32. Relancer sans harceler : les séquences
C’est après la proposition que presque tout se perd (voir le Retour de terrain du chapitre 15). Ce chapitre organise la suite du premier message : ce que permet le droit, une séquence de trois messages, le « pas maintenant » devenu rendez-vous, et une revue hebdomadaire de quinze minutes.
C’est après la proposition que presque tout se perd (voir le Retour de terrain du chapitre 15). Ce chapitre organise la suite du premier message : ce que permet le droit, une séquence de trois messages, le « pas maintenant » devenu rendez-vous, et une revue hebdomadaire de quinze minutes.
En bref
- Pour qui
- B2C B2B Tous les canaux « aller vers » ; surtout ceux qui remettent des propositions ou des devis, et ceux qui écrivent à des professionnels.
- Enjeu
- Ne plus perdre par oubli les contacts déjà obtenus, sans devenir l’expéditeur qu’on signale comme indésirable.
- Idée clé
- Une relance n’est pas un rappel à l’ordre : elle apporte quelque chose, ou elle ferme la porte poliment.
- Prérequis
- Chapitres 05 (fichier de suivi), 06 (cadre légal), 29 et 30 (premiers messages).
- Lecture
- Environ 12 minutes (+ 30 minutes d’exercice).
32.1 — Ce que dit le droit : aucun plafond, deux exigences
Aucune loi ne fixe un nombre maximal de relances par e-mail : ni l’article L34-5 du code des postes et des communications électroniques, ni les pages de la CNIL ou d’Entreprendre.Service-Public consultées en octobre 2026 n’en prévoient. Le seul plafond chiffré concerne le téléphone vers les particuliers : quatre appels ou tentatives sur trente jours glissants (chapitre 31).
Chaque relance est pourtant un nouveau message de prospection, soumis aux règles du premier (chapitre 06) : le consentement du particulier, ou sa qualité de client pour un service similaire ; un lien avec le métier du professionnel. Dans tous les cas, elle dit qui l’envoie et offre un moyen gratuit de refuser.
Une opposition se respecte tout de suite. Le RGPD permet de s’opposer « à tout moment » à la prospection, après quoi les données ne sont plus traitées à cette fin. Le délai d’un mois prévu pour répondre aux demandes est un maximum de réponse, pas un délai pour continuer d’écrire ; Gmail demande d’ailleurs aux expéditeurs de traiter un désabonnement sous 48 heures, Yahoo sous deux jours. Le refus rejoint votre liste des refus (la « liste repoussoir » de la CNIL, qui recommande de la garder au moins trois ans ; elle ne sert qu’à cela).
Deux limites encore. L’une est technique : Gmail et Yahoo demandent de rester sous 0,3 % de messages signalés comme indésirables (chapitre 30) ; une relance de trop peut devenir un signalement. L’autre tient à la durée : le référentiel de la CNIL recommande de ne pas garder les données d’un prospect plus de trois ans après leur collecte ou son dernier contact. Ni vos relances ni ses ouvertures ne remettent ce compteur à zéro ; sa réponse ou son clic sur un lien, si.
32.2 — Relancer selon les réponses, pas selon les ouvertures
Définition
Pixel de suivi — image invisible insérée dans un e-mail, qui informe l’expéditeur que le message a été ouvert.
Relancer celui qui a ouvert trois fois votre proposition est tentant ; c’est précisément l’usage que la CNIL encadre. Sa recommandation sur les pixels de suivi, adoptée le 12 mars 2026 et publiée le 14 avril 2026, soumet au consentement l’analyse des ouvertures pour mesurer et optimiser des envois, y compris pour adapter la fréquence ou le canal. Elle vaut quel que soit le destinataire : ce consentement peut être nécessaire même pour une prospection entre professionnels, et un e-mail envoyé légalement sans consentement n’en dispense pas ses pixels. L’exemption est étroite et ne vise que les personnes inactives : adapter la fréquence des envois ou cesser de leur écrire, en principe sur la seule date de dernière ouverture, à la journée ; un pixel qui relève l’heure en sort.
L’alternative est simple et sûre : relancez à date fixe, notée dans votre fichier, ou selon les réponses. Et regardez ce que la personne a fait plutôt que ce qu’elle a ouvert : une fiche corrigée, un site modifié (voir le Retour de terrain du chapitre 05).
