel du droit.
28.4 — Garder la relation, et savoir arrêter
Un intermédiaire vous prête un client ; votre fichier le garde. Chaque demande reçue devient une ligne, avec le nom de la plateforme comme canal (chapitre 05), et « Comment m’avez-vous trouvé ? » révèle les réponses en deux temps : « un voisin m’a parlé de vous, puis je vous ai trouvé sur la plateforme ». Une fois l’échange engagé, notez les coordonnées du client chez vous, dans les règles du chapitre 06 : la messagerie d’une plateforme ne vous appartient pas (voir le Retour de terrain du chapitre 25). Garder la relation n’est pas contourner : les clauses du chapitre 27 continuent de s’appliquer à la facturation.
Savoir arrêter se décide avant de commencer. Fixez par écrit, avant de signer, un seuil de coût par client au-delà duquel vous arrêtez, par exemple la marge d’une première vente, et notez la date limite de résiliation. Au bout de trois mois :
- Rassemblez les dépenses de la période, toutes factures de l’intermédiaire comprises, TVA incluse si vous ne la récupérez pas.
- Comptez dans votre fichier, filtré sur le canal de l’intermédiaire, les contacts reçus et les clients signés.
- Calculez le coût par contact, le taux de transformation et le coût par client, puis ajoutez le temps passé.
- Comparez au seuil. En dessous, gardez ; au-dessus, faites un seul changement (zone, type de demande, option) pour trois mois, ou arrêtez avant la prochaine échéance.
- Notez la décision et sa date dans votre fichier.
La même méthode servira pour la publicité payante (chapitre 34).
Exercice 28.1 — Le coût d’un client, pour un intermédiaire réel ou envisagé 45 min
Objectif : savoir ce que vous coûte, ou coûterait, un client signé par un intermédiaire, et fixer votre seuil d’arrêt.
- Choisissez un intermédiaire utilisé ou envisagé ; recopiez dans la fiche-outil F15 son modèle, ses prix publiés et leur date, son engagement et ses clauses de sortie.
- En place : relevez sur trois mois dépenses, contacts et clients signés. Envisagé : écrivez vos hypothèses (contacts par mois, taux de transformation), marquées comme telles.
- Calculez coût par contact, taux de transformation et coût par client, temps compris.
- Estimez la marge d’une vente type et fixez votre seuil d’arrêt.
- Inscrivez dans votre agenda la date du bilan et la date limite de résiliation.
Résultat attendu : une fiche F15 remplie, un coût par client mesuré ou supposé, un seuil écrit, deux dates.
Corrigé — Fournol Thermique. Mathieu Fournol, notre plombier-chauffagiste fictif de Champeix, envisage, après le bilan de ses 90 jours (chapitre 07), une plateforme de devis facturée au contact pour remplir le creux de mai à août avec des entretiens de chaudière. Hors les prix publiés et son budget de 1 200 € par an (compté ici hors taxes), tous les chiffres qui suivent sont des hypothèses de l’exemple, à remplacer par les vôtres.
| Élément | Valeur | Origine |
|---|---|---|
| Prix d’un contact | 25 € HT | Hypothèse, dans la fourchette de Travaux.com (1 à 99 € HT selon le projet et la zone) |
| Contacts reçus | 16 (4 par mois, de mai à août) | Hypothèse |
| Dépenses | 400 € HT, le tiers de son budget annuel | 16 × 25 € |
| Clients signés | 4, soit 25 % de transformation | Hypothèse |
| Coût par client | 100 € HT | 400 € ÷ 4 |
| Marge d’un entretien | 70 € HT | Hypothèse |
| Temps passé | 5 h 20, à 20 minutes par contact | Hypothèse |
Avant de signer, Mathieu fixe son seuil à 70 € HT par client, la marge d’un entretien, puisque rien ne prouve encore que ces clients reviendront. Avec ces hypothèses, le coût par client, 100 € HT, dépasse le seuil : chaque premier entretien lui coûterait 30 € de plus qu’il ne lui laisse, sans compter 5 h 20 prises sur ses deux heures par semaine. Si ces clients lui confiaient l’entretien suivant, autre hypothèse, deux marges feraient 140 €, au-dessus des 100 € ; seul son fichier le dira. Si le bilan de fin août confirme ces chiffres, il arrête, ou tente un seul changement (une zone resserrée). Pour comparer, les seuls frais de service de StarOfService, 59 € HT par mois, font 708 € HT par an, soit 59 % de son budget, avant même l’abonnement.
Autre cas — L’Épicerie des Estives. Léa Morand, notre épicière fictive de Besse-et-Saint-Anastaise, envisage, après le bilan de ses 90 jours (chapitre 07), de vendre ses coffrets sur une place de marché en ligne. Hypothèses de l’exemple, sans plateforme précise : une commission de 15 % HT sur le prix de vente, un coffret vendu 35 € HT, une marge de 12 € HT. La commission fait 5,25 € HT par coffret ; il lui reste 6,75 € HT. Prise sur le prix, elle absorbe près de 44 % de la marge : c’est ce chiffre, et non les 15 % affichés, que Léa met en balance avec ses e-mails aux entreprises (chapitre 30), qui ne lui coûtent que du temps.
À retenir
- Insertion, contact, abonnement, commission : chaque modèle fait porter un risque différent, et avec les trois premiers vous payez avant de savoir si vous signerez.
- Le chiffre qui compte est le coût par client signé, TVA non récupérée et temps compris, comparé à la marge de ce client et non à son chiffre d’affaires.
- Entre professionnels, pas de règles de reconduction des consommateurs, et la rétractation de 14 jours ne vaut que hors établissement, pour un objet hors de votre activité principale, à 5 salariés ou moins, jamais en ligne ni au téléphone.
- Une « facture » d’annuaire jamais commandée ne se paie pas : elle se vérifie et se signale sur SignalConso.
- Fixez votre seuil de coût par client avant de signer, notez la date limite de résiliation, et faites le bilan au bout de trois mois.

