LEÇON

27. Les plateformes de missions pour indépendants B2B

Après les plateformes de devis des artisans (chapitre 26), voici leur équivalent pour les prestataires intellectuels : des sites où des entreprises choisissent un indépendant sur son profil. Ce chapitre dit ce qu’elles prennent en octobre 2026, ce qu’elles interdisent, comment y créer un profil en une heure, et comment décider si l’une d’elles mérite une place à côté de vos deux canaux.

Après les plateformes de devis des artisans (chapitre 26), voici leur équivalent pour les prestataires intellectuels : des sites où des entreprises choisissent un indépendant sur son profil. Ce chapitre dit ce qu’elles prennent en octobre 2026, ce qu’elles interdisent, comment y créer un profil en une heure, et comment décider si l’une d’elles mérite une place à côté de vos deux canaux.

En bref

Pour qui
B2B Consultants, formateurs, développeurs, graphistes, prestataires intellectuels. Peu utile à un artisan ou à un commerce qui vend aux particuliers.
Enjeu
Obtenir des missions d’entreprises qui ne vous connaissent pas, sans céder trop sur chaque facture ni signer des clauses mal lues.
Idée clé
Une plateforme de missions vous prête des clients contre une part de chaque facture et des règles : lisez-les, et faites le calcul, avant la première mission.
Prérequis
Chapitres 04 (phrase de base), 05 (fichier de suivi), 07 (deux canaux) et 20 (profil LinkedIn).
Lecture
Environ 11 minutes (+ 40 minutes d’exercice).

27.1 — Trois façons de travailler avec un indépendant

Une plateforme de missions met en relation des entreprises et des indépendants pour un travail ponctuel ou suivi : un audit, une formation, un développement, quelques jours de conseil par mois. Elle en fixe les règles et se rémunère.

Définitions

Freelance — mot anglais employé sur ces sites pour l’indépendant qui vend ses services à la mission, quel que soit son statut.

Frais de service — la part, en pourcentage, que la plateforme retient sur ce que vous facturez ; on dit aussi commission.

Clause de non-sollicitation — l’engagement de ne pas travailler en direct, sans l’intermédiaire, avec un client rencontré grâce à lui, pendant une durée fixée.

Les conditions publiées montrent trois modèles. Le plus fréquent parmi les plateformes lues : la plateforme prélève des frais de service sur chaque mission (Malt, Fiverr, Upwork), parfois en plus d’un abonnement (Codeur.com). Deuxième modèle : elle contracte elle-même avec le client et vous rémunère comme sous-traitant (Crème de la Crème). Troisième : elle est gratuite pour l’indépendant et se fait payer par les entreprises clientes (Freelance-informatique).

Ce chapitre n’a pas de Retour de terrain : nous ne trouvons pas nos clients par ces plateformes. Tout ce qui suit vient de leurs conditions et pages d’aide, lues le 20 octobre 2026 ; aucun chiffre d’audience ni de réussite, faute de chiffre vérifié.

27.2 — Ce qu’elles prennent, en octobre 2026

PlateformeCe que paie l’indépendantÀ savoir
MaltFrais de service de 5 à 10 % HT selon les cas ; 2 % pour un client que vous invitezPaiement sous 10 jours après la fin de mission validée (projets éligibles)
Codeur.comAbonnement à partir de 31,90 € HT par mois ; 4 % (5 € HT au minimum) sur projet attribuéAbonnement reconduit tous les 30 jours ; gratuit pour le client
Crème de la CrèmeMarge non publiée : elle contracte avec le client et vous verse chaque mois la rémunération du bon de commande« Paiements en 48h » annoncés ; non-sollicitation (section 27.3)
Freelance-informatiqueRien : « entièrement gratuite pour les freelances »Se rémunère auprès des entreprises clientes
CometCommission non publiée dans les pages luesPaiement en fin de mois
UpworkFrais de 0 à 15 % sur les contrats standard, plus des « Connects » à 0,15 dollar piècePages en anglais, prix en dollars
Fiverr20 % : l’indépendant reçoit 80 % du paiement du clientVersement après 14 jours d’attente

Taux et prix affichés par les plateformes, lus le 20 octobre 2026 et susceptibles de changer ; HT quand la plateforme le précise, ce que ne font ni Upwork ni Fiverr. Les pages consultées de Comet, d’Upwork et de Fiverr sont en anglais.

Malt : deux pages, deux réponses. Son aide du 6 août 2026 annonce 5 % HT, et 10 % HT pour certains projets en France, en Espagne et en Belgique, ramenés à 5 % HT après six mois. Celle du 17 juin 2026 indique 10 % HT pour une première mission, 5 % après six mois, 2 % quand le freelance invite son client. Retenez une fourchette de 5 à 10 % HT, et lisez le taux affiché pour votre mission. Un micro-entrepreneur sans TVA paie en plus la TVA sur ces frais sans la récupérer : selon Malt, « les 10 % HT deviennent 12 % TTC », puis 6 % TTC. Le client paie aussi ses propres frais, 5 %, 9 % ou sur mesure selon son offre.