32.3 — La séquence en trois messages
Voici la séquence que nous conseillons : une méthode, pas une règle. Trois messages, sur le canal du premier, chacun avec une fonction.
| Message | Quand (notre conseil) | Ce qu’il contient | Ce qu’il demande |
|---|---|---|---|
| 1. Le premier message | Jour J | Le contexte, une phrase utile pour lui, qui vous êtes (chapitres 29 et 30) | Une seule question facile |
| 2. La relance utile | Environ une semaine plus tard | Quelque chose de neuf : une fiche pratique, une réponse, un constat vérifié | Une question à laquelle on répond par oui |
| 3. Le message de clôture | Une à deux semaines après | Vous n’écrirez plus ; la porte reste ouverte | Rien, ou un « plus tard » daté |
La relance utile est le cœur de la séquence. « Je me permets de revenir vers vous » ne donne aucune raison de répondre ; un document, une information ou une réponse à sa question en donnent une. Exemple avec L’Épicerie des Estives, notre épicerie fine fictive de Besse-et-Saint-Anastaise, qui propose des coffrets de fin d’année aux entreprises :
À éviter
« Bonjour, je me permets de relancer mon e-mail sur nos coffrets de fin d’année. Avez-vous eu le temps d’y réfléchir ? »
À faire
« Bonjour Madame [Nom], suite à mon message sur les cadeaux de fin d’année de vos salariés : je peux vous faire goûter nos coffrets à l’épicerie, à Besse, en novembre. Je vous réserve un moment ? Léa Morand, L’Épicerie des Estives. Un simple “non” suffit pour ne plus recevoir mes messages. »
Retour de terrain
En septembre 2026, notre message LinkedIn du septième jour, qui proposait des fiches pratiques à diffuser, a reçu une réponse quinze minutes plus tard d’une interlocutrice d’une structure de coordination des soins : « Pourquoi pas oui avec plaisir pour les fiches ». Elle ajoutait, à juste titre, que les professionnels de santé ne s’en serviraient sans doute pas, mais les services sociaux, les aides à domicile et les coordinatrices de parcours. Deux minutes plus tard, nous avons reconnu l’erreur de ciblage et demandé à quelle adresse envoyer les fiches. La leçon : une relance qui apporte quelque chose d’utile, avec une question à laquelle on répond par oui, peut rouvrir une conversation que le premier message n’avait pas ouverte ; et la réponse vous dit souvent à qui vous auriez dû écrire.
Le canal. Restez sur celui du premier message, et n’en changez que si la personne l’a ouvert elle-même : elle vous a écrit sur LinkedIn, proposé un appel. Vers un particulier, un numéro donné ne vaut pas accord : pas d’appel de prospection sans accord préalable, sauf contrat en cours (chapitre 31). Vers une mairie, le chapitre 23 conseille un envoi et une relance au plus.
Après le troisième message, sans réponse, la ligne passe en « Perdu », raison « sans réponse » (chapitre 05). C’est ce qui vous empêche de lui écrire une quatrième fois par habitude.
Le « pas maintenant » n’est ni un refus ni un silence. Notez la date donnée, ou demandez-la (« Je reviens vers vous en janvier ? »), passez la ligne en « À relancer », prochaine action à cette date. À l’échéance, votre message reprend sa phrase : « Vous m’aviez dit de revenir vers vous en janvier. »
Retour de terrain
Mi-août 2026, un dirigeant du secteur de l’aide à domicile, bien introduit dans une fédération professionnelle, a répondu à notre séquence de messages LinkedIn commencée deux semaines plus tôt : trop occupé, « recontactez-moi mi-septembre ». Nous l’avons recontacté le 9 septembre, le rendez-vous a été calé pour le 15, et ce jour-là, en visio, il nous a demandé une plaquette sur l’accompagnement numérique à relayer auprès des structures adhérentes. Elle est partie l’après-midi même. La leçon : un « pas maintenant » assorti d’une date est un rendez-vous différé ; notez la date dans votre fichier, recontactez à l’échéance qu’il a fixée, et livrez le jour même ce qu’il demande.
32.4 — Le fichier, moteur des relances
Une relance ne part que si elle est écrite : dans le fichier du chapitre 05, chaque ligne ouverte porte une prochaine action datée (colonne 7). Le chapitre 05 le prévoit : la prochaine action dit aussi qui doit agir. « Attendre sa réponse » et « envoyer le relevé promis » ne se traitent pas de la même façon, et la seconde passe toujours avant.
Retour de terrain
Mi-octobre 2026, en recoupant nos comptes rendus de prospection de juillet à octobre avec notre fichier de suivi, nous avons compté 16 dossiers dont la prochaine action nous revenait, à nous et non au prospect, et 9 prospects qualifiés ou à qualifier qui ne figuraient même pas dans le fichier. Deux semaines plus tôt, nous avions découvert que deux relevés préparés pour des professionnels n’étaient jamais partis, dont un promis publiquement pour la « fin de semaine prochaine ». La leçon : avant de chercher comment relancer un prospect silencieux, vérifiez que ce n’est pas lui qui vous attend ; tout contact sérieux entre dans le fichier le jour même, avec sa prochaine action datée, et chaque envoi annoncé se vérifie dans la messagerie.