Le paiement. Chez Malt, la facture est émise au nom du freelance, les fonds du client sont prépayés et placés sous séquestre (conservés par un tiers), et le freelance est « payé sous 10 jours après la validation de la fin de mission » pour les projets éligibles ; sinon, il attend les délais du client. En direct, vos factures suivent les délais légaux entre professionnels : 30 jours à défaut d’accord, au plus « soixante jours nets après la date d’émission de la facture » (ou 45 jours fin de mois), avec une indemnité de 40 € en cas de retard (article L441-10 du code de commerce, selon la DGCCRF).

Upwork et Fiverr, internationales, dont nous n’avons lu que les pages en anglais, aux prix en dollars, nous semblent peu adaptées à une TPE qui vend en français à des entreprises de sa région ; un service rendu entièrement à distance peut s’y essayer.

27.3 — Ce qu’elles interdisent : traiter sans elles

Chez Malt (article 7.1 des conditions générales en vigueur depuis le 16 avril 2026), un client qui contracte avec le freelance hors de la plateforme « dans les douze (12) mois suivant la mise en relation » doit « une indemnité forfaitaire de dix mille (10.000) euros », sauf embauche en CDI à temps plein. Aucune pénalité n’y est chiffrée pour le freelance, mais Malt peut « suspendre ou fermer, sans préavis, le Compte » d’un utilisateur qui manque à ses règles. Chez Crème de la Crème, la contrainte pèse sur l’indépendant : non-sollicitation pendant le contrat et « 12 (douze) mois » après, sous peine d’une indemnité de 15 % HT du prix des prestations.

Pour un client récurrent, la commission se paie donc sur chaque facture : deux jours par mois pendant un an, ce sont douze factures et douze fois des frais. Un client que vous amenez vous-même n’a rien à faire sur la plateforme, sauf si son paiement encadré vous intéresse : c’est le sens des 2 % de Malt pour un client invité.

Piège classique

« Et si l’on continuait en direct ? Ce serait moins cher pour nous deux. » Pendant la période prévue, l’accepter exposerait votre client à l’indemnité de Malt, ou vous exposerait à celle de Crème de la Crème ; et Malt peut suspendre un compte qui manque à ses règles. Si un client récurrent veut sortir, relisez la clause, notez sa date de fin dans votre fichier, facturez par la plateforme jusque-là et, en cas de doute, interrogez la plateforme.

27.4 — Un profil qui donne envie d’écrire, en une heure

Malt dit classer les profils selon les exigences du client, le profil, l’activité du freelance et ses avis. Le client, lui, lit comme le dirigeant qui découvre votre profil LinkedIn (chapitre 20) : il compare quelques profils et cherche quelqu’un qui a déjà réglé son problème. Reprenez vos textes, adaptez-les :

  1. Lisez les conditions (10 minutes). Taux de frais applicable, délai de paiement, clause de contournement ou de non-sollicitation, motifs de suspension, abonnement et reconduction : notez-les dans la fiche-outil F15.
  2. Écrivez le titre (10 minutes). Votre phrase de base (chapitre 04) : ce que vous faites, dans les mots du client, pour qui, où ; ajoutez « et à distance » si c’est le cas.
  3. Rédigez la présentation (15 minutes). Le problème que vous réglez, le déroulé et la durée d’une mission type, ce que vous ne faites pas ; aucun superlatif.
  4. Ajoutez vos preuves (10 minutes). Réalisations décrites par le résultat obtenu, sans nommer un client qui ne l’a pas accepté ; diplômes ou habilitations si votre métier en demande.
  5. Fixez le tarif et la zone (5 minutes). Le client compare le tarif affiché ; calculez à part ce qu’il vous en reste (section 27.2). Indiquez vos bassins et le distanciel.
  6. Branchez votre fichier (10 minutes). Ajoutez la plateforme aux canaux de votre fichier de suivi (chapitre 05) : chaque demande devient une ligne, avec une prochaine action datée.

Ensuite, restez actif et répondez vite : Malt compte l’activité du freelance dans son classement. Ne promettez que ce que vous livrerez.

27.5 — Plateforme ou pas : trois questions

Au chapitre 07, les plateformes de missions sont classées « Utile » pour un prestataire B2B, pas « Prioritaire ». Avant d’en ajouter une à vos deux canaux :

1. Vos clients y cherchent-ils votre métier ? Faites la recherche du client, métier et zone, et regardez ce qui sort. Si votre cible n’y passe pas, la plateforme ne vous l’amènera pas ; aucun chiffre vérifié ne permet de le savoir à votre place.

2. Ce qui vous reste suffit-il ? Montant HT d’une mission type, moins les frais au taux publié, TVA comprise si vous ne la récupérez pas, moins l’abonnement éventuel ; puis le même calcul sur un an pour un client récurrent (chapitre 28).

3. Avez-vous le temps ? Répondre aux demandes se prend sur vos heures de prospection. Si ce temps manque à vos deux canaux, attendez le bilan de vos 90 jours (chapitre 07).

Attention

La directive (UE) 2024/2831 sur le travail via une plateforme doit être transposée, c’est-à-dire reprise dans le droit français, au plus tard le 2 décembre 2026. Elle vise les « plateformes de travail numérique » qui remplissent toutes ses conditions, dont l’organisation du travail des personnes comme élément « nécessaire et essentiel » et l’usage de systèmes automatisés de surveillance ou de décision. Elle présume une relation de travail seulement quand des faits témoignent d’une direction et d’un contrôle, et cette présomption peut être renversée : elle vise d’abord les faux indépendants, pas chaque freelance. Dans une réponse publiée le 21 juillet 2026, le Gouvernement se disait « pleinement engagé dans sa transposition ». Rien ne permet de dire si Malt, Codeur.com ou une autre plateforme de missions en relève : n’en tirez aucune conclusion pour votre statut. Ce n’est pas un conseil juridique : lisez le texte sur EUR-Lex, suivez sa transposition sur les sites officiels, et faites vérifier votre situation par un professionnel du droit.

Exercice 27.1 — Plateforme ou pas, chiffres en main 40 min

Objectif : décider si une plateforme de missions mérite une heure de profil, et savoir ce que vous coûterait une mission.

  1. Choisissez deux plateformes qui publient des missions de votre métier ; faites-y la recherche d’un client.
  2. Relevez pour chacune dans la fiche-outil F15 : modèle, taux ou prix publiés et leur date, délai de paiement, clause de contournement ou de non-sollicitation.
  3. Calculez ce qui vous reste d’une mission type, puis les frais d’un client récurrent sur un an.
  4. Répondez aux trois questions de la section 27.5.
  5. Décidez (« maintenant », « après le bilan des 90 jours » ou « non ») et notez la décision datée dans votre fichier.

Résultat attendu : une fiche par plateforme, deux calculs, une décision datée.

Corrigé — Bardet Conseil RH. Inès Bardet, notre consultante RH fictive de Thiers, facture 550 € HT la journée. Hypothèse de l’exemple : après le bilan de ses 90 jours (chapitre 07), elle étudie Malt, et nous supposons que sa société récupère la TVA. À 5 % HT, une journée lui laisse 522,50 € HT (27,50 € de frais) ; à 10 % HT, taux d’une première mission selon l’aide de juin, 495 € HT (55 € de frais). Pour un client récurrent à deux jours par mois, son rythme habituel, soit 1 100 € HT mensuels, les frais de la première année iraient de 660 € HT (5 % toute l’année) à 990 € HT (10 % les six premiers mois, puis 5 %), et, pour continuer avec elle pendant les douze mois suivant la mise en relation, ce client devrait passer par Malt. Trouvé par LinkedIn, il ne lui coûterait que du temps, son compte étant gratuit (chapitre 21). Reste la première question, à laquelle seule sa recherche répondra : les dirigeants de PME de Thiers, d’Ambert et de Vichy cherchent-ils leur RH sur Malt ?

Sa décision, dans notre exemple : un profil créé en une heure à partir de son titre et de ses Infos LinkedIn (chapitre 20), avec ses trois bassins et le distanciel ; un quart d’heure par semaine pris sur ses quatre heures ; LinkedIn et l’e-mail restent ses deux canaux. Rien n’est pris sur ses 200 € mensuels, les frais ne s’appliquant qu’aux missions facturées. Bilan dans trois mois, avec la méthode du chapitre 28.

À retenir

  • Une plateforme de missions vous apporte des clients qui ne vous connaissaient pas, contre une part de chaque facture et des règles acceptées à l’inscription.
  • En octobre 2026, Malt annonce de 5 à 10 % HT de frais (2 % pour un client invité), Codeur.com un abonnement et 4 % sur projet attribué, Freelance-informatique la gratuité ; lisez le taux de votre propre mission.
  • Sans TVA récupérable, la commission coûte davantage : chez Malt, 10 % HT deviennent 12 % TTC.
  • Chez Malt comme chez Crème de la Crème, travailler en direct avec un client apporté par la plateforme coûte une indemnité pendant douze mois (après la mise en relation chez Malt, après la fin du contrat chez Crème de la Crème) : comptez la commission sur toute la relation.
  • Avant d’ajouter une plateforme à vos deux canaux, vérifiez que vos clients y cherchent votre métier, que ce qui vous reste suffit et que vous avez le temps d’y répondre.