D’où une revue fixe, le même jour chaque semaine (fiche-outil F19) :
- Filtrez (2 minutes). Colonne 7 : les actions dont la date est passée ou tombe aujourd’hui.
- Faites d’abord ce que vous devez (4 minutes). Envois promis, réponses dues, documents annoncés ; vérifiez dans votre messagerie qu’ils sont vraiment partis.
- Relisez chaque fil (3 minutes). Messagerie, e-mails, invitations par message (chapitre 15) et ce que la personne a changé depuis : on ne relance pas quelqu’un qui a déjà répondu.
- Envoyez les relances du jour (4 minutes). Une par une, chacune avec son apport, sa question et sa phrase de sortie.
- Mettez à jour (2 minutes). Statut, prochaine action datée, et dernier échange s’il vient de la personne ; un refus va dans la liste des refus, une clôture sans réponse en « Perdu ».
Les logiciels qui envoient eux-mêmes les relances posent la question des pixels et des règles des plateformes (chapitres 38 et 40), et aucune page consultée de la CNIL ne les nomme. Pour quelques relances par semaine, le fichier et l’agenda suffisent.
Attention
Ce chapitre résume des sources officielles consultées en octobre 2026 ; ce n’est pas un conseil juridique, et ces règles évoluent. Ses modèles de messages sont indicatifs, sans valeur de conseil juridique. Consultez sur le site de la CNIL ses pages sur la prospection par courrier électronique, le droit d’opposition et les pixels de suivi (recommandation et foire aux questions), ainsi qu’Entreprendre.Service-Public ; pour le téléphone, les fiches de la DGCCRF (chapitre 31). Pour un cas particulier, consultez un professionnel du droit.
Exercice 32.1 — Votre séquence en trois messages 30 min
Objectif : transformer un contact resté sans réponse en deux messages datés, dans les règles.
- Choisissez dans votre fichier un contact sans réponse depuis plus d’une semaine, après avoir vérifié que vous ne lui devez rien.
- Relisez le fil et votre premier message ; notez ce qui a pu changer de son côté.
- Écrivez la relance utile : un apport, une question à laquelle on répond par oui, votre identité, la phrase de sortie.
- Écrivez le message de clôture, avec la même phrase de sortie.
- Inscrivez les deux dates dans la colonne 7 ; sans consentement, désactivez le suivi des ouvertures.
Résultat attendu : deux messages prêts, deux dates dans le fichier, une phrase de sortie identique dans les trois messages.
Corrigé — Bardet Conseil RH. Inès Bardet, notre consultante RH fictive de Thiers, a écrit le lundi 2 novembre, à l’adresse générique publiée sur le site de l’entreprise, au dirigeant d’une PME industrielle du bassin d’Ambert repérée dans les données publiques (chapitre 22) ; pas de réponse. Elle vérifie qu’elle ne lui doit rien, puis prépare la suite (modèles indicatifs, sans valeur de conseil juridique).
Lundi 9 novembre, la relance utile : « Bonjour Monsieur [Nom], je vous ai écrit la semaine dernière au sujet de l’accueil de vos nouveaux salariés. J’ai préparé une fiche d’une page pour leur première journée, sans rien à acheter. Je vous l’envoie ? Inès Bardet, consultante RH à Thiers. Pour ne plus recevoir mes messages, répondez simplement “non”. »
Lundi 23 novembre, la clôture : « Bonjour Monsieur [Nom], je ne vous écrirai plus à ce sujet. Si une embauche, un départ ou une réorganisation pose un jour une question de ressources humaines, mon adresse reste celle-ci. Inès Bardet. Pour ne plus recevoir mes messages, répondez simplement “non”. »
S’il répond « plutôt en janvier », la ligne passe en « À relancer », prochaine action le lundi 4 janvier 2027. Ses relances partent de sa messagerie, sans suivi des ouvertures, aux dates du fichier ; sa revue du lundi prend un quart d’heure de ses quatre heures, et son budget de 200 € par mois n’est pas touché.
À retenir
- Aucune loi ne fixe un nombre maximal de relances par e-mail, mais chaque relance dit qui l’envoie et offre un moyen gratuit de refuser, et un refus s’applique tout de suite.
- Relancez à date fixe ou selon les réponses : selon la CNIL, suivre les ouvertures pour adapter ses envois demande en principe le consentement, même entre professionnels.
- Notre séquence tient en trois messages : le premier, une relance qui apporte quelque chose avec une question à laquelle on répond par oui, puis une clôture polie.
- Un « pas maintenant » assorti d’une date est un rendez-vous différé : notez-le, et revenez à l’échéance.
- Avant de relancer, vérifiez que ce n’est pas vous qu’on attend : envois promis, réponses dues, fil relu en entier.
- Une revue de quinze minutes par semaine, sur la colonne des prochaines actions, fait partir chaque relance à sa date.